10-09-2013 16:04 - Loupe du Jour : L’Etat se cherche, le peuple se perd

Loupe du Jour : L’Etat se cherche, le peuple se perd

Un Etat qui a du mal à asseoir des bases solides et pérennes pour se mettre aux normes élémentaires à même de lui garantir les possibilités d’aller dans le sens d’une remise en cause permanente mais positive des acquis est encore au stade de tribulations et d’incertitudes.

Surtout si les expériences d’un passé peu glorieux pourraient aider à une meilleure amélioration du destin national. Tous les hommes qui ont eu en charge la gestion des affaires de l’Etat mauritanien ont eu leur part de responsabilité sur son passé et son avenir.

En effet les nombreux et graves retards accusés aujourd’hui résultent d’une accumulation d’erreurs de toutes sortes qu’aucun nouveau venu ne veut assumer ni avoir le courage de résoudre.

Il y a des abcès à crever, des imperfections à ajuster, des injustices à réparer, des problèmes urgents à régler, autant de passifs à solder de façon juste.

Tout chef d’Etat qui arrivé se contente du minimum de sacrifice pour le peuple en se consacrant exclusivement à ses intérêts personnels. Cette situation crée un fossé entre l’Etat incarné par la personne d’un homme et un peuple réduit au silence, à la résignation et au final à la fatalité. C’est ce qui a donné lieu à un discours ambiant que chacun intègre dans ses schèmes de pensée, consistant à dire que rien ne va plus changer dans ce pays.

En somme il y a comme une sorte d’acceptation du sort réservé aux citoyens que rien par ailleurs ne vient contrarier. Les relations entre le sommet et la base demeurent entiers en dépit de l’avènement de la démocratie. L’Etat c’est l’homme au sommet qui gouverne le pays comme il veut, qui favorise les siens, décide à la place des autres, dispose des ressources publique comme il veut de manière ostentatoire ou discrète.

Avec le temps, les mauritaniens ont appris à mieux connaitre les méthodes et styles de leurs gouvernants sans toutefois noter une grande différence. On a eu droit à trois espèces de dirigeants qui ont chacun fait son temps, tant soit peu, avant de quitter presque tous de manière brutale.

Cette logique n’a pas encore pris fin avec ou sans la démocratie. Nous avons d’une part eu quelques rares dirigeants intelligents, intellectuels, modestes, qui ont usé de leurs compétences pour construire un Etat sur des référentiels fiables.

D’autres moins doués mais très arrogants et téméraires ont investi le pouvoir détruisant tout comme des éléphants dans un champ de manioc sans laisser de traces avant de s’en aller tout en laissant un vide.

D’autres sont arrivés au gré de l’histoire en profitant de la faiblesse des institutions de l’état, de la misère du peuple et de l’opportunisme des intellectuels pour s’imposer en maitres absolus avec comme arme redoutable, le refus d’écouter ses adversaires, le mépris pour l’excellence, l’horreur de la contradiction autant de défaut qui restreignent le champ de rapports décomplexés avec le peuple et l’élite.

Il est vrai qu’on ne peut pas prétendre à la perfection. Mais pour un homme d’Etat, il y a des qualités fondamentales qui déterminent le bon fonctionnement des institutions de l’Etat.

En démocratie notamment, un dirigeant ne doit livrer trop de batailles personnelles sur fond de règlements de comptes. Il doit taire ses humeurs pour y substituer les vertus et les tempéraments d’un grand capitaine confronté aux pires épreuves. Cinquante après n’avons pas encore vu cet idéal de construction d’un Etat puissant se réaliser faute d’hommes à la hauteur. Et le peuple ne se retrouve pas toujours…

Cheikh Tidiane Dia



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