11-09-2013 22:04 - « Téléspectateurs de TVM, je vous demande pardon. J ‘ai été censuré »
Le 7 juillet 2013, j’ai obtenu, après de nombreuses démarches, le privilège de passer au programme du talentueux Dr Cheikh Sidi Abdalla à la TVM, dans le but principal de commenter le livre mis sur le marché par Haidalla ,sous le titre’’ Du palais au cachot’’. Pénible à en perdre la tête , il est vrai.
Avant moi, d’autres personnes avaient traité, à la même TVM , du même sujet de la guerre du Sahara , avec une acuité plus légère de façon anodine parfois . Le sujet étant vaste , mais jamais abordé auparavant , en profondeur , par un témoin oculaire, ou acteur ou victime, il était prévu par Dr Cheikh Sidi Abdalla ,avec mon accord enthousiaste ,de poursuivre le traitement du sujet ,à la TVM ,dés la fin du Ramadan .
Hélas ! mille fois hélas, la TVM a été amenée à décider que pareil sujet était censuré .C’est pour ce faux rendez-vous que je vous demande pardon !
Ainsi, le valeureux Dr Cheikh Sidi Abdalla , présentateur- phare de notre écran ,a été désavoué .C’est frustrant ,pour ne pas dire blessant .Le vieil auteur de ces lignes , et par ailleurs le plus ancien au grade le plus élevé de notre système de l’Information a été ,lui aussi ,désavoué par ce même système ,qui aurait dû-toute modestie gardée –l’honorer ,ou du moins ne pas lui interdire le micro ,qu’il a tenu ,tant d’années ,pour l’honneur du pays , à la Radio nationale .
Hélas, il faut revenir sur terre et accepter que tant de finesse dans le jugement , et de civilité , n’est pas donné à tout le monde ,par ces temps où on court et où on décide précipitamment .
- L’autorité ,auteur de cette censure ,peut, aussi , avoir oublié toutes les insanités ,proférées sur ses antennes ,contre les symboles mauritaniens :le drapeau, l’hymne national ,la personne du Président de la République .Profaner ces symboles nationaux est-il moins grave que chatouiller la susceptibilité d’un mouvement de libération ,auteur d’abominables assassinats et autres sévices corporels et moraux contre nous , et qui se fâche quand on ose en parler ?
-Cette autorité oublie –t- elle que la TVM est devenue une société anonyme de service public, et qu’elle fait appel à des capitaux privés et donc, aussi, à des idées privées ?
Il parait que « c’est le Polisario et les amis de Haidalla qui se seraient offusqués de l’interview inachevée .Ils y auraient perçu un timing pour déterrer le passé et la guerre .Ils accuseraient ainsi la Mauritanie de revenir sur sa neutralité .Ils voient aussi que le Lobby marocain y est pour quelque chose »
a) Le seul timing, en l’occurrence, est la mise sur le marché du livre de Haidalla, cité plus haut, et qui est le principal sujet de l’interview .C’est aussi simple que ça !
b) La période, abordée dans l’interview, est celle qui va du 01 /05/77, date de la « livraison » de Zouérate au Polisario, pendant quelques heures, jusqu’à la délivrance du pays de la soumission à un système résolument pro-Polisario.
C’est donc pire qu’un mensonge de dire, que pendant la guerre, la Mauritanie et le Polisario étaient amis ou parents ou alliés.
Ils étaient, au contraire, des ennemis acharnés qui s’entretuaient énergiquement et parfois avec une cruauté inhumaine ,tout au moins pour ce dont j’ai été témoin ,là où j’étais , c’est-à-dire dans les chantiers de travaux forcés et les mouroirs de la Hammada algérienne.
Ceux qui ont demandé et obtenu la censure de mon programme n’ont pas démenti un seul propos, ou acte ,ou geste rapporté dans mon interview. Un éventuel démenti , prouvé ,aurait été un soubassement ou une justification à leur protestation ,qui a été efficace malgré son caractère dérisoire .
Aujourd’hui ,vers la fin de 2013, seules les personnes ,âgées d’au moins 50 ans ,peuvent avoir une idée de ce qui s’est passé en 1977(prise de Zouérate ), date à laquelle ces personnes devaient avoir 15 ans ,soit l’âge minimum du discernement nécessaire à la compréhension de faits historiques marquants .
Pour les plus jeunes, les sentiments ne peuvent relever que de critères affectifs .En dehors de la présente tentative ,l’Histoire de cette période n’a pas encore été écrite .Elle le mérite pourtant .Nous les vieux ,avons le devoir d’essayer de le faire .Devoir vis-à-vis de nos enfants et de nos adultes ,dont un grand nombre m’ont manifesté beaucoup de reconnaissance et exprimé leur vif désir d’écouter la suite de la première interview.
C’est leur droit, s’agissant d’une tranche de l’Histoire de leur pays ,qui a été ,à un moment donné, détourné de sa trajectoire normale et ,donc, violé dans sa conscience collective.
c) En ce qui concerne l’allusion au lobbying pro-marocain, qui constitue un motif d’allergie de qui vous savez, je n’ai aucun lien, avec qui que ce soit, susceptible d’altérer ma conscience patriotique .Je ne parle pour personne. Personne ne parle pour moi. Je n’appartiens à aucune association .C’est vrai que celui qui se sent persécuté, pour une raison, ou pour une autre, ne rejettera pas la compassion d’autrui.
Rien de pareil jusqu’ici.
C’est vrai aussi que ,s’agissant de mon opinion personnelle ,que je ne demande à personne de partager , je ne peux pas être neutre entre deux pays dont l’un a armé et dirigé nos ennemis de l’époque et pris en charge leur couverture , qui a envoyé , contre nous ,combattants ,armement et logistique , et dont l’autre a envoyé , à notre secours , ses troupes , son armement , ses avions pour nous défendre contre le premier. J’ai la faiblesse de préférer un ami confirmé à un ennemi avéré.
Chaque ligne de ce texte est un raccourci d’événements précis et de commentaires motivés sur le livre de Haidalla, car il comporte d’énormes altérations de notre Histoire en période sensible, que je m’attacherais à démontrer, de manière indiscutable, si Dieu le veut.
Des amis m’ont conseillé d’écrire un livre. Mais il ya des performances dont aucun livre ne peut se prévaloir, qui sont l’apanage de la télévision par satellite : la diffusion en temps réel et avec un plus large faisceau de propagation.
Aujourd’hui la diffusion des idées ou de l’information est une course contre la montre .Pour moi, elle est, aussi, une course contre l’affaiblissement physique ou mental, ou même une course contre la mort d’un presque octogénaire. Une autorité, dont j’ignore le degré de responsabilité, a brisé mon élan , qui était ,aussi, pour moi, une espèce de thérapie ,après tout le mal ,subi dans cette galère.
J’en suis peiné. Mais humblement et sans rancune. A chacun sa conscience !
Mohamed Baba Fall.
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