04-09-2015 21:00 - 4 septembre 1986 : jour de la razzia, par Ibrahima Moctar SARR

 4 septembre 1986 : jour de la razzia, par Ibrahima Moctar SARR

AVOMM - Après la publication du manifeste du négro-mauritanien opprimé, une actualisation du manifeste des 19 publié en 1966 qui dénonce le racisme d'Etat en Mauritanie, Ibrahim Moctar Sarr (IMS) et ses amis sont jetés en prison le 4 septembre 1986 après avoir été torturés.

A l'occasion de cette triste date, voici la traduction en français de son poème pulaar "nay jeenay" (4 septembre) écrit le 27 février 1987 les chaînes au pied. Nay jeenay veut aussi dire "les neuf taureaux", d'où l'allusion à la razzia des taureaux dans son texte pour rappeler la force et le courage de ses hommes victimes d'une répression sanguinaire dont certains sont morts.

Fara Oumar, la voix dans le film "Cercle des noyés" et Mamadou Bocar sont les actuels membres du Bureau Exécutif de l'Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR) qui ont partagé avec IMS les souffrances du mouroir de Walata. Leurs geôliers avaient confessé qu'ils avaient reçu comme consigne de les exterminer jusqu'au dernier.

Son recueil "Kartaali niBBe" (sanglots nocturnes) dont est extrait ce poème sera bientôt traduit en arabe et français.

4 septembre

4 septembre,

Jour de la razzia des taureaux superbes,
Les braves surpris, sont arrêtés et incarcérés ;
Toute la cité a vibré !

Des pas fermes martèlent le sol en cadence,
On aurait dit, une attaque d’une armée ennemie !
Un à un, les guerriers brandissant des gerbes de flammes,
Dans le secret sont entassés,

Leur purgatoire bien préparé ;
La torture !
Rien d’horrible et d’inhumain n’est omis ;
Les femmes n’ont pas été épargnées,
Elles ont subi l’ignoble supplice.

Les jours passent, des échos retentissent ;
Les morts de Kummbaru,
Dans leur tombe se retournent,
Quand les murs ont parlé et dit la nouvelle ;
Les prétextes brandis sont balayés ;
La vérité des faits est rétablie.

Notre 4 septembre,
Jour de la razzia des taureaux superbes ;
De preux cavaliers enfourchent leur monture,
Tous les villages alertés, répondent à l’appel,
Les braves se concertent et décident ;
Les plus téméraires mettent le feu à la plaine,
Qu’il n’en reste plus rien !

Les ennemis en sont outrés,
Leurs affaires sont affectées,
Les colporteurs de nouvelle tendent l’oreille,
Les messages fusent de partout instantanément,
Les sinistres desseins sont enfin dévoilés,

Les oppresseurs mis au banc des accusés ;
Leur honneur et dignité, dans la boue traînés ;
Maintenant, c’est décidé !
Comme avant, rien ne sera plus !

Le glaive s’il le faut !
Pour détruire cette cohabitation d’indignité,
D’oppression et de déshonneur,
Auréolée d’une fausse religiosité,
Badigeonnée d’hypocrisie,
D’ignorance et d’illettrisme ornée.

Notre 4 septembre,
La razzia, des taureaux superbes ;
L’évènement, dans l’histoire est gravé,
Épopée glorieuse des générations futures,
Nos enfants le raconteront à leurs enfants.

Ce jour là, le pays tout entier s’arrêta net !
Les chiens mouchards furent lâchés
Pour dénicher tout patriote redouté ;
Les plus illustres furent triés et conduits,
Certains réussissent à s’échapper,
Et choisissent l’exil pour méditer ;

Très vite le complot est ourdi ;
Des chargés de mission sont investis,
L’ordre est donné,
Tapez dur, qu’il n’y ait plus émules
Vite, la besogne !

Les hommes en noir fustigent la procédure,
Quittent la scène ;
Les prisonniers se taisent et s’asseyent ;
N’empêche, ce qui est prévu est exécuté !
La sentence tombe, le monde présent est médusé.

Qui sème le vent récolte la tempête !
Une foule immense se dresse, point levé ;
Les chiens enragés s’agitent, prêt à bondir ;
Les fusils entre croisés,
Des barrages constitués.

Dehors, des manifestants se mettent en rang ;
Hommes et femmes en colère, marchent serrés ;
Même nos enfants de sept à dix ans,
Brandissent leur drapeau et disent :
Comme avant, rien ne sera plus !

Prison civile Nouakchott
Le 24 février 1987



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Source : AVOMM
Commentaires : 14
Lus : 4205

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Commentaires (14)

  • sraghaa (H) 06/09/2015 12:11 X

    En tout cas,au jour d'aujourd'hui MR le député SARR et madame SARR la député ont le plus grand revenu par foyer de la république ,comme quoi 1989 est vraiment loin .Mais il y'a de ces cœurs qui ne s'apaise jamais.

  • Paykah (H) 05/09/2015 16:14 X

    Extérioriser sa douleur est un instinct naturel de l' homme .ce qui n'est pas naturel, c'est cet instinct aigu de déni, de mépris et d'anéantissement qui anime ce sallabary

  • pyranha (H) 05/09/2015 09:47 X

    sallabarry "khouroujjj" t'es surement dans la loge des irréductibles haineux ,envieux et absolument aveuglés par le refus de reconnaitre le mérite que DIEU a octroyé aux uns et aux autres.Si c'est la volonté du bon DIEU que tu contestes,Eh bien mon pauvre C....(**) t'as une corvée dont je ne peux te sortir.Le destin des hypocrites et des envieux est bien ficelé...

  • sallabarry (H) 05/09/2015 01:10 X

    Pyranha nous connaissons tous ceux qui ont préférés la mort sans se détacher de leurs principes pour la défense de notre cause malgré la torture et tout ce qui s'ensuit et ceux qui sont vivant et inamovible sur les principes de cette cause raison pour laquelle les racistes ne veulent pas reconnaitre leurs droits à faire leurs devoirs politiques en tant que citoyen tout est clair aujourd'hui ou tu fais parti de cette ordure politique ou tu es un ingrats et la meilleurs façon de répondre aux ingrats c'est le mépris

  • kaoumed (H) 04/09/2015 23:55 X

    émouvant !que la justice soit faite.

  • Ibiliss (H) 04/09/2015 23:55 X

    Mais de quoi vous plaignez-vous exactement? Qui aide "les razzieurs" à arrondir les voix dans le camp négro-africain????? Tu fus exceptionnel, mais pour avoir vautré dans la promiscuité, ta carrière est maintenant derrière toi!

  • fulfulde (H) 04/09/2015 23:43 X

    machallah, des mots forts, qui insuflent aux doués d'intelligence ce reflexe de sursaut pour dire non !!!

  • pyranha (H) 04/09/2015 23:02 X

    Sallabarry Si tel que ton pseudonyme ton teint épidermique en est le reflet, tu mérites simplement d’être dépouillé ou dépecé de ta peau vivant .Tu es d’une personnalité sordide à la limite de la répugnance .Il est certain que du cadre dont tu dois être issu, la guigne, le mal être et le mal faire doivent être une consécration. Penses-tu que ce Mr qui se tue pour toi et pour tes semblables soit tenté d’être un mouchard comme dans le milieu où tu baignes ? Es tu prêt (comme moi) petit lâche de te débarrasser de ton pseudonyme pour un débat à découvert ? Juste pour écouter tes arguments pour tes affirmations de mauvaise foi. On a tjrs dit que la lâcheté et l’ingratitude étaient les choses les mieux partagées avc des individus de ton espèce. T’es pas seul à être une vomissure pour offenser des gens qui ont failli perdre leur vie en essayant de défendre tes droits et ton avenir ;on a vu des hypocrites qui ont tout fait pour amnistier des criminels et pourtant ils n’en étaient pas obligés. Faut te repentir et cesser cette mesquinerie qui risque à terme de te détruire … A défaut de le soutenir lui et ceux qui le ressemblent ,ayez au moins l’intelligence de la fermer et le laisser en paix.

  • mdmdlemine (H) 04/09/2015 23:01 X

    Symaodo SVP donne des noms ou du moins des initiales si tu ne veux faire sortir ce scandale. C'est une vérité dans la vérité toujours exigée à la mémoire des martyrs Au vu de ses sentiments profonds et émotifs dans le poème, Sarr ne fait pas partie des fayots, quoique manifestement en désaccord ou en odeur de mauvaise sainteté avec les autres combattants engagés dans la résolution du passif humanitaire, la justice sociale et le devoir de mémoire

  • Symaodo (H) 04/09/2015 22:43 X

    A ne pas oublier que parmi les prisonniers qui étaient a oualata,certains avaient pour mission de liquider d'autres prisonniers,c’étaient des fayots,ils sont sorti de ce mouroir,et choyés actuellement.

  • Moutalli (H) 04/09/2015 22:31 X

    Je pense qu'exprimer ses émotions dans sa langue maternelle est une bonne chose.

  • niass taiba (H) 04/09/2015 22:25 X

    Avec tout le respect que je vous dois, avouez enfin que vous e faites pas partie des rédacteurs du Manifeste negro-mauritanien. Le volet mass média qui était de votre ressort a été publié par IBRAHIMA KASSOUM BA. Vous avez abandonné les FLAM avant la publication du Manifeste. Mes respects, malgré tout.

  • mdmdlemine (H) 04/09/2015 21:52 X

    un poème révolutionnaire décrivant à lui seul les inacceptables et flagrantes formes d'exclusion toujours survivantes et la determination de braves hommes pour la justice sociale. Merci le député J'aimerai sincérement lire un poème de préference de Sarr sur Ould Beibacar Oumar ou un hommage pour cet ex officier qui s'est singularisé dans une jungle de tortionnaires Ce serait un hommage, une reconaissance ou un point de vue qui peut aider à comprendre mieux les vibrants témoignages faits à l'homme merci

  • sallabarry (H) 04/09/2015 21:32 X

    Et avec tout il finit par être le plus grand mouchard de l’état pour remplir sa marmite la cause est oubliè c'est le ventre qui compte