14-06-2017 11:00 - L'Editorial du Calame : Ecrire l’Histoire

L'Editorial du Calame : Ecrire l’Histoire

Le Calame - Dans une précipitation pour le moins douteuse, la Mauritanie a décidé, subitement la semaine dernière, de rompre ses relations diplomatiques avec le Qatar, celui qu’elle appelait, il y a peu encore, un « pays frère et ami ».

Savez-vous pourquoi ? Ce « pays frère et ami » nous a-t-il agressé ? A-t-il financé une rébellion ou un mouvement armé pour nous déstabiliser ? Un de ses dirigeants nous a-t-il attaqués verbalement ? Al Jazeera, qu’il finance, a-t-elle mené campagne contre nous ?

A-t-il été le premier à rompre nos relations, pour qu’on fasse jouer la réciprocité ? Que nenni ! Nous l’avons fait, tout simplement, parce que l’Arabie saoudite nous a demandé de la suivre, dans une escalade dangereuse pour la stabilité de cette région du monde.

Nous avons, du coup, mis le doigt dans un engrenage dont les conséquences nous échappent, un jeu de grands où nous n’avons rien à faire, une querelle de leadership où nous n’avons rien à voir.

Si l’Arabie saoudite, les Emirats et Bahreïn accusent le Qatar de chercher à normaliser ses relations avec l’Iran, de financer le terrorisme (le Hamas devient, du coup, une organisation terroriste) et de chercher à déstabiliser le monde arabe, par la voix d’Al Jazeera, de quoi se mêle la Mauritanie ?

Notre guide, sûrement pas éclairé cette fois, obéit, au doigt et à l’œil désormais, au royaume wahhabite et ne s’est pas fait prier pour rompre avec le Qatar, dont l’émir, accueilli, en grandes pompes, l’été dernier, pour le Sommet arabe, n’était pas aussi infréquentable que ça. Il avait tenu à rehausser ce Sommet de sa présence, contrairement à d’autres derrière lesquels on court à présent.

N’était-il pas plus juste et sage de marquer un temps d’arrêt, avant de prendre une décision aussi radicale ? De petits pays plus pauvres que nous, la Somalie et l’Erythrée, sollicités par l’Arabie saoudite et les Emirats, pour rompre avec le Qatar, contre un pont d’or, ont poliment décliné l’offre.

Les deux Etats ont exprimé leur inquiétude, devant une situation qui divise, un peu plus, le monde arabe. Ils ont demandé, à ces Etats frères, de privilégier la voie du dialogue et de la concertation, pour régler le différend. Le Maroc, allié stratégique de l’Arabie saoudite qui y investit des milliards de dollars, ne devrait, normalement, rien lui refuser.

Il a pourtant décidé de « ne pas verser dans les déclarations publiques et les prises de position hâtives qui ne font que renforcer la discorde et approfondir les divergences », selon un communiqué de son ministère des Affaires étrangères. Une position pleine de bon sens qui aurait dû être adoptée par tout Etat doté d’un peu de… bon sens.

Il est vraiment loin le temps où notre diplomatie, sous la férule de feus Mokhtar Ould Daddah et Hamdi ould Mouknass, réussissait à exclure Israël de l’Afrique, jouait les intermédiaires, entre l’Egypte de Nasser et la Chine, faisait réunir le Conseil de sécurité à Addis Abéba, pour discuter du problème de l’Apartheid.

Mokhtar, symbole du désintéressement, n’avait qu’une seule chose en ligne de mire : l’intérêt de son pays et sa grandeur. Et il a réussi, au-delà de toute espérance, sans jamais négocier ou vendre une position qui allait porter préjudice à un pays auquel il a fait don de sa personne.

Que retiendra l’Histoire du règne azizien ? Les coups de tête et les fanfaronnades ou les coups bas et les trahisons ? Chacun écrit, certes, l’histoire qu’il peut. Mais quand on s’est hissé à la prétention d’écrire celle d’une nation, il faut, pour atteindre à la majuscule – celle de l’Histoire – une réelle élévation de cœur, d’intelligence et d’esprit ou, du moins, la volonté d’y parvenir. Ould Abdel Aziz a-t-il seulement celle-ci ?

Ahmed Ould Cheikh



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Commentaires (6)

  • Belphegor (H) 14/06/2017 20:25 X

    @Ahmed12b De quelle "raison d'état" vous parlez ? La seule raison d'état qui prévaut c'est la manne financière octroyée à Aziz par ses maîtres les Saoud.

  • ahmed12b (H) 14/06/2017 18:22 X

    L'édito ne prend pas en compte la raison d'Etat

  • Hamdoulah (H) 14/06/2017 14:07 X

    Ahmed, il ne faut pas blasphémer en procédant à de telles comparaisons Mokhtar Ould Daddah et ses compagnons sont au dessus de cette brigade armée qui mène le pays où ? Il faut savoir aussi que tout est question de culture et d'éducation. Quand on a eu ses galons à l'école de la turpitude de l'argent facile, on devient pire qu'un chien de Pavlov. Tout ce qui brille, scintille, trébuche nous amène à prendre des décisions irréfléchies.

  • Belphegor (H) 14/06/2017 13:58 X

    Excellent éditorial, la mafia politico-militaire qui nous gouverne aurait dû faire preuve de prudence et de sagesse a l’instar du Maroc mais au lieu de ça ils nous ont entraînés dans une crise complexe qui ne nous concerne pas directement au nom des pétrodollars empochés par Aziz et sa clique. @Kantaki Si vous louez la clairvoyance de notre pseudo politique étrangère désastreuse, plein d’amateurisme et guidée par l’appât du gain facile de nos dirigeants n’oubliez pas que rien n’est immuable en termes de relations géopolitiques internationales : les alliés d’hier peuvent devenir les ennemis de demain et vice versa….Les Qataris ne sont certes pas blancs comme neige dans le marasme politico-sécuritaire actuel mais les Saoudiens sont très loin de l’être non plus.

  • bleil (H) 14/06/2017 12:29 X

    Bouffer à tous les râteliers, sans aucune idée, sans charisme, être uniquement dans l'air du temps comme une feuille morte : ca marche sous le règne azizien. Notre cinglé de MAEC ne s'interesse guére à l’intérêt du pays mais plutot à l'humeur de son PM bien aimé ... le saccage de la peninsule arabique a commencé depuis belle lurette, nous n'avons aucun interet à nous embarquer dans une querelle familiale entre pseudo-etats (Egypte, SA, Emirats, Bahrein) qui jalouse le qatar pour sa réussite économique ...

  • KANTAKI (H) 14/06/2017 11:23 X

    Bien écrit, bien argumenté mais cela est de la gymnastique journaalistique ! Elli Mahou Vedeigué Ergil, celui qui ne mène aucun combat est un brave! La logique politique et économique et bien plus nous impose de faire ce que nous avons fait, de toutes les façons le Qatar ne nous a jamais bien traité, surtout que son ancien Emir a voulu nous embarquer dans ses organisations trans-régionales vouées à la violence et au chantage politique. Par ailleurs cet émirat ne sait pas faire sans les inévitables frottements avec le monde entier, l'argent oblige ! Les choix utilisés pour cela sont condamnables, en tous les cas le Président de la république a réagi vite et bien et quand bien même i y a une cagnotte au bout du bâton, eh bien tant mieux pour nous autres mauritaniens. L'Arabie est menacée par l'Iran et la politique d'encerclement insidieuse utilisée pour ce fait est aussi passée par ce petit émirat dont les ambitions dans la région sont un secret de polichinelle ! Merci pour cette action, M. Le Président Mohamed Ould Abdel Aziz!