21-06-2017 11:30 - L'Editorial du Calame : Honni soit qui mal y pense !

L'Editorial du Calame : Honni soit qui mal y pense !

Le Calame - Il a renversé un président civil, tenu son pays en laisse pendant plus de vingt ans, pillé ses maigres ressources, avec la complicité de son épouse et de son entourage, organisé des élections pour les gagner haut la main, avant d’être obligé de céder le pouvoir, après avoir reconnu sa défaite, lors de la seule élection où il y eut un semblant de transparence.

Il, vous l’avez sans doute reconnu, c’est Yaya Jammeh, le fantasque dictateur gambien qui, comme tout bon militaire, s’est accroché, jusqu’au bout, à son pouvoir, avant de le lâcher, lorsque les bruits d’autres bottes atteignirent les portes de Banjul.

Défait par un candidat qui n’était ni le principal leader de l’opposition (qui se trouvait, à ce moment, en prison), encore moins une lumière, Jammeh est en train de connaitre les affres de l’exil et, bientôt, de la solitude. Sa fortune en Gambie a été saisie par les nouvelles autorités.

Quatre-vingt-six comptes bancaires et cent trente-et-un biens immobiliers et autres entreprises sont venus renflouer un Trésor public que sa gestion calamiteuse avait rendu exsangue.

Dernier épisode en date, dans cette descente aux enfers : sa femme Zeynab vient de demander le divorce. Sentant l’étau se resserrer autour d’elle, celle que les Gambiens appelaient la « pilleuse d’or » ou la « diablesse a préféré jeter l’éponge. Elle en a apparemment assez des frasques de celui qui sera bientôt son ex-mari. N’ayant plus le pouvoir, il n’a plus, comme tous les dictateurs de son acabit, aucun attrait.

Un belle leçon de vie pour ceux qui ont démis et renversé des présidents, s’incrustent au pouvoir, en font leur chasse gardée, méprisent leur opposition, organisent des élections entachées de fraude, piétinent le texte fondamental et les lois de leur république, comme bon leur semble, confondent biens publics et propriétés privées, font, de l’attribution des marchés de gré à gré au profit de leur clan, leur sport favori, négocient comme s’ils étaient des hommes d’affaires, construisent hôtels et marchés, prennent des participations dans les banques et les sociétés, au vu et au su de tout le monde ; bref, s’enrichissent ostensiblement, alors que l’écrasante majorité ploie sous le fardeau d’une vie de plus en plus impitoyable.

Pensant, à tort, que ce qui est arrivé à Jammeh n’arrive qu’aux autres, ils dorment sur leurs lauriers, jusqu’au jour où tout s’écroule sur leur tête, comme un château de cartes. Ni l’armée, ni les forteresses, ni, encore moins, la fortune amassée avec boulimie ne peuvent alors endiguer le flot. Quand la roue de l’Histoire tourne, elle écrase tout son passage. Kadhafi, Moubarak, Ben Ali, Compaoré et, plus récemment, Jammeh, en savent quelque chose.

Toute ressemblance avec notre pays est évidemment fortuite. Depuis 2008, la Mauritanie est devenue un paradis sur terre. Sa démocratie marche à merveille et son Président, très peu intéressé par les biens matériels de ce bas-monde, n’a d’autre souci que le bien-être de ses concitoyens.

Il fera ses deux mandats et se retirera en douceur. Les amendements constitutionnels qu’il propose ne sont destinés qu’à corriger des imperfections. Et honni soit qui mal y pense !

Ahmed Ould Cheikh



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Commentaires (4)

  • habouss (H) 21/06/2017 22:56 X

    @KANTAKI, tu fais du raisonnement par l'absurde, tu dis la vérité en te moquant de Ould Abdel Aziz et en donnant totalement raison à Ahmed. Pour tes projets que tu rêves de Rais pour la fin du Ramadan tu peux encore rêver, c'est trop tard !

  • Kemet-Seth88 (H) 21/06/2017 12:45 X

    les deux derniers paragraphe relève plus d'un conseil sarcastique que d'un éloge a notre cher leader. ce Ahmed Ould Cheikh est un excellent journaliste et un analyste hors paires

  • rasshmar (H) 21/06/2017 12:20 X

    Misant sur l’aura de son prestigieux frère aîné auteur des fondations de notre pays, notre Poulidor national que tout le monde reconnaitra aisément, a ramé pendant 25 ans, affrontant 4 Chefs de l’Etat, pour accéder à la magistrature suprême du pays. Plusieurs fois défait par le rejet de ses compatriotes qui ne lui reconnaissaient pas les qualités du père de la nation, il intégra l’internationale socialiste qui régnait sur l’ancienne puissance coloniale sous le magistère de François Mitterrand, après une traversée du désert remontant à Léon Blum en 1936. Pragmatique, le Président socialiste s’était pourtant bien accommodé de la France-Afrique. Le retour de la droite française au pouvoir en 1995 et les échecs de ses camarades – parrains consacrèrent de profonds bouleversements dans les rangs de ses premiers soutiens dont, plusieurs créèrent leurs propres formations politiques, tandis que d’autres franchirent le Rubicon en rejoignant le pouvoir en place. Un miraculeux espoir naquit cependant lors de la victoire de François Hollande à la présidentielle de 2012 et du retour des camarades – parrains aux affaires. Rompant avec la politique africaine de Mitterrand qui consista à ménager la France-Afrique, ils s’engagèrent vent debout à lui substituer une Solférino-Afrique. C’est ainsi que les camarades Alpha Condé (Guinée Conakry), IBK (Mali), et Issoufou (Niger) atteignirent le nirvana. Le camarade Zinsou fut par contre sèchement rejeté par ses compatriotes Béninois. Notre Poulidor qui, entre-temps, a pris du galon en comptant parmi les vice-présidents de l’internationale socialiste, continuait à caresser l’espoir de rejoindre ses camarades Condé, IBK et Issoufou au nirvana avant d’être frappé par la limite d’âge. C’était sans compter sur la déclaration d’Ayrault, Ministre des Affaires étrangères porteur d’un message de François Hollande, suivi par l’accueil particulièrement chaleureux de ce dernier à Aziz à Paris, et de l’implosion du PS au terme des récentes élections présidentielle et législatives. Il ne s’agit bien entendu pas d’une fiction car l’odyssée de notre Poulidor national est profondément inscrite dans la récente histoire de notre pays.

  • KANTAKI (H) 21/06/2017 11:53 X

    Ahmed, notre président ne détient aucune fortune personnelle et ne vie qu'avec son salaire de ^président qui lui suffit largement, il ne paie en effet aucun loyer, ni facture d'électricité ou de gaz et reçoit des perdiems conséquents quand il voyage, comment veux tu lui coller tous ces abus à la Jameh ! Aucune preuve de ce que tu avances, rien que des supputations d'un journaliste à la plume hors pair. On est d'accord que la parentèle abuse de sa proximité, vraie ou supposée mais cela peut être corrigé, exemple on pensait que Mrabbih siphonnait l'agence des titre ! Eh bien on va voir maintenant ! Après le ramadan le PR va bloquer tous les intrus, libéraliser l'économie à souhait et aider la majorité des gens à vivre loin des pressions exoconsanguines faites sur les marchés, la justice et autres lieux de pouvoir...