21-09-2017 15:51 - L’éditorial de La Nouvelle Expression : Le coût de l’hypocrisie

L’éditorial de La Nouvelle Expression : Le coût de l’hypocrisie

La Nouvelle Expression - Hypocrites sont les Mauritaniens dans leur écrasante majorité. Une malheureuse caractéristique qu’ils se partagent, sans discrimination... Ce comportement s’exprime dans tous les actes posés.

Exemple : On sort d’un referendum où les bureaux de vote à Nouakchott ont été délaissés par les électeurs alors que l’affluence au meeting de clôture présidé dans la même ville par Ould Abdel Aziz a été historique.

Mais l’illustration la plus parfaite de ce vécu mauritanien est l’aspect organisationnel qui a entouré les visites du Président dans les quartiers à Nouakchott et particulièrement le quartier Sebkha ou 5ème Arrdt.

Cette visite aux populations par le Président renseigne, une fois encore, sur le degré de la puissance de l’auto-manipulation (se mentir à soi-même) du système comme dans un passé récent où on créait des villages tout le long du trajet qu’empruntait le Président Maaouya. Des villages qui avaient comme durée de vie le temps du passage ou de l’écarquillement des yeux du chef. C’était l’expression totale de l’hypocrisie. Et rien n’a changé.

Ces rencontres hautement médiatisées ont été, dit-on, destinées au bas peuple même si certains caciques politiques locaux n’ont pas raté l’occasion de prendre la parole pour faire les louanges de l’hôte spécial du jour. Mieux. La palme d’or de la honte comportementale est revenue aux services de la mairie.

La Communauté urbaine et la garde nationale ont déployé les moyens nécessaires pour dératiser, dépolluer et désinfecter pour requinquer l’image du quartier afin de recevoir le chef dans un environnement sain. Un chef qui est venu voir et comprendre le vécu des hommes et femmes de ces quartiers qui se confondent avec la pauvreté humaine primaire.

Mais le Président ne verra pas les eaux puantes, verdâtres et boueuses dans lesquelles ces populations pataugent depuis plus de deux ans. Ces sources d’épidémies et signes principaux d’impécuniosité ont hypocritement disparu.

Ce décor naturel de la zone (quartier Sebkha) ne sera pas vu par Ould Abdel Aziz. La souffrance des ces pauvres hères doit être cachée pour le temps de la visite du Président. Une décision des organisateurs de ces visites et grandement exécutée par les services de madame la maire appuyée par la garde nationale.

Une hypocrisie malsaine qui témoigne du peu d’intérêt des services de la mairie mais surtout du sommet de l’Etat de la vie et de l’existence de ces misérables populations.

Ces populations qui ont comme compagnons les mouches et les moustiques dans des odeurs intenables, une situation qui n’a jamais réellement préoccupé la Communauté urbaine.

Un service public qui se transforme de jour en jour en boutique d’une dame sans projet ni ambition pour la ville de Nouakchott, la capitale-poubelle. Un autre crime de la Communauté urbaine et l’élite du pays que les populations qui ont pris la parole pour l’occasion n’ont pas su relever. Triste sort.

Comme disait Thomas Sankara « L’esclave, qui n’est pas capable d’assumer sa révolte, ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Seule la lutte paie » Pour cette magnifique occasion qui s’offrait aux populations pour parler de leur situation, on parla surtout de l’alcool frelaté (Soumsoum), d’insécurité, d’étrangers ou de la musique de la gent juvénile et autres.

Et on voit les « proches collaborateurs » qui accompagnent le Président prendre note... Le coût de cette hypocrisie, aujourd’hui, est tout simplement la déchéance à tous les niveaux. La Mauritanie se transforme en une société de mythomanes, de tricheurs, de tireurs à flanc où tout est farce.

Ici et là en Mauritanie, fais ce que tu veux où tu veux et comme tu veux, personne ne te prendra au sérieux même si tu es sérieux... Car le menteur et le flagorneur sont déjà passés par là. On est réellement perdu. Les valeurs s’écartèlent entre pilleurs et collabos et la confusion est entretenue : le digne citoyen et le citoyen fourbe sont fêtés de la même façon.

L’honneur s’est éclipsé pour laisser s’installer la comédie et nos valeurs d’hommes libres - produits d’une belle et rayonnante histoire multiforme, multiséculaire et multidimensionnelle- s’atrophient par la translation de l’autre moi sur notre moi.

La Mauritanie a perdu son chemin.

Camara Seydi Moussa



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Commentaires (6)

  • KANTAKI (H) 22/09/2017 09:47 X

    Quand Diagana et consorts parlent des "mauritaniens" en termes péjoratifs, c'est bien sûr des maures qu'ils parlent, entendre des "maures blancs". Le reste pas de commentaires...

  • bleil (H) 21/09/2017 22:31 X

    Evidemment que le pays s'est fourvoyé ...Un service public (CUN) qui était une rente offerte à un grand noceur et qui se transforme par la suite en une boutique d’une dame sans culture, sans projet ni ambition pour la capitale-poubelle... cher ami, tous les services publics, l'Etat ou ce qui en reste s'est fourvoyé et pour de bon vers plus d'obscurantisme, plus de racisme et de tribalisme, plus d'idioties tout court tant que ces ignobles soldats de mauvaise augure ....Triste sort !

  • Bounana (H) 21/09/2017 17:37 X

    Excellente analyse ! Vivement 2019 pour dégager tous ces malfrats. Peuple de Mauritanie, soyez prêt, la lutte pour la bonne gouvernance sera rude.

  • jakuza (H) 21/09/2017 16:26 X

    !Que dire sauf que l’on souscrit au constat de l'auteur! Qui est responsable? Nous le sommes tous! Toutefois, à mon avis, le Président Aziz est plus responsable que vous et moi. C'est lui qui a en charge la gestion du pays et il est bien placé pour obtenir l’information sur le fonctionnement des différentes institutions publiques, sans visites inopinées, et s'il ne réagit pas on pense même qu’il cautionne ! Et personne ne bougera le petit doigt. Un pays comme le nôtre se gouverne par l'exemple! A la moindre incartade une taloche! Mokhtar a forgé sa notoriété sur ce principe et il n'y en a malheureusement pas d'autre qui vaille! Concernant la Communauté Urbaine, il semble bien que Maty se soit laissée déborder par les lobbies politico-mafieux et que nul service public n’est rendu comme il se doit ! Peu de routes dignes de ce nom ou la circulation n’est pas réglée et les véhicules font des cabrioles comme des chèvres, peu ou pas d’éclairage public fonctionnel et, pire que tout, les poubelles, les poubelles, les poubelles… Moi Madame la Présidente de la CUN, je dis qu’il faut nous éviter de « pourrir debout » !!

  • sîdaty (H) 21/09/2017 16:12 X

    C'est comme ça que tu justifiés l'esclavage en milieu Soninké ? Comme ils ne peuvent pas se battre laissons-les entre les mains de leurs serviteurs.. Seydi camara Hall gassi

  • boubou_kibili (H) 21/09/2017 16:10 X

    Voilà une verité vraie. C'est bien ce que disait un humouriste mauritanien quand il disait non sans humour qu'il faillait liquider pluieurs generations de notre cher pays avant que nous ne retrouvions cette capacité de discernement et de dire non quand il faut. Mr camara votre article sont excellents et reveillent les consciences et nous savons tout le mal qu'ils te font pou cela.!!!!