20-12-2017 14:30 - L'Edito du Calame : Littérature

L'Edito du Calame : Littérature

Le Calame - Dans l’affaire dite « Bouamatou et consorts », la décision de la Cour suprême qu’on attendait depuis plus d’un mois est tombée. Sans surprise.

Le pourvoi en cassation, introduit par les avocats du sénateur Mohamed ould Ghadda, sur la base de l’article 50 de la Constitution qui stipule qu’aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l'occasion des opinions ou des votes émis par lui dans l'exercice de ses fonctions, a été rejeté.

Après l’avoir été par la Chambre d’accusation qui, elle, s’était déclarée « incompétente », pour invalider ou non les poursuites contre le sénateur. Du coup, la balle revient dans le camp du pool des juges qui a hérité de l’affaire. Qui peuvent prononcer des non-lieux, renvoyer les prévenus en procès ou continuer l’instruction.

Tout dépendra de la volonté du pouvoir de jouer ou non l’apaisement, puisqu’il est illusoire de croire, un seul instant, que les juges diront le droit. Comme avec tout le reste, depuis son arrivée au pouvoir, Ould Abdel Aziz a fait, de la justice, un de ses bras armés pour régler ses comptes personnels.

En 2009, il n’avait pas hésité à coffrer, dans le cadre des fameuses affaires d’Air Mauritanie et du riz avarié, une dizaine d’opposants qui avaient, aussi simplement que courageusement, rejeté son coup de force contre un président élu. Leur libération fit l’objet d’âpres négociations, avant la signature de l’Accord de Dakar.

Au plus fort de l’affaire, alors que l’instruction battait son plein, Ould Abdel Aziz s’empêtra dans ses contradictions, lors d’un meeting à Rosso, en déclarant qu’il n’intervenait pas dans le fonctionnement de la justice, avant de lancer, quelques minutes après, qu’il était prêt à libérer Ould El Waghf, « s’il acceptait de manger une petite quantité du riz avarié ». Tous les prévenus bénéficièrent d’une liberté provisoire. Tout comme Ould Debagh, vice-président du groupe BSA en 2013.

A ce jour, leurs dossiers dorment dans les méandres du palais de justice et, comme une épée de Damoclès pendue au-dessus d’eux, peuvent être réactivés à tout moment. Comment donc parler d’indépendance de la justice ?

Le dossier des sénateurs, des journalistes et des syndicalistes participe de cette logique. Placés sous contrôle judiciaire, privés de leur liberté de mouvement, depuis plus de trois mois, ils n’ont rien fait d’autre que croiser la route d’un généreux mécène, devenu dangereux et infréquentable, depuis qu’il a coupé les ponts avec le pouvoir actuel. Mais la médaille a son revers. Embrigader la justice, entraver les libertés, violer le secret des correspondances et maintenir en prison, au mépris des lois, ne sont plus acceptables dans un monde désormais petit village.

La réunion du parlement ACP/UE, qui s’achèvera le 20 courant en Haïti, s’apprête à adopter un certain nombre de résolutions, portées par des députés européens, condamnant la Mauritanie pour, entre autres, « les mesures répressives continues contre l’opposition, le recours à la torture par les forces de l’ordre, les arrestations arbitraires, la mise au secret de personnes placées en détention provisoire prolongée […], les violations de la liberté de presse, d’association et de conscience et toutes les formes d’esclavage, […] les violations de droits de l’homme subies par les opposants politiques et les différents groupes de militants, y compris ceux engagés dans la lutte contre l’esclavage »...

Les résolutions exhortent les autorités mauritaniennes à « respecter les droits de l’homme, y compris la liberté d’expression, d’association et de réunion et à éviter tout recours excessif à la force contre des manifestants pacifiques ». Que ces résolutions soient adoptées ou rejetées parce que la solidarité des dictateurs ACP aura joué en faveur d’Aziz, cela importe finalement peu.

Tout a été dit. Le reste n’est que littérature.

Ahmed ould Cheikh



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Commentaires (3)

  • jakuza (H) 20/12/2017 19:21 X

    Autopsie (H), la petite injure crétine signe toujours la vacuité intellectuelle! Vous n'avez pas d'arguments donc vous insinuez, insultez et supputez à longueur de... Ceux que vous soutenez sont à plaindre et heureusement que moi je suis en face, pas de votre coté!

  • Autopsie (H) 20/12/2017 16:26 X

    Il y’a certains qui font semblant de remplir des commentaires vides parce qu’ils n’ont pas compris et ne comprendront jamais, ils sont des bougres d’âne du site et ils se répètent pour rien. Il est vrai, Ahmed que notre pays souffre d’une manière incommensurable du fait de sa mauvaise diplomatie virtuelle qui veut se bâtir sur des mensonges et des démentis, nos ministres ne représentent plus rien devant leurs collègues du monde entier qui disent que les mauritaniens en matières politiques il faut faire attention, ils ne sont pas stable, c’est clair que des mesures coercitives viendront s’ajouter à d’autres déjà en cours et c’est parce que la diplomatie mauritanienne c’est acheter les consciences et mentir à ses interlocuteurs, nous voulons régler les problèmes par la force, l’intimidation, la restreinte des libertés, la pression et les impôts sur les pauvres commerçants qui n’acceptent pas de courber l’échine. Le parlement ACP/UE prendra toutes les mesures pour contraindre le gouvernement à la raison, mais cela ne servira à rien du tout parce que le chef est un général qui ne comprend que ce qu’il veut.

  • jakuza (H) 20/12/2017 14:53 X

    AOC, je n'ai rien compris à votre conclusion! Pour un article pourtant bien construit, quoique dans la même veine qui vilipende Aziz en suggérant l'apaisement. Je ne suis pas Aziz, qui fera ce qui lui conviendra, mais pour moi l'histoire retiendra qu'en l'an 2017 des fils de ce pays parmi ceux qui sur lesquels reposaient son avenir ont comploté, mené une campagne virulente contre un homme qu'un autre voulait abattre parce que quoi? Pourquoi? Eh ben pour de l'argent! De l'argent qui a permis de s'offrir des alliés extérieurs, sherpa de Bourdon et mondafric de ce Beau nicolas! Argent qui a financé un lobbying de ouf à l'UE et ailleurs, qui a permis de rallier Amnesty version thiebou diène...et pour quel résultat? Un échec ...