22-02-2018 12:55 - Le Président a dit non au troisième mandat : Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ?

Le Président a dit non au troisième mandat : Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ?

Le Calame - Quelque trois ans déjà avant la fin du deuxième et dernier mandats du Président Ould Abdel Aziz, la question de son éventuel troisième service à la tête du pays s’est mise à polluer l’atmosphère politique, exacerbant la tension consécutive à son coup de sang d’Août 2008, entre ses partisans et toute l’opposition confondue.

Le survoltage atteint des sommets lors du dialogue organisé, par le pouvoir, avec une fraction de l’opposition. Au cours de ces assises, les partisans du troisième mandat tentent, en vain, d’inscrire la question à l’ordre du jour des débats; ils se heurtent à un barrage infranchissable de partis comme l’APP et El Wiam (opposition dite modérée) pourtant suspectés de « rouler » pour Ould Abdel Aziz.

Les leaders de ces deux partis sont reçus par le président de la République à qui ils marquent nettement leur veto à telle enseigne. APP gèle même la participation de ses délégués aux travaux des commissions, avant d’y redonner suite, après le discours de clôture du Président déclarant qu’il ne ferait pas modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat.

Toute la classe politique s’en réjouit. Et, avec eux, les partenaires au développement. On se rappelle les déclarations des ambassadeurs de l’UE et de la France en Mauritanie, prenant acte de l’engagement d’Ould Abdel Aziz. On ne devrait pas donc s’inquiéter.

Mais, deux plus tard, le débat n’est toujours pas clos. Certains proches du pouvoir – très proches même, parfois – s’obstinent à pousser le Président à déverrouiller la Constitution pour s’autoriser un troisième mandat interdit.

Des députés ont enfoncé et continuent d’enfoncer cette porte, déjà ouverte depuis belle lurette par plusieurs ministres, comme celui, tonitruant, de l’Economie et des finances, Moctar ould Diay – presque un PM-bis –ou le porte-parole du gouvernement, Mohamed Lemine Ould Cheikh.

Quel dauphin ?

Persuadés, comme tant de Mauritaniens après la déclaration du Président, que la question était tranchée, divers analystes s’avancèrent, au sortir du dialogue de 2016, à échafauder des scénarii de succession, en perspective du départ d’Ould Abdel Aziz en 2019.

Des dauphins furent sortis du chapeau. On évoqua, côté militaire, le très réservé général Ghazwani, fidèle parmi les fidèles, l’un des tombeurs de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, le non moins fidèle et confident, Cheikh Ould Baya, maire de Zouérate et président de l’Association des maires de Mauritanie.

Côté civil, on avança les noms d’Ould Hademine, actuel PM, celui de l’ancien PM, Moulaye Ould Mohamed Lagdhaf et, plus récemment, l’avocat Jemal Ould Mohamed Taleb… Des pronostics qui relèvent combien le casting est de haute voltige.

Toujours en quête de solution de rechange, certains analystes risquèrent même l’idée d’un changement de nature du régime actuel, passant de présidentiel à parlementaire, autorisant ainsi Ould Abdel Aziz à la jouer Poutine : un président de paille et un PM nanti de toutes les prérogatives.

Dans un cas comme dans l’autre, l’actuel Président a averti qu’il n’entendait pas prendre sa retraite politique ; mieux, qu’il soutiendrait, ouvertement et quitte à fausser le jeu électoral, un candidat à la présidentielle.

Bref, la question du troisième mandat, direct ou par procuration, demeure bel et bien ouverte, à moins de deux ans de la présidentielle. Des doutes subsistent sur les réelles intentions du pouvoir. Pour certains observateurs, des propos tenus à Nouadhibou, lors de la campagne référendaire d’Août dernier –

« C’est au peuple de trancher sur la question » – les différents chantiers ouverts et, surtout, le refus d’Ould Abdel Aziz de faire taire les voix qui contredisent ses propos, accréditent la thèse selon laquelle l’actuel président n’a pas vraiment arrêté son choix, laissant planer des incertitudes sur l’alternance en 2019. Et, certes, son discours de Néma, excluant toute issue en faveur de l’opposition, a de quoi turlupiner celle-ci.

Dalay Lam



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Commentaires (11)

  • mystere1 (F) 23/02/2018 09:55 X

    il faut plutôt s'en inquiéter, car on était habitué au régime de notre puissant militaire, même si le pays est sec, malgré ses richesses naturelles et économiques, d'autre part on ne sait pas quel autre dirigeant ou phénomène prendra les rênes de cette nation !.

  • unitéRIM (H) 23/02/2018 09:15 X

    J'espère que le président choisira un dauphin capable de s'obstiner à lutter contre la pauvreté afin d'atténuer les inégalités sociales et continuer aussi la démocratisation du pays et l'accélération de son développement économique en créant beaucoup de postes d'emploi

  • canalhistorique (H) 22/02/2018 19:23 X

    Que vient faire le nom de Jemal à côté des grandes figures nationales pour succéder à Aziz? Je peux comprendre qu'on pense au chef d'État major, compagnon de route du président, on peut penser au premier ministre actuel ou à un ancien premier ministre...mais que vient faire Jemal dans cette galerie ? Cherchez l'intrus!

  • Askatasuna (F) 22/02/2018 14:48 X

    HOOH! BOOYS! NON à un troisième mandat...??? MAIS pour laisser la place à une autre bidasse pour préserver leurs intérêts! Voilà le HIC! Coté civil tout sauf O/ Hademine! HOOH! BOOYS!

  • Kakatar2018 (H) 22/02/2018 14:33 X

    Si le futur président s’affoler pour toucher à ses biens mal acquis, Aziz serai prêt à prendre ses hommes dans l’armée et faire un coup d’état, comme ce que Denis Sassou Guesso a fait au Congo, voilà pourquoi il faut s’inquiéter et se poser plusieurs questions sur le départ d’Aziz et la présence des militaires qui ne laisseront jamais leur chef tomber sous le coup de la justice, mais Aziz doit savoir que courte-queue se paie avec courte-queue, il subira la même chose qu’il a fait subir aux autres, comme Sidi Cheikh Abdallahi et Ely Mohamed Vall, personne ne pourra empêcher qu’il paye la dette, même en bon musulman.

  • Kakatar2018 (H) 22/02/2018 14:32 X

    Mais on s’inquiète si Aziz dit qu’il apportera son soutien au candidat qui va poursuivre son programme, mais qui pour remplacer Aziz et faire du Aziz sans Aziz, ce qui dangereux avec ce jeu de mot, c’est qu’Aziz veut rester en Mauritanie, suivre et alimenter le système qu’il a mis en place pour protéger ses acquis illégaux ; terrains, boutiques, Banque, entreprises, société d’assurances, contrat de pêches, Usines de ciment, terrains agricoles à Rosso vers Keur mour, etc.

  • Kakatar2018 (H) 22/02/2018 14:31 X

    Il faut s’en inquiéter et pour plusieurs raisons qui ne disent pas le pourquoi, mais il faut aussi se réjouir de l’alternance politique qui aura lieu en 2019. Jusqu’à présent Aziz n’a pas fait du Wakhe-Wakhéte à la sénégalaise, il peut toujours se réveiller avec une cuillère de miel dans la bouche et faire de l’Abdoulaye Wade, pour finir comme Abdoulaye Wade.

  • bleil (H) 22/02/2018 14:11 X

    Bon débarras ! le combat pour la Mauritanie c'est celui de l'idée de justice et de développement humain durable ... qui ne peuvent exister sans une stabilité politique, des hommes et des femmes qu'il faut pour assurer une bonne gouvernance ! Ce sont les militaires qui doivent lâcher du lest dans l’intérêt suprême du pays; ils se doivent d’arrêter leur aventure ambiguë au pouvoir et favoriser une transition politique stable pour l'avenir de la Mauritanie.

  • bleil (H) 22/02/2018 14:10 X

    Bon débarras ! le combat pour la Mauritanie c'est celui de l'idée de justice et de développement humain durable ... qui ne peuvent exister sans une stabilité politique, des hommes et des femmes qu'il faut pour assurer une bonne gouvernance ! Ce sont les militaires qui doivent lâcher du lest dans l’intérêt suprême du pays; ils se doivent d’arrêter leur aventure ambiguë au pouvoir et favoriser une transition politique stable pour l'avenir de la Mauritanie.

  • medabdul (H) 22/02/2018 13:32 X

    RIEN de bien nouveau;cette analyse a deux sous même le vendeur de cartes mauritel du coin peut l'accoucher sur papier;du rabâché rabâché jusqu’à y'a plus de gout:

  • mdmdlemine (H) 22/02/2018 13:22 X

    Une analyse impec. Un bon travail abbati par Athié qui nous fait oublier momentannément son autre mets non moins succulent "les Interviews" En me mettant à gouter à ce plat, j'ai pensé à l'éditorialiste inveteré Ahmed Ould Cheikh avant de tourner, à ma grande surprise sur Dalay Toutes mes félicitations à ce magnifique argumentaire et beau décryptage du mandat "Caméleon"