11-11-2020 21:00 - Il appelle à honorer ces Douarnenistes morts au large de la Mauritanie

Il appelle à honorer ces Douarnenistes morts au large de la Mauritanie

Le Télégramme - Au cours du XXe siècle, de nombreux Douarnenistes ont pêché la langouste au large de la Mauritanie, parfois au péril de leur vie. Installées dans le village de Nouadhibou, quatre plaques de marbre rappellent les noms de 81 péris en mer. L’historien Alain Le Doaré appelle la municipalité à s’enquérir de leur état et à honorer leur mémoire.

Ce n’est un secret pour personne : sur le plan de la pêche, Douarnenez est avant tout réputée pour son lien avec la sardine. Il ne faut pas pour autant oublier qu’une autre espèce marine a, elle aussi, contribué à l’activité économique du Rosmeur : la langouste.

« Les pêcheurs douarnenistes sont partis pêcher la langouste dès le début du XXe siècle, en raison d’une crise de la sardine entre 1880 et 1914. Au début des années 1900, on crève de faim à Douarnenez », rappelle l’historien Alain Le Doaré. Installées dans le village de Nouadhibou, quatre plaques de marbre rappellent les noms de 81 péris en mer.

« La langouste verte au filet, la rose au casier »

Ce dernier, né en 1966, est lui-même ce que l’on appelle un « Mauritanien », dans le jargon douarneniste. Traduction : son père était l’un de ces nombreux marins à avoir navigué et pêché au large de la Mauritanie. « La langouste verte au filet, la langouste rose au casier », précise Alain Le Doaré. L’activité langoustière représentait encore 15 % du chiffre d’affaires du Rosmeur dans les années 80, d’après la Douarneniste Françoise Pencalet, auteure d’une thèse sur ces Mauritaniens, soutenue en 2006. L’activité cesse vers 1990, en raison d’une vive concurrence avec les bateaux de pêche portugais, née d’un accord de pêche communautaire européen signé en 1987, et de la surpêche en découlant.

S’il n’est pas méconnu ou ignoré, ce pan de l’histoire douarneniste est, cependant, assez peu mis en avant. Peut-être, avance Françoise Pencalet dans sa thèse, parce que les Mauritaniens, surnommés « les seigneurs de la mer », avaient la réputation d’être des gens riches, éloignés de l’image modeste et laborieuse associée à l’activité sardinière et donc, moins conforme au communisme. Aujourd’hui, les deux seuls réels témoins de ce passé langoustier sont la friche France Langouste, au Rosmeur, et le Notre-Dame de Rocamadour, au Port-Rhu, dont l’entretien fait toujours débat.

En Mauritanie, plus précisément dans la ville de Nouadhibou, plusieurs monuments, ont, pendant un temps, rappelé le passage des pêcheurs douarnenistes au large des côtes africaines. Une croix a par exemple été érigée en novembre 1952 à l’initiative de Théophile Hascoët, patron du langoustier « Le Jep ». Un Christ en bronze, embarqué depuis le cimetière de Ploaré en décembre 1956, a été hissé sur cette même croix en février 1957. « Ce monument a disparu, peut-être du fait de l’érosion », avance Alain Le Doaré.

« Ils ne savent pas dans quelle ville ils vivent »

Ce dernier a écrit une lettre à la municipalité, à la veille de la dernière Toussaint. Il demande à Jocelyne Poitevin, la maire, de prendre contact avec la municipalité de Nouadhibou, pour demander ce que deviennent les quatre plaques de marbre installées dans la ville mauritanienne par des pêcheurs douarnenistes. Sur celles-ci figurent les noms de 81 des leurs, morts entre 1914 et 1969, au large de la Mauritanie. La dernière d’entre elles a été amenée sur place au milieu des années 70, sur le « Claire-Jeanne » de Jean Pencalet.

Pour Alain Le Doaré, s’enquérir de l’état de ces plaques de marbre présente plusieurs intérêts, outre celui d’honorer les défunts. D’un point de vue diplomatique, d’une part, dans un contexte de tension entre la France et le monde musulman. « Je pense que l’on rejoint les gens avec des tunnels plutôt qu’avec des ponts et que la célébration de nos morts pourrait permettre de créer un lien avec une République dite islamique comme celle de la Mauritanie », estime l’historien.

D’un point de vue plus local, il espère aussi attirer l’attention sur ce lien indéfectible de Douarnenez avec ces marins-pêcheurs, récemment attaqués via un tag inscrit sur un mur près du Rosmeur. « Ceux qui ont fait ça ne savent pas dans quelle ville ils vivent. On ne peut pas comprendre l’histoire de Douarnenez quand on ne connaît pas l’histoire de la pêche locale ». Et c’est valable pour la sardine comme pour la langouste.

Par Dimitri L'Hours


Installées dans le village de Noadhibou, quatre plaques de marbre rappellent les noms de 81 péris en mer. (Collection Alain Le Doaré)


Plusieurs monuments, ont, pendant un temps, rappelé le passage des pêcheurs douarnenistes au large des côtes africaines. (Collection Alain Le Doaré)

Le 3 février 1957, des enfants mauritaniens dansent autour du Christ en bronze, ramené du cimetière de Ploaré vers Noadhibou pour être hissé sur la croix du Cap-Blanc. (Collection Alain Le Doaré)





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