27-11-2024 13:12 - "Libération" rencontre des réfugiés maliens en Mauritanie, fuyant la mort que porte la milice Wagner...
RADIO FRANCE - "Libération" rencontre des réfugiés maliens en Mauritanie, fuyant la mort que porte la milice Wagner et ces réfugiés du Mali, qui viennent avec leurs troupeaux, risquent de provoquer un manque d'eau...
Vous nous parlez d'un vent...
Un vent très sec qui se nomme l'Harmattan et souffle dans le désert d'Est en Ouest, traversant la frontière du Mali et de la Mauritanie...
... et c'est ce vent que suivent 280000 Maliens fuyant la guerre et la soldatesque, qui ont franchi une frontière qui jadis ne comptait pas, que l’on passait au rythme des saisons.
Les éleveurs maliens échappaient aux tiques en passant en Mauritanie à la saison des pluies, et les mauritaniens à la saison sèche, trouvaient au Mali de l'herbe pour leurs chameaux...
Mais avec la guerre la frontière est devenu tangible, et les cycles de transhumance ont été interrompus, dont pourtant se souvient et que raconte à Libération un malien ancien professeur de mathématiques, 75 ans, tout de blanc vêtu et enturbanné, parements dorés sur sa tunique, Mohamed Alg Malha, désormais coordinateur d'un camp de réfugié, qui fait revivre un moment ce que fut la paix...
Les liens de transhumance sont devenus des liens d'accueil... Mais la place et l'eau pourrait venir à manquer dans ce désert du Hodh el Chargui en ce moment recouvert d'une douce herbe jaune, mais quand reviendra la salon sèche, la végétation brulera et les troupeaux tomberont, et je lis que les réfugiés maliens, venant avec leurs bêtes, inquiètent en Mauritanie, car c'est une pression sur les sols, sur les ressources en eau, et un jour de l'accueil, on le redoute, on passera à la violence...
C'est un reportage précis et élégant que signe Célian Macé, enluminé de photos signée Daouda Camara, qui saisit la densité des des destins posés dans ces camps de réfugiés... Reportage élégant et pourtant reportage impitoyable... Car les réfugiés du Mali racontent aussi le pourquoi de leurs fuites, leurs villages pillés incendiés, les vols les viols les exécutions... et des noms s'égrènent de victimes. Aboubakrine Ag Amoutafa, Mahmoud Chérif Ag Elmounir, El Hassan Ag Mohamed, et Sidi Ould Abdallah, qui travaillait aux champs à déterrer une souche d'arbre et que ses amis et son frères ont retrouvé la tête séparée de son corps, pas loin de son âne...
Des paysans maliens dont les supplices ont provoqué des exodes, tués par des soldats russes du groupe Wagner qui assiste l'armée malienne dans sa lutte contre le djihadisme, et balaient des innocents au passage... Les récits convergent , sont la vérité désormais d'une terre où les troupeaux cheminaient, et je lis que dans les villages déserts seuls les oiseaux sont restés.
