19-03-2025 02:01 - Sidi Ethmane Cheikh Melainine : le combat d’un Industriel contre le monopole du ciment en Mauritanie

Sidi Ethmane Cheikh Melainine : le combat d’un Industriel contre le monopole du ciment en Mauritanie

Sidi Ethmane Cheikh Melainine mène un combat acharné contre le monopole du ciment en Mauritanie, particulièrement à Nouadhibou.

Cet industriel mauritanien, convaincu que l’ouverture du marché bénéficierait à l’ensemble des consommateurs et à l’économie locale, s’est heurté à des obstacles administratifs, juridiques et politiques qui illustrent les difficultés structurelles de l’économie mauritanienne et la résistance de certains intérêts privés à toute concurrence.

Un premier bras de fer pour l’importation du ciment

Il y a quelques années, Sidi Ethmane avait obtenu l’autorisation des autorités pour importer du ciment par bateau afin d’alimenter Nouadhibou, une ville en plein développement où la demande en matériaux de construction ne cesse de croître.

Pourtant, une fois la cargaison arrivée au port, les ennuis ont commencé : blocages administratifs, refus catégorique de laisser entrer le ciment sur le marché local, manœuvres dilatoires pour empêcher la mise en concurrence de l’unique société locale, Cinord, qui détient le monopole du secteur.

Face à cette injustice, Sidi Ethmane s’est engagé dans une bataille juridique longue et éprouvante. Après plusieurs mois de lutte, la justice lui a donné raison. Mais à quel prix ? Ce combat a mis en lumière un système verrouillé où les intérêts d’une minorité influente priment sur ceux de la collectivité. Le projet de réouverture d’une usine de ciment : une nouvelle tentative étouffée Fort de cette première victoire, Sidi Ethmane ne s’est pas découragé.

Depuis un an et demi, il travaille à la réouverture d’une usine de ciment à Nouadhibou qui avait fermé ses portes, dans le but de relancer la production locale et d’offrir une alternative viable au monopole existant.

Avec l’appui de partenaires tunisiens et algériens, il avait réuni tous les éléments nécessaires pour relancer l’activité industrielle : financements, expertise technique, et conformité réglementaire.

Cependant, au dernier moment, les autorités locales ont bloqué le projet en invoquant un prétendu litige foncier. Une excuse qui ne trompe personne : le véritable enjeu est la préservation du monopole détenu par Cinord et ses alliés économiques et politiques.

Un monopole nuisible pour l’économie et les consommateurs

Actuellement, le clinker – composant essentiel du ciment importé – est exonéré de taxes douanières a Nouadhibou . En toute logique, le prix du ciment à Nouadhibou devrait être nettement inférieur à celui de Nouakchott.

Pourtant, il est vendu pratiquement au même prix, ce qui témoigne d’une absence totale de concurrence et d’un contrôle artificiel des prix par l’unique entreprise en activité. Si l’usine de Sidi Ethmane avait été autorisée à fonctionner, elle aurait eu des effets bénéfiques multiples :

• Une baisse du prix du ciment : Avec un nouvel acteur sur le marché, la concurrence aurait forcé les prix à baisser, facilitant l’accès aux matériaux de construction pour les entrepreneurs et les particuliers.

• Une création d’emplois : Dans une ville où le chômage frappe durement, l’usine aurait pu générer des centaines d’emplois directs et indirects.

• Un développement économique local : L’essor de l’industrie cimentière à Nouadhibou aurait renforcé l’attractivité de la région pour d’autres investissements industriels.

Pourquoi ce combat est crucial pour la Mauritanie ? L’affaire de Sidi Ethmane Cheikh Melainine dépasse largement son cas personnel. Elle pose des questions fondamentales sur l’avenir de l’économie mauritanienne et sur la capacité du pays à encourager une réelle liberté d’entreprendre.

La fin des privilèges injustifiés La concentration des secteurs économiques clés entre les mains de quelques acteurs freine le développement du pays et empêche l’émergence de nouvelles initiatives. Le monopole du ciment profite à une minorité alors que la majorité des Mauritaniens en paie le prix fort.

Un signal pour les investisseurs étrangers et locaux

Si un entrepreneur qui respecte toutes les règles et obtient les autorisations nécessaires se voit bloqué arbitrairement, quel message envoie-t-on aux investisseurs ? La Mauritanie a besoin d’attirer des capitaux pour se développer, mais la persistance de telles pratiques dissuade tout acteur économique sérieux de s’implanter.

Le droit à une concurrence saine

La Constitution et les lois mauritaniennes garantissent le droit à l’initiative privée et à la libre concurrence.

Pourtant, dans la réalité, des intérêts particuliers l’emportent souvent sur l’intérêt général. En refusant la concurrence, on maintient artificiellement des prix élevés et on pénalise les consommateurs.

Ce cas est révélateur d’un choix fondamental que doit faire l’État mauritanien : continuer à protéger des monopoles injustifiés, ou bien favoriser un environnement économique ouvert où la concurrence bénéficie à tous.

Si les autorités souhaitent réellement encourager le développement et l’emploi, elles doivent lever les blocages injustifiés contre son projet et permettre à l’industrie cimentière de se diversifier.

Ce serait une avancée majeure pour Nouadhibou et pour toute la Mauritanie. Le cas de Sidi Ethmane n’est pas seulement une histoire d’un entrepreneur en quête de réussite. C’est le combat d’un homme pour une Mauritanie plus juste, où l’intérêt collectif prime sur les privilèges d’une élite économique. Reste à savoir si l’État osera enfin trancher en faveur de la justice et du développement.

Par Souleymane Djigo





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Commentaires (1)

  • ouldsidialy (H) 19/03/2025 14:52 X

    Il y a de bonnes raisons de penser que les unités d'ensachage de ciment privent le marché de la seule vraie concurrence qui est à l'importation. Font payer plus cher le ciment aux consommateurs et augmentent le déficit de la balance de paiement. Tout en Augmentant les cadeaux fiscaux aux commerçants et ne sont nullement une amorce d'évolution industrielle.

    1) usine de ciment en Mauritanie = unité d'ensachage de clinker. Donc restent importés l'essentiel du produit ciment - les sacs d'ensachage- , les additifs chimiques et tout le nécessaire EN consommable. Il est néanmoins probable que le gypse local est un peu valorisé et non importé.

    Impact sur la balance de paiement = très modeste ou négatif au regard de l'import de ciment prêt à l'emploi en sac.

    Les unités d'ensachage aggravent le déficit public par les exonérations de droits de douane sans contrepartie démontrée en baisse de prix pour le consommateur. Le cadeau fiscal n'est pas répercuté ; il est mis en profit pour le commerçant.

    2) le ciment importé en sacs coute souvent moins cher en fonction du marché que le ciment des unités d'ensachage locale. Il ne s'agit pas de cimenterie et donc pas d'une unité industrielle avec ce qui en est attendu pour le développement général. En particulier en matière d'emplois. Ces unités n'augurent en rien leur transformation en cimenterie un jour. Renseignez-vous sur le monde global du ciment vous comprendrez pourquoi.

    3) La concurrence à 2 ou 3 donne un oligopole qui fonctionne par ententes cordiales . L'expérience des Mauritaniens leur montre que les oligopoles d'import export ont un effet aussi nuisible à l'intérêt des consommateurs que les monopoles.

    En fait, le jeune homme avait au départ raison pour ses intérêts et ceux du marché : importer du ciment ensaché. Puis il a compris qu'il y avait autant d'intérêt pour lui à profiter du faux-semblant du " ciment local". Il n'a pas encore réussi une attente cordiale avec ceux qui l' ont précédé. S'il s'installe le consommateur ne profitera de rien , s'il ne s'installe pas c'est pareil.L'Etat lui perd la même chose, que le marché profite à 2 ou 6 commerçants. En revanche un certain "sentiment de justice" peut être satisfait par l'idée que la manne de l'argent des mauritaniens soit partagée entre 6 plutôt que 3 acteurs. Les sentiments ne font efficacité économiques pour un pays.