11-01-2026 23:22 - L'ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz : un destin surprenant

L'ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz : un destin surprenant

Jamais un président mauritanien n'a polarisé autant sur sa personne l'opinion nationale. De 2019 à 2024, le temps du 1er mandat de son successeur, il a ravi la vedette, de par ses turpitudes, troublant ainsi toute action gouvernementale.

Mohamed Ould Abdel Aziz, puisque c'est de lui qu'on parle, n'est pas n'importe qui. Il est l'ami personnel de celui à qui il a remis les clefs du palais. Mais cette amitié n'était en fait qu'un épouvantail, une fenêtre de tir, destinée au moment opportun à étancher une pulsion manquée.

Ghazwani, en homme tolérant et modéré, plus patient que la légendaire Pénélope, a voulu tout au début gérer la situation sobrement, en misant sur l'essoufflement de Mohamed Ould Abdel Aziz.

C'était mal connaître l'enfant terrible du microcosme politique nouakchottois et qui n'avait même atteint sa vitesse de croisière. Les tirs de barrage n'ont pas suffi, ainsi le caractère impérieux voire atavique de l'ancien président a eu raison de la gestion doctrinaire, très mesurée de Ould Ghazwani. Arriva ce qui devrait arriver, un destin tragique se dessine actuellement devant nos yeux.

Tout cela est dû à l'intransigeance d'un homme qui ne manque ni de villas cossues, ni de milliards d'ouguiya, ni de parcs d'automobiles haut de gamme. Aziz, malgré tout ce que la vie lui a donné de faveurs, professe un masochisme assorti d'une détresse sociale et affective. Je suis persuadé qu'il y a à travers ce vaste monde des destins plus malheureux que j'ai pas eu ou que je n'aurais pas la possibilité de voir de mes propres yeux.

Mais à chaque fois que je tombe sur un article ou une vidéo parlant de l'ancien président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, j'ai aussitôt un sentiment de désolation pour lui, mais qui, je l'avoue, disparaît subitement. Et pourtant j'ai connu cet homme à la fleur de l'âge, partagé avec lui des moments d'insouciance, et de légèreté par rapport aux choses sérieuses, aux fonctions régaliennes dont il aura la charge des années plus tard.

C'est son destin. Le mien me conduira hors de mon pays, d'abord en demandeur d'asile, ensuite en réfugié politique et enfin comme résident en France. Mais en toute chose, il faut considérer la fin, puisque chacun suit son destin, vous disais-je tantôt. Personnellement et j'ai toujours prié Allah pour ça, je préfère une fin paisible qu'un début flamboyant, une santé physique et mentale, bien avant un surplus matériel.

A voir le cas singulier de l'ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, on peut supposer que la manne financière ne met pas à l'abri de convulsions imprévues, surtout quand on est investi d'un ego surdimensionné. Alors, pour Aziz, doit-on parler de destin composé d'événements résultant de causes distinctes de sa volonté, ou de destinée qui semble être un sort spécial, prédéterminé et réservé à quelqu'un, de par sa propre nature ?

Mohamed Ould Abdel Aziz pouvait-il éviter la case prison, jugulant ainsi la dispersion de sa famille nucléaire, pour cause de mobiles politiques des plus fallacieux? Pourquoi après le nirvana olympien dont il a bénéficié des années durant, lui donnant le même standing que les chefs d'Etat de puissances planétaires, aussi nanti d'un patrimoine financier suscitant de l'appétence, Aziz devrait-il se rabaisser au point de vouloir être le chef d'un parti politique?

Au demeurant, pourquoi encore Ould Abdel Aziz, après avoir choisi et cédé le pouvoir à l'actuel président Mohamed Ould Ghazwani, avait-il, par un baiser de Judas, voulu trahir la confiance de son "alter ego"?

Jacques Attali, ancien conseiller spécial de l'ancien président français François Mitterrand, a écrit dans l'un de ses nombreux ouvrages, je cite: "Si Hitler n'avait pas attaqué la Russie en 1941, il aurait pu mourir dans son lit comme le dictateur espagnol Franco".

Aussi, si Mohamed Ould Abdel Aziz n'avait pas rencontré Mohamed Ould Ghazwani, il n'aurait probablement pas été à la hauteur de toutes ses ambitions. Parce qu'un personnage comme Aziz a besoin d'un modérateur, d'un calmant afin que les bulles soient constamment coincées entre leurs repères. Vous avez dû constater, dès que le "modérateur" est monté d'un cran, en 2019, pour être désormais le bienfaiteur, Ould Abdel Aziz, en orphelin dépourvu de son infusion, s'en est pris à son éminence.

Si Ghazwani a pu gérer Aziz pendant plus de 40 ans et ce, en position de subordonné, il saura l'empêcher de lui mettre des bâtons dans les roues tant qu'il est au pouvoir. Ceux qui ont poussé Ould Abdel Aziz à ce bras de fer, l'ont mal conseillé. C'était plutôt un guet-apens, une sournoiserie préméditée, destinée à nuire ou à mettre en difficulté.

En somme, Ould Abdel Aziz a voulu exercer son 3ème mandat en croyant que le nouveau président élu en 2019 lui servira d'ascenseur, à défaut d'avoir échoué à prendre les escaliers. Sincèrement Ould Abdel Aziz n'a pas pris le chemin, dès l'entame de son second mandat, et qui lui aurait permis d'assouvir son ambition. Puisqu'il n'a même pas essayé de consulter le peuple souverain....

A/ L'histoire du 3ème mandat:

La constitution est élaborée et votée par le peuple et ses représentants, de par leurs réalités socio-culturelles. Malgré son universalité, la constitution américaine, ne peut-être adaptée aux peuples népalais ou mauritanien. Chaque peuple a son histoire, ses us et coutumes, la spécificité de son économie, sa religion etc...

Une constitution n'est pas un monument figé, un sanctuaire annonçant la fin de l'Histoire. On peut en discuter, la modifier ou l'amender, mais le tout avec le consentement du peuple. En 2019, Ould Abdel Aziz était mal parti. D'abord il avait plus de la moitié des mauritaniens qui voulaient se débarrasser de lui. Même Maawiya Ould Taya, qui pourtant traîne de lourdes casseroles, n'a pas suscité autant de tensions autour de sa personne.

Un président doit d'abord apaiser les esprits de ses citoyens, gérer et gouverner avec modération. Il n' y a pas de tabou pour parler de 3ème ou 4ème mandat, pourvu que cela soit soumis au peuple et c'est au peuple de trancher. Ce que Ould Abdel Aziz n'a pas ou n'a voulu faire à la fin de son second mandat.

B/ Ghazwani veut-il changer la constitution et pour quels motifs?

On prête au président Ghazwani l'intention de modifier la constitution et que le dialogue actuel n'étant qu'un trompe-l’œil qui permet d'"assouvir ambition". Ghazwani est un visionnaire; il a vu que le monde change et que les "valeurs occidentales" qui chantaient les louanges de qualité de l'Occident et sa "démocratie" ont été piétinées partout par ceux-là mêmes qui les prodiguaient. Nous prendrons un seul exemple, celui de la Cote d'Ivoire, où Alassane Ouattara est à son 4ème mandat.

Ghazwani est un visionnaire; car il a remarqué que la multipolarité du monde donne lieu à plusieurs foyers de tensions, en Amérique latine, en Indo-Pacifique, à la Corne de l'Afrique; plus près de chez nous au Sahel. Il faut un homme sage pour passer les creux de la vague. En Mauritanie, un dialogue fructueux doit donner ceci:

1/ Dissoudre le parlement au plus tard en 2027. Désormais n'élire qu'un parlementaire sachant lire et écrire afin qu'il soit en mesure de voter une loi,

2/ Procéder à des élections municipales: les mairies auront désormais un rôle capital à jouer. Les Maires doivent gérer leurs villes à leur guise en s'occupant de la petite enfance (crèches, écoles primaires, collèges, lycées ). Les naissances, les décès sont signalés; les pièces d'identité, les passeports, les actes de naissances sont faits également à la Mairie. Ainsi le Maire premier citoyen de la ville, ou de l'arrondissement aura toute son autonomie, tout en restant sous le contrôle de l'Etat. Le ministère de l'Education ne sera chargé que la planification, ou des directives à donner.

3:/ Taazour se transformera en une grande d'allocations familiales, représentée dans les diverses régions administratives du pays. Aussi, cette caisse fournira mensuellement avec la liste dressée par le maire, une allocation pour enfants et adultes handicapés, pour les ménages précaires, pour les femmes seules; une APL(aide au logement) pour les fonctionnaires avec un salaire minimum. L'argent est disponible et tous les mauritaniens doivent en profiter.

4/ dissoudre les conseils régionaux...On parle de rétablir le Sénat, mais à condition qu'il fasse son vrai job.

5/ Enfin tout ne peut se réaliser qu'avec une justice moderne, prête à sanctionner surtout ceux qui, civils ou militaires détournent les biens publics. L'impunité doit cesser. Tous les mauritaniens attendent le président sur ce chantier en 2026. De la lutte contre la gabegie dépendront les succès futurs du chef de l'Etat.

Les mauritaniens se connaissent et la majorité sait que ceux qui crient fort au changement, en parlant de mauvaise gouvernance, une fois au pouvoir, ne feront pas mieux. Il est rare qu'un maure soit correct quant à la gestion des biens publics. Il en est de même pour le Peulh, car ces deux entités nomades de nature, n'ont pas encore assimilé la notion de l'Etat au sens jacobin. Regardez au Sénégal, la seule fois qu'un peulh de souche a exercé le pouvoir, le pays a eu une dette cachée de plusieurs milliards auprès du fond monétaire international( FMI).

L'ancien président Aziz m'a mis la puce à l'oreille, on peut bien modifier, amender ou même changer de constitution, à condition d'aller dans le bon sens. Par les temps qui courent, il serait préférable d'avoir comme chef d'Etat un homme juste, de bonne moralité et ferme. Ah si Aziz n'était pas porté sur l'argent, et rien que l'argent ...

Enfin au stade où d'éventuelles candidatures de prétendants à la magistrature suprême sont monnaie courante, le mieux qui me rassure pour l'instant, c'est Mohamed Ould Ghazwani. C'est un choix raisonnable pour moi, ce, j'en porte la responsabilité./.

ELY OULD SIDAHMED KROMBELE, FRANCE.





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Source : Ely Krombele
Commentaires : 1
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Commentaires (1)

  • analagjar (H) 12/01/2026 09:56 X

    Le drame de notre pays est que le nombre des sots qui s'y trouve est infini, comme dit l'adage latin "stultorum infinitus est numerus" sans compter les fumistes qui sont légion...