03-02-2026 11:40 - Fiche pratique sur les politiques budgétaires expansionnistes / Par maître Taleb Khyar ould Mohamed Mouloud*
Les politiques budgétaires expansionnistes qui privilégient le financement de l’économie par l’endettement de l’Etat ont des objectifs différents selon que l’on se projette dans une économie libérale ou rentière.
I) Dans un système libéral, l’économie par le déficit vise à surmonter la dépression et à résorber le sous-emploi par l’accroissement des dépenses publiques ayant un effet multiplicateur sur le revenu.
Il ne s’agit donc pas de n’importe quelles dépenses publiques, mais de celles dont la hausse augmente le revenu, et donc la consommation qui, à son tour accroît le revenu, puis la consommation…..ainsi de suite.
L’économie par le déficit vise en outre à la mise en place d’une politique fiscale organisant la redistribution des revenus aux classes les plus pauvres.
La thérapie préconisée par ces pays pour surmonter la dépression consiste donc à recourir à une expansion budgétaire caractérisée par des dépenses publiques financées par l’endettement de l’Etat pour acheter et assurer le gros entretien d’équipements collectifs ( écoles, hôpitaux, routes, etc.), devant aboutir à des distributions nouvelles de revenus pouvant servir à relancer l’économie.
Cette politique budgétaire expansionniste doit être nécessairement soutenue d’un autre côté par une expansion monétaire mise en place par les banques centrales qui devront veiller à ce que le taux d’intérêt soit aussi bas que possible afin d’encourager l’investissement privé.
De la sorte, la solution à la dépression dans les économies libérales se résout par le concours de l’accroissement des dépenses publiques avec celui de la facilité de l’accès des opérateurs économiques privés au crédit.
Ces politiques budgétaires sont abandonnées une fois la croissance retrouvée, de la même manière qu’un malade cesse d’utiliser le médicament prescrit, une fois rétabli.
Il reste à signaler que dans ces économies, il est formellement interdit à l’Etat de contracter des emprunts auprès des banques centrales, cette interdiction s’expliquant par l’effet inflationniste de tels emprunts dû à l’augmentation de la masse monétaire qu’ils engendrent.
II) Dans les économies rentières, comme c’est le cas en ce qui concerne la majorité des pays en voie de développement, il serait plus exact de parler de domination budgétaire.
L’accent est mis surtout sur l’endettement de l’Etat, soutenu par une politique monétaire restrictive déployée simultanément par les banques centrales.
Cette politique de restriction monétaire s’inscrit en porte- à - faux contre les efforts de relance de l’économie, et se traduit par l’éviction du privé comme associé privilégié à la résorption de la récession.
Dans ces pays, on concilie l’inconciliable ; d’un côté on adhère à l’expansion budgétaire, et d’un autre côté, les banques centrales mettent en place une politique de restriction monétaire qui annule les effets de cette expansion budgétaire ; une chose et son contraire !
Dans une économie rentière, l’Etat peut non seulement s’endetter en émettant des titres de dette publique, mais il peut également s’endetter auprès des banques centrales, cette dernière éventualité étant absolument prohibée dans les économies de type libéral, pour ses conséquences inflationnistes.
Dans une économie rentière, l’objectif recherché n’est pas de créer des emplois pour accroître les revenus et la consommation par voie de conséquence, ni même de mettre en place une politique fiscale favorable aux classes les plus démunies.
L’objectif recherché est d’améliorer la balance commerciale ; cela explique le peu d’intérêt que l’on accorde au privé car l’enjeu n’est pas de créer de la valeur ajoutée qui va améliorer le revenu distribuable, mais de réaliser de la marge commerciale en vendant sur le marché mondial les matières premières extraites du sous-sol pour récolter des devises.
Hélas ! Cette marge commerciale ne va en rien contribuer à l’amélioration de la balance de paiement ; elle sera réexportée pour l’achat des denrées de première nécessité, avant que l’Etat débiteur ne retombe à nouveau dans la trappe de l’endettement.
Enfin, ces politiques sont reconduites d’année en année ; elles n’ont donc pas un aspect curatif, comme le serait un médicament que l’on cesse d’utiliser une fois guéri, mais bien un caractère structurel.
De la même manière que ces pays se sont, des indépendances à nos jours, construits par les emprunts, de cette même manière ils sont en quête permanente d’endettement.
*Avocat à la Cour.
*Ancien membre du Conseil de l’Ordre.
*Par expansion budgétaire, il faut entendre les politiques publiques qui privilégient l’endettement des Etats pour résoudre les crises économiques et de sous-emploi.
L’expansion budgétaire est toujours accompagnée par une expansion monétaire associant le privé aux efforts de relance de l’économie et de création des emplois.
*Comme l’expansion budgétaire, la politique de domination budgétaire vise à surmonter les effets de la récession économique par l’endettement des Etats, mais par l'exclusion du privé de la participation aux efforts entrepris en ce sens.
