26-02-2026 11:46 - Quand elle est perpétuelle, la domination budgétaire s’accompagne toujours de l’éviction du privé
Dans les pays rentiers dont la Mauritanie, la domination budgétaire est perpétuelle, comme l’est aussi la dette publique.
Toutes les générations qui, à l’aube des indépendances ont vu le jour dans ces pays, et celles qui leur ont succédé, plient sous le poids de la dette publique. Les conséquences sont visibles : enseignement dégradé, pauvreté accentuée par un chômage chronique, sous-alimentation, maladies récurrentes à caractère endémique, allégeance des populations au mépris de la cohésion sociale à des forces déstabilisatrices d’émanations tribales ou confrériques manipulées par des entrepreneurs de violence, seuls à tirer profit en dernier ressort des crises que provoque l’insoutenabilité de la dette.
Cette insoutenabilité, s’agissant donc de pays rentiers, s’explique par le déficit historique des balances commerciales dans ces contrées dont les dirigeants persistent à méconnaître que la seule solution à leur disposition pour résoudre le problème de l’endettement structurel est de mettre en place une politique d’expansion budgétaire en phase avec une politique d’expansion financière. Cette dernière sera conduite par la Banque Centrale en tenant compte de la place privilégiée du secteur privé dans la conduite des affaires économiques.
Hélas !Les choix budgétaires de ces pays qui se suivent et se ressemblent se traduisent plutôt par l’alignement des Banques Centrales aux objectifs que se fixent les Etats qui s’entêtent contre vents et marées à financer leur économie par l’endettement public, sans plus.
C’est une solution de facilité, puisqu’elle transfère le bébé de la dette aux générations futures. En somme : après moi le déluge !
Mais au présent, on perçoit aisément le caractère grossièrement paradoxal de cette approche : d’un côté ces pays accroissent leurs dépenses publiques pour financer les efforts de redressement économique, et de l’autre, ils attendent de leur Banques Centrales qu’elle contribuent au soutien de leur politique budgétaire expansionniste en mettant en place, comble d’incohérence, une politique monétaire restrictive par une appréciation du taux de réescompte, et un encadrement drastique du crédit.
Or, mettre en harmonie politique budgétaire et politique monétaire dans le cadre d’une économie fondée sur des besoins de financement importants et chroniques de l’Etat, exige le refinancement des dépenses publiques engagées pour soutenir la politique budgétaire.
Ce refinancement ne peut se réaliser que par l’intermédiaire de la Banque Centrale à travers le rachat de bons d’Etat, injectant ainsi de la liquidité dans le marché sans perdre de vue que l’objectif premier recherché à travers l’augmentation de la masse monétaire ainsi obtenu est la stabilité des prix.
Cet accroissement de la masse monétaire ne doit donc pas nourrir l’inflation, et à cet effet, il ne doit pas prendre la forme d’un endettement direct de l’Etat par la Banque Centrale ; il se réalisera à travers le rachat d’obligations d’Etat par la Banque des banques, sans qu’en aucune manière l’intervention de celle-ci ne prenne la forme d’un financement direct des dépenses publiques, en endettant de manière supplémentaire l’Etat.
C’est cet accroissement de la masse monétaire, réalisé dans les conditions préalablement exposées, qui permet de maintenir le taux de réescompte de la Banque Centrale à un niveau tel que le crédit reste accessible aux entreprises et ménages à des conditions avantageuses.
Il faut en effet avoir à l’esprit que c’est principalement à travers une réduction de ses actifs que la Banque Centrale peut concourir au financement de l’Etat en l’endettant, l’autre approche résidant dans la mise à contribution des dépôts détenus par les banques ou d’autres agents auprès de la Banque Centrale, et comme solution extrême, par la mise en place du mécanisme communément appelé « planche à billets ».
Si l’on retient l’hypothèse la plus favorable qui est l’appui de la Banque Centrale à l’Etat par réduction de ses actifs, cela se traduit mécaniquement par la réduction des prêts accordés aux banques primaires, donc une restriction du crédit.
En réduisant les prêts qu’elle peut accorder aux banques primaires, la Banque Centrale va apprécier son taux de réescompte, ce qui va se traduire par une éviction du secteur privé qui n’aura plus accès au crédit à des conditions favorables à l’investissement.
Cette éviction du privé par le resserrement du crédit ne peut avoir que des effets négatifs : accroissement du chômage, perte de revenu, instabilité des prix, affaiblissement de la consommation.
Evidemment, il faut entendre par secteur privé, les entreprises qui peuvent transformer les opportunités en investissements productifs, créateurs de richesses et d’emplois, favorisant de la sorte la consommation.
A contrario, doit-on en exclure tous les présumés opérateurs économiques qui ne font que de la sous-entreprise en blanchissant les deniers publics, au bénéfice de fonctionnaires ou hommes politiques véreux, et dans une moindre mesure, au bénéfice des blanchisseurs eux-mêmes.
Cet argent mal acquis, puis blanchi en toute impunité, a une conséquence toxique sur le fonctionnement vertueux de l’économie ; il ne crée ni emplois, ni richesses, ni consommation, mais instaure plutôt un dysfonctionnement entre une masse monétaire qui s’accroît et une demande qui décroît, créant de la sorte une bulle inflationniste qui prend de l’allure au fur et à mesure que se propagent les patrimoines mal acquis.
Le secteur privé, assaini des sous-entrepreneurs blanchisseurs est le troisième côté du triangle dont les deux autres côtés sont l’Etat et la Banque Centrale par la mise en place d’une politique monétaire qui favorise l’accès au crédit des agents économiques de droit privé (ménages, banques, assurances, services d’intermédiations financières, entreprises non financières) pour créer de la richesse, favoriser la création d’emplois et accroître la consommation.
Par maître Taleb Khyar ould Mohamed Mouloud*.
*Avocat à la Cour.
*Ancien membre du Conseil de L’Ordre.
