02-04-2026 23:15 - Éditorial – Économie de bout de chandelle sous couvre-feu énergétique

Éditorial – Économie de bout de chandelle sous couvre-feu énergétique

Le Quotidien de Nouakchott -- Il fallait y penser. Face à une crise énergétique mondiale nourrie par les tensions entre Iran, les États-Unis et Israël, notre réponse nationale est enfin là : interdire aux Mauritaniens de circuler entre minuit et 5 heures du matin. Une décision audacieuse, presque révolutionnaire… à condition que la crise se résume à quelques noctambules en mal de promenade.

Car chacun le sait : le cœur de la consommation énergétique nationale bat précisément entre 2h et 4h du matin, lorsque les foules motorisées de Nouakchott s’élancent dans une frénésie de déplacements nocturnes incontrôlés. Enfin, ça, c’est la théorie.

En pratique, cette mesure ressemble davantage à une économie de bout de chandelle, dans laquelle on éteint la lumière… tout en laissant la porte grande ouverte. Car pendant que quelques véhicules seront immobilisés, combien de litres de carburant seront brûlés par les patrouilles chargées de surveiller cette immobilité ? Le paradoxe est savoureux : consommer du carburant pour vérifier qu’on en consomme moins.

Mais après tout, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? On pourrait aussi interdire les ventilateurs en plein désert ou limiter la respiration après minuit pour réduire les émissions de CO₂. L’imagination réglementaire semble infinie lorsqu’il s’agit d’éviter les vraies questions.

Car oui, gouverner, c’est prévoir. Mais prévoir ne consiste pas à improviser des restrictions symboliques. Prévoir, c’est anticiper, structurer, investir. Et surtout, réfléchir.

Une véritable réponse à la crise énergétique – qui, elle, est bien réelle – commencerait par des choix courageux et structurants :

Exonérer totalement de droits de douane les équipements liés aux énergies renouvelables (panneaux solaires, éoliennes domestiques, batteries de stockage)

Encourager l’importation et l’usage des véhicules électriques, avec des incitations fiscales claires Taxer davantage les véhicules énergivores, notamment les 4×4 non utilitaires qui envahissent les rues pour transporter… une seule personne

Développer un réseau de transport public digne de ce nom, fiable, accessible et structurant Aménager des pistes cyclables sécurisées et promouvoir l’usage du vélo, aujourd’hui quasi inexistant faute d’infrastructures

Créer des zones piétonnes et des parkings payants en centre-ville, pour réduire la congestion et rationaliser les déplacements

Encourager le covoiturage, y compris via des plateformes locales soutenues par les pouvoirs publics

Et pourquoi ne pas aller plus loin ?

Lancer un programme national de toitures solaires pour les bâtiments publics (écoles, hôpitaux, administrations)

Imposer des normes énergétiques minimales pour les constructions neuves

Mettre en place un fonds de transition énergétique alimenté par une taxe sur les carburants fossiles

Promouvoir le télétravail partiel dans l’administration pour réduire les déplacements inutiles

Rationaliser l’éclairage public avec des solutions LED et intelligentes

Mais tout cela demande une vision, une cohérence, une volonté politique. Des qualités moins spectaculaires qu’un arrêté interdisant de rouler la nuit, mais infiniment plus efficaces.

Au fond, cette mesure donne le sentiment d’un État qui agit… pour donner l’impression d’agir. Une gesticulation réglementaire face à une crise structurelle. Un pansement sur une fracture.

Et pendant ce temps, la question demeure entière : combien de litres de carburant faudra-t-il brûler pour continuer à prétendre qu’on en économise ?

BC



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Commentaires (1)

  • ouldsidialy (H) 03/04/2026 05:27 X

    Presque tout faux. Heureusement que ce journaliste ne nous gouverne pas ! Le titre de l'article faisait attendre des remarques de bon sens car les autorités prennent en effet certaines mesures que l'on peut qualifier d'économie de bout de chandelle. L'auteur, lui, est parti rechercher sur une IA ou une page web la liste de choses qui se font dans le cadre des politiques générales des économies décarbonées.

    1) Ce qu'il propose est une agitation pour gaspiller et désorganiser. Les incitations aux énergies décarbonées sont des politiques qui se préméditent et s'accomplissent sur des années. Une crise peut conduire à s'orienter vers elles, mais les politiques s’accomplissent après la crise en cours.

    2) Il semble en fait qu'il n'avait qu'une chose à dire : le "couvre-feu" de minuit à 5 h lui déplait ! Moi je pense que ce n'est peut-être pas une mauvaise chose. En période de crise économique, l'insécurité augmente. Le carburant pour la sécurité intérieure ne doit "pas être compté".