02-04-2026 17:16 - Au Burkina Faso et au Mali, les soldats tuent plus de civils que les djihadistes

 Au Burkina Faso et au Mali, les soldats tuent plus de civils que les djihadistes

Boursier -- Le gouvernement du Burkina Faso et ses forces alliées ont tué beaucoup plus de civils que les combattants islamistes depuis 2023, selon un décompte compilé dans une étude publiée jeudi par l'ONG Human Rights Watch (HRW).

Ce motif correspond globalement aux données communiquées à Reuters par ACLED (Armed Conflict Location & Event Data), un groupe spécialisé dans le suivi des conflits, et s'applique également au Mali voisin.

Au Mali, comme au Burkina Faso, tous deux dirigés par des régimes militaires arrivés au pouvoir à la suite d'un coup d'Etat, les forces gouvernementales et leurs alliés ont été responsables de trois à quatre fois plus de morts de civils que les djihadistes ces deux dernières années, selon ACLED.

Des violences du fait de groupes islamistes au Burkina Faso, au Mali et au Niger sont en vive hausse depuis 2021, ce qui a transformé le Sahel en un point névralgique du terrorisme mondial.

L'assassinat à grande échelle de populations civiles par des forces gouvernementales est susceptible d'asseoir la légitimité politique de certains groupes militants et, de ce fait, renforcer leur pouvoir d'attraction auprès de possibles nouvelles recrues, selon des analystes.

Cela pourrait également compliquer les volonté de Washington d'améliorer ses relations avec les nouvelles autorités sahéliennes, qui ont expulsé les forces occidentales - notamment françaises - à leur arrivée au pouvoir.

Les forces de sécurité burkinabè et leurs alliés "semblent plus brutales et violentes" que des groupes armés affiliés à Al-Qaïda comme le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM ou Jama'at Nusrat al-Islam wa al-Muslimin, JNIM), selon Ilaria Allegrozzi, chercheuse à HRW.

Des porte-parole des gouvernements malien et burkinabè n'ont pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire de la part de Reuters. Le gouvernement du Burkina Faso et le Comité de la charia du GSIM n'ont pas répondu à une demande de commentaire de HRW.

Bamako comme Ouagadougou ont toujours rejeté les accusations de meurtres de civils, arguant que leurs soldats tuaient des "terroristes".

"ILS EXTERMINAIENT TOUT"

Dans son rapport portant sur la période comprise entre janvier 2023 et août 2025, HRW fait état de 57 incidents au Burkina Faso impliquant le meurtre de 1.837 civils. Selon l'ONG, 1.255 de ces meurtres sont l'oeuvre de forces gouvernementales burkinabè et de leurs alliés.

Pour la seule année 2025, l'armée burkinabè et ses alliés ont tué 523 civils alors que le GSIM et l'Etat islamique de la province du Sahel (ISSP) en ont tué 339, selon ACLED.

Au Mali, l'armée et des groupes paramilitaires russes de Wagner et Africa Corps, se sont livrés au meurtre de 918 civils sur l'année 2025, tandis que le GSIM et l'ISSP en ont commis 232, toujours selon ACLED.

Le GSIM et le ministère russe des Affaires étrangères, qui supervise Wagner et Africa Corps, n'ont pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire.

ACLED, une ONG américaine qui précise fournir des estimations prudentes quant au nombre de décès, s'appuie sur des données issues des réseaux sociaux, d'informations de presse et des déclarations de gouvernements, de groupes armés et d'autres ONG.

Human Rights Watch dit avoir interrogé plus de 450 personnes et s'est appuyé sur des réseaux sociaux et des imageries satellites. L'ONG précise également que les incidents listés ne sont pas exhaustifs.

Un habitant de l'est du Burkina Faso déclare à Reuters, sous anonymat par peur de représailles, s'être déplacé dans un convoi civil sous escorte militaire en juillet 2024, observant de nombreux villages abandonnés, avant d'atteindre le village de Sakoani, à 30 km de la ville de Kantchari.

"Quand l'armée est arrivée dans ce village et qu'ils ont vu qu'il était habité, ils ont entouré le village et tout exterminé, tout être vivant", témoigne-t-il. "Les gens tentaient de fuir, mais si tu courais, ils te tiraient dessus."

Il ajoute avoir voir au moins 100 cadavres ce jour-là.

UTILISATION EXTENSIVE DE DRONES AU MALI

Au Mali, nombre de meurtres de civils ont été menés par drone, selon ACLED. Le gouvernement malien a procédé à l'acquisition de drones d'origine turque en 2022.

Les incidents liés aux drones sont passés de quatre en 2022 à 66 en 2025, faisant cette année-là 155 morts, toujours selon l'ONG américaine.

Des frappes de drones du régime militaire malien ont tué au moins 50 civils en juillet 2024 dans le site d'extraction d'or d'Inatiyara dans le nord du pays, rapporte ACLED. Trois témoins ont décrit les événements à Reuters.

"Nous étions surpris par les attaques, nous étions tellement effrayés", témoigne sous anonymat un orpailleur de 30 ans travaillant sur le site d'Inatiyara.

"C'était la panique totale (...) Je suis encore sous le choc."

HRW comme ACLED ont également documenté des abus commis par le GSIM, dont le meurtre d'au moins 133 personnes à Barsalogho au Burkina Faso en août 2024 et de 19 civils à Diallassagou au Mali en mai 2024.

Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans a toutefois réussi à se positionner comme un défenseur des communautés marginalisées, dont les Peuls, un peuple traditionnellement pasteur et éparpillé dans l'Afrique de l'Ouest, dont les membres sont souvent accusés d'être affiliés au GSIM.

"Alors que les États ont de plus en plus recours aux représailles et aux sanctions collectives, un nombre croissant de civils se retrouvent pris au piège dans des zones contrôlées par les djihadistes, où le JNIM renforce son emprise par la coercition et un engagement stratégique auprès des populations locales", observe Heni Nsaibia, analyste de l'ACLED pour l'Afrique de l'Ouest.

(Version française Zhifan Liu, édité par Benoit Van Overstraeten)

par Portia Crowe

DAKAR, 2 avril (Reuters)



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