18-06-2026 13:31 - Réparation de l’esclavage : Quand l’Union africaine et l’Onu participent à la falsification sélective
LE CALAME -
Le 25 mars 2026, en vertu d’une résolution portée par le Président du Ghana, l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (Onu), votait, à une majorité écrasante, par 123 voix pour, 3 contre et 52 abstentions, une résolution non-contraignante qui qualifie, la traite transatlantique en lien avec la colonisation, de « pire crime contre l’humanité ».
Le document A/80/L.48 réclame réparation, au bénéfice des descendants de victimes, durant 400 ans, jusqu’au début de la colonisation. La genèse du projet le rappelle, l’initiative de départ a été portée sous l’égide du Togo, avec le soutien de l’Algérie, devant la 38ème session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine, tenue, à Addis Abeba, du 15 au 16 février 2025.
Le texte s’abstient de préciser l’identité, même approximative, des commanditaires et des victimes à indemniser. A la lecture, l’on se rend compte que l’omission ne relève de la négligence. La doxa a tôt pris le dessus sur la caution factuelle.
Avant de sacrifier davantage à l’exégèse de la résolution bancale des Nations unies, il convient d’y retenir la fréquence des termes significatifs : Transatlantique 12, Orientale 0, Arabe 0, Arabo-musulmane 0, Transsaharienne 0.
L’intitulé de l’Ua comportait, déjà , une lacune annonciatrice du vote controversé de l’Onu, une année plus tard. Le titre « Justice pour les africains et les personnes d’ascendance africaine par les réparations » traite d’un périmètre de la mémoire relativement circonscrit à une séquence exclusive de la domination sur le Continent, tandis qu’il donne l’impression, en l’occurrence fausse, d’élargir le spectre même du grief.
En réalité, les auteurs tentent d’établir et de sanctionner uniquement « la responsabilité pour les crimes odieux commis contre les Africains et la Diaspora mondiale africaine pendant les périodes de la traite transatlantique, de la colonisation, de l'apartheid, du génocide et du néo-colonialisme notamment les déportations, les massacres de masse, les détentions arbitraires, le recours à la torture, le pillage des ressources naturelles et les essais nucléaires, qui ont occasionné ». Le constat christocentrique fixe le temps et circonscrit la géographie du litige. Le Chrétien caucasien détient, en l’occurrence, le monopole de la culpabilité.
De manière arbitraire, la formulation accorde le statut de référence et d’étalon de mesure aux seules manifestations d’une barbarie consubstantielle à l’hémisphère nord, naguère terre du catholicisme triomphant d’où l’importance de la religion dans le processus de validation morale de la faute, un autre aspect du débat que les normes adoptées par l’Ua et de l’Onu éludent.
Or, les motivations d’un tel rafistolage entretiennent, plutôt, la perplexité et l’embarras. Pourquoi et comment, l’Union africaine puis les Nations unies - de bonne foi ou du fait de l’ignorance - ont-elles pu avaliser un négationnisme aussi flagrant, en dépit des preuves cumulées ? La durée et le bilan de l’esclavage endogène à l’Afrique et de ses avatars transsaharien et oriental s’en trouvent écartés.
Du VIIᵉ siècle au du XXᵉ, près de 17 millions d’anonymes ont incarné, sous la contrainte, le fagot de saignées successives, vers l’Afrique du Nord, les provinces de l’Empire ottoman, la totalité du Proche Orient, la Perse et les confins de l’Inde. La traite transatlantique, quoique d’une temporalité moindre, couvre, à peu près, un volume légèrement en deçà , d’environ 15 millions de déportés.
Pire, les deux essais soumis à discussion devant l’Ua et l’Onu, éludent, par exemple, la mention des eunuques affectés à servir les harems des seigneurs. Contrairement à une idée répandue aujourd’hui, il ne s’agissait nullement d’éviter la hausse du cheptel humain, une addition au contraire fort prisée à l’époque. Afficher une cour imposante de captifs constituait un signe de puissance et de prestige à l’avantage du propriétaire, surtout si ses revenus procèdent des palmiers dattiers, des champs de céréales irrigués, des salines ou du bétail camelin.
La violence de l’atteinte à la libido de l’esclave résultait, elle, du préjugé de l’eugénisme car il ne fallait permettre, au serviteur inférieur, de jouir des attributs de la reproduction, en présence des femmes nobles. Au paroxysme du contrôle social, châtrer l’employé devenu bien meuble consistait à prévenir l’opprobre de s’exposer à naissance, chez soi, d’un bâtard issu des œuvres d’un nègre.
Le mélange des races et le déshonneur domestique sous le toit du maître présidaient à des apprêts aussi sanglants, avec un taux de mortalité de l’ordre de 70% parmi les suppliciés de l’émasculation.
Dans ses chroniques de voyage, les fameuses Rihla, notamment la découverte de l’Empire du Mali, Ibn Batuta, évoque, en 1352, l’usage répandu de la castration servile à l’intérieur des cités commerçantes du Sahara, dont Tidjikja et Oualatta, au cœur du désert de Mauritanie.
Les Prolégomènes -Muqaddima - d’Ibn Khaldun (XIVème siècle), les fatwas du jurisconsulte marocain Al-Wansharisi (XVème) et les écrits du géographe arabe Al-Idrissi (XIIème) malgré la multiplicité de leurs expériences du capitalisme primitif et des dates, s’accordent à reproduire une identité de récits où le trafic des femmes et des enfants et les enlèvements et les razzias aux dépens des hommes valides du sud du Sahara et du littoral Swahili s’adossaient, du point de vue des négriers, à l’argument de la supériorité ontologique du blanc.
Certaines traditions du monothéisme convoquent la malédiction de Cham, le fils noir de Noé. Le père, pour le punir de son indiscrétion, l’aurait voué, sa descendance et lui, à devoir subir la destinée de leur propre asservissement.
Des côtes de l’Afrique du Nord à celles de l’océan Indien, le corps noir représentait la marchandise la plus rentable et, ainsi, favorisait la prospérité des vendeurs de viande sur pattes qu’ils fussent Berbères, Touarègues, Arabes, Somali ou chinois des provinces turcophones.
D’ailleurs, n’est-il pas assez révélateur que les deux derniers pays du monde à abolir l’esclavage sont l’Arabie saoudite (1962) et la Mauritanie (1981). Leur système d’enseignement du droit ou Fiqh intègre, toujours, des manuels de racisme, de sexisme et d’assujettissement racialisé. Les écrits, à la fois détaillés et prolixes, expliquent, au croyant, le mode d’emploi de l’esclave, de la naissance à la mort.
Faire commerce d’individus, en jouir sexuellement hors-mariage et les séparer au titre de l’héritage alimentent une abondante littérature, hélas peu traduite. Le Moukhtassar de Cheikh Khalil, le Metn de Abd al-Wâhid Ibn Ahmad Ibn Ali Ibn Achir al-Ansârî, la Hachiyet de Mohamed ibn Ahmad ibn Arfata al Dessoughi, la Mudawwina al Kubra de Abdel Salam Said Attanoukhi témoignent d’une concordance quasi parfaite des cas et des avis juridiques dans le sens de l’institutionnalisation de l’esclavage de production et de confort, aux dépens des peuples subsahariens.
En Afrique de l’Ouest, la chute du Royaume de Wagadu et la conquête almoravide (1077) puis la victoire des armées du Général marocain Djouder Pacha contre l’empire Songhai (1591) déclenchaient des vagues inaugurales de dépeuplement en direction du Nord et des rives de la Méditerranée. La diversité actuelle des faciès au Maghreb atteste de la greffe et de son caractère massif.
A l’inverse des codes noirs de l’Occident, aucun des ouvrages du blanchiment de la forfaiture dans l’univers de la Umma, n’a été abrogé, à ce jour. La plupart des universités du monde arabo-musulman y considèrent, encore, matière à apprendre et perpétuer un savoir. Alors, quel dysfonctionnement mental, quelle prédisposition à la fraude peut conduire, des Africains et leurs amis, à reproduire, en conscience, le déni d’un passé aussi dense ?
En 1988, à la faveur du livre « Le génocide voilé : enquête historique » l’anthropologue sénégalais Tidiane N’Diaye, comme sur une scène de crime, déterre et étale les indices de l’esclavage arabo-musulman. Mieux, il remonte à son enracinement antérieur dans les sociétés animistes du Continent.
Nous, signataires de la présente pétition contre la falsification idéologique, demandons, à l’Ua et l’Onu, de bien vouloir réviser leurs copies, afin de mettre un terme à la tentation d’enrégimenter le droit international public, en vue de régler, sur le mode de la comparaison tacite, les mécomptes de l’histoire.
Oui, la traite transatlantique renvoie aux pires heures du déplacement forcé et de la démographie mutilée. Les légataires putatifs de l’amputation et des souffrances induites méritent une indemnisation tous azimuts. Cependant, à moins d’autocensure, rien n’autorise l’occultation des autres épisodes séculaires de l’esclavage ni leur exclusion du triple impératif de recherche, publication et vulgarisation, auprès de la jeunesse.
En matière d’esclavage, le contentieux mémoriel ne peut être exposé à la légèreté de la récupération, de la déformation et des surenchères partisanes. Le sujet abrite des affaires sérieuses, lesquelles requièrent un minimum d’intégrité et beaucoup de rigueur.
En guise de thérapie collective, nous voulons contribuer à la restauration de la vérité, au nom des valeurs de l’universalisme, afin que l’Afrique tourne la page plurielle du traumatisme et assume, dès lors, la totalité de ses infortunes. La guérison sûre repose, d’emblée, sur la justesse du diagnostic.
Nouakchott, Bruxelles, Genève, juin 2026
Lanceurs
Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira), récépissé n° ….
SOS Esclaves Mauritanie, récépissé n°…
