18-06-2026 15:35 - Récit d'une nuit d'épouvante au poste administratif de passage de la frontière du côté de la Mauritanie
Le 06/06/2026, mon épouse Frédérique appelée affectueusement Fréd et moi avons quitté Nouakchott pour un séjour de quelques jours au Sénégal, en passant par le poste frontalier du barrage de Maka-Diama.
À l'aller, toutes les formalités administratives – tant du côté mauritanien que sénégalais – s'étaient déroulées sans aucun tracas.
En prévision de notre retour, Fréd, qui est d'origine étrangère, avait demandé et obtenu la validation d'un nouveau visa d'entrée en Mauritanie, délivré trois jours après sa demande.
Comme à l'accoutumée au pays de la Teranga, notre escapade à N'Dar (Saint-Louis) puis à Saly la petite côte fut superbe et empli de souvenirs...
Pour notre retour, le 14/06/2026, nous étions à la fois heureux et sereins de regagner notre chez-nous à Arafat.
Du côté sénégalais, les formalités de passage se sont passées sans encombre, comme une lettre à la poste.
Puis du côté de face, la barrière mauritanienne s'est levée pour se rabattre derrière nous à 17 h 40.
Le policier chargé d'ouvrir et fermer ce passage m'a alors prié de faire vite, car la fin de service approchait.
Documents en main – ma pièce d'identité nationale de la R.I.M., la carte grise du véhicule et le passeport de mon épouse –, je me suis présenté au guichet à 17 h 45 précises.
Le policier à la garnie et aux cheveux poivre et sel m'a interrogé sur le visa papier de Fréd. J'ai alors ouvert mon téléphone pour lui montrer la photographie du formulaire reçue sur WhatsApp. C’est là que ce monsieur, vêtu d’un polo et d'un pantalon kaki avec les insignes de la police nationale, et son collègue, en chemise bleue arborant trois V inversés argentés sur les épaulettes, m'ont rétorqué avec désinvolture que quinze *15* minutes ne suffiraient pas pour finaliser nos formalités de passage...
Alors là , j'ai eu beau insister et les supplier de ne pas nous laisser dans cet environnement dépourvu de toute commodité et d'hygiène (aucun hébergement, aucune restauration, pas de toilettes ni de commerces ouverts après 18 h du côté mauritanien, et la ville (Birette) la plus proche nécessitant une traversée en pirogue motorisée, ces deux agents zélés ont refusé catégoriquement de faire leur travail.
Leur motif fallacieux ?
"Le temps insuffisant, ajouté à un ordre du Wali de la wilaya du Trarza stipulant que tout s'arrête à 18 h tapantes jusqu'au lendemain".
Malgré une connexion instable, j'ai immédiatement contacté mon réseau à Nouakchott.
Mon premier interlocuteur était en réunion, m'a demandé de lui passer le policier apparemment chef du bureau.
Après les salutations d’usage et une minute de conversation, le téléphone m'a été rendu sans qu'aucune solution n'ait été esquissée.
J'ai ensuite joint par WhatsApp un deuxième contact, dont le neveu est gradé dans les services de sécurité : "Ne t'inquiète pas, un policier va te contacter sans tarder", m'a-t-il dit. Hélas, ce haut responsable s'est adressé par erreur au poste du bac de Rosso, alors que nous étions bloqués à l'autre bout, à Maka-Diama.
C'EST DIRE "PAS DE CHANCE POUR NOUS".
Dans un élan de dernière chance, j'ai appelé un troisième et ultime haut placé, qui m'a répondu, impuissant :
"J'ai contacté le Wali, il ne peut rien faire."
Pendant ce temps, mon épouse attendait dans la voiture garée dans l'enceinte administrative, dont la barrière métallique est baissée derrière nous.
D'un coup, apercevant et reconnaissant le chargé du bureau de l'état civil..., je me suis présenté à lui et monté la photo du visa de Fréd sur mon écran de téléphone, sans que ce dernier puisse intervenir en notre faveur...
Mais tout semblait bloqué, sans issue. Face à cette situation inédite, j'ai un instant pensé à éclater de colère publiquement pour exprimer haut et fort mon indignation.
Voyant ma détresse, Fréd m'a supplié de rester calme, d'autant que son vol de retour pour la France était imminent et prévu pour le 16/06/2026 vers les 23 h à l'aéroport Oumtounsi.
Nous étions toujours pris au piège dans cet "enclos". C’est alors que le policier barbu zélé s'est approché, faussement gentil : "Je vais essayer de trouver une solution, mais en attendant la réponse de ma hiérarchie, faites sortir votre voiture de l'enceinte."
Sans déceler la fourberie de cet énergumène, j'ai obtempéré et garé mon véhicule à 30 cm de la barrière, côté zone neutre.
Quelques minutes plus tard, il est revenu presque souriant, m'a dévisagé et a lâché : "Désolé, je n'ai rien pu faire."
A cet instant, mon sang brûlant dans corps n'a fait qu'un tour...
Et, je lui ai dit fermement: "La pire des situations pour un citoyen mauritanien est d'avoir affaire à un compatriote qui détient une once d'autorité dans l'administration de notre pays."
Pointant un doigt accusateur vers moi, il a répliqué : "Tu me manques de respect !" Ce à quoi j'ai répondu, d'un ton haut et relevé : "Tu n'es pas digne de respect, et encore moins de servir notre pays... Ahkam eydak (retiens ta main) !"
Fréd observant la scène continuait de me prier de garder mon calme.
Pour parer au plus pressé et affronter la nuit qui s'annonçait, "mon vieil instinct de galérien-baroudeur" a repris le dessus. Juste avant la fermeture des rares boutiques, j'ai acheté une grande moustiquaire de trois places et deux matelas fins... Nous avons improvisé un couchage avec des oreillers de fortune, utilisant mon boubou et des serviettes de bain en guise de couvertures...
Nous nous sommes installés pour une nuit bruyante, humide, froide et infestée de moustiques qu'aucune protection ne parvenait à arrêter. Une nuit inconfortable, déplorable et mémorable, causée par le seul excès de zèle de ces fonctionnaires véreux...
Quelle ironie du sort pour moi!
J'ai eu l'honneur et l'immense privilège de faire partie des ouvriers employés par la Société Générale d'Entreprise (S.G.E)-1981/1982, qui ont construit ce barrage de Maka-Diama, à une époque où l'endroit n'était que marécages boueux envahis par les plantes de toutes sortes les serpents, les crapauds...
Ce barrage, pour nous Mauritaniens, Sénégalais et Maliens, avions édifié cet ouvrage par notre savoir être et notre savoir faire avec ferveur et enthousiasme, pour le bien-être pour être le cordon ombilical et le bien être de nos peuples...
Aux environs de 0h, deux véhicules de type Toyota - Hilux en provenance du poste Sénégalais se sont présentés à la barrière du côté de la Mauritanie, juste à côté de mon véhicule...
Deux personnes en sont descendus avec des papiers remis policier barbu et zélé...
L'un des véhicules transportait un cercueil...
La barrière fut levée pour faire passer le seul véhicule "corbillard" avec les occupants...
L'autre véhicule est resté là cloué dans cette zone dite neutre.
Nos compatriotes d'infortune parlaient le Soninké étaient restés là au bonheur des moustiques, du froid, à l'humidité et à la colère de ne pas accompagner et participer aux cérémonies funéraires...
Au cœur de cette terrible épreuve nocturne, une lueur d’humanité est apparue : un policier en boubou m'a aidé à recharger nos téléphones en nous prêtant son propre équipement...
Le lendemain matin, il était en tenue impeccable et a dit Après un petit déjeuner ingurgité à la va vite à 6h30, dans l'enceinte du poste, j'ai rencontré le policier bienveillant impeccablement vêtu de sa tenue et dit en souriant : "Surtout, veille sur notre belle-fille pour qu'elle garde une bonne image de sa belle-mère, la Mauritanie." Cette délicate attention a pansé une partie de mon amertume...
Le lendemain, à 7 h 30, le poste s'est animé et l'administration a ouvert ses portes.
Pour notre couple, les formalités ont duré à peine 20 mn chrono.
Ce léger retard était d'ailleurs dû au câble de connexion défectueux de chargé de l'état civil ; j'ai dû aller chercher dans ma voiture notre propre câble à 3 branches pour rétablir le lien entre son téléphone et son ordinateur...
Une fois les documents en règle et formalités terminées , nous avons repris la route, empruntant les dédales d’une piste sinueuse et poussiéreuse de 18 km vers le port de N'Diago, avant de retrouver le bitume en direction de Keur Macène et Nouakchott.
Cette expérience scandaleuse n’étonnera aucun des voyageurs, nationaux ou étrangers, qui empruntent ces points de passage et se heurtent parfois à l'arrogance de certains fonctionnaires zélé et véreux.
En racontant cette mésaventure à un ami, celui-ci s'est étonné : "Depuis quand es-tu si obéissant ?
" Il faut dire que la présence de Fréd, qui devait prendre son avion le soir du 26/06/2026, alliée à mon âge avancé, m'a assagi...
Une altercation aurait pu bloquer la situation et aggraver l'inconfort de mon épouse après ces merveilleuses vacances...
ALHAMDOULILAH !
Le 15/06/2026, aux environs de 13 h 30, nous sommes arrivés sains et saufs à Nouakchott, l'esprit libéré de l'amertume, mais marqués à jamais par le souvenir de cette nuit épouvantable...
Fréd est bien arrivée à Paris, ce matin 17/06/2026.
Mais ce témoignage reste et montre, encore fois, que ce dysfonctionnement mérite d'être dénoncé...
Baba Ould JIDDOU
17/06/206
