06-07-2026 15:51 - L'avancement dans l'Armée mauritanienne, un chantier encore à labourer.
Ely Krombele -- Au-delà de l'amour qu'on a pour sa patrie, ou des considérations intrinsèques qui poussent chacun de nous à s'incorporer dans l'Armée, il est cependant reconnu que le seul avantage que l'on peut obtenir d'une longue carrière militaire, c'est l'avancement au mérite.
Aussi, cet avantage exige une forme normative qui promeut sans recommandation, sans faveur, mais plutôt de manière spontanée et équitable un droit inaliénable. Reconnaissons que l'énoncé de cet acte moral est une maxime difficilement respectable, car il demande la justice pour tous les incorporés servant la république.
Un poste dit juteux, ou un commandement de privilège ne sont que des appoints, de petites faveurs tantôt non nécessaires tantôt non essentielles. Nul n'ignore que dans l'Armée l'avancement, même soumis aux principes règlementaires de la loi martiale, obéit d'abord au droit positif discriminatoire du commandement.
C'est une absurdité mais l'avancement est au choix du chef. Tout en espérant que le chef soit foncièrement un homme ou une femme juste, de bonne moralité, nanti (nantie) d'un principe d'équité fort élevé.
J'ai observé notre Armée de l'intérieur et porté un jugement analytique durant un quart de siècle. Egalement de l'extérieur, ma vision est naturellement devenue beaucoup plus exhaustive, autrement synthétique.
Dans notre Armée, au niveau du petit échelon allant des militaires du rang, en passant par les cadres sous-officiers, jusqu'au stade de l'officier subalterne ( sous-lieutenant, lieutenant, capitaine), les manquements aux règles de l'avancement restent timides.
En effet les différents commandements ne se sont jamais embarrassés quant aux petits échelons puisque que les enjeux demeurent encore limités. Mais c'est à partir du grade de commandant qui ouvre sur la promotion des officiers supérieurs et surtout des officiers généraux, que la bataille intentionnelle prend forme. Elle se transformera en "mère de toutes les batailles", quand la prétention au grade de général commence à se manifester.
Ultime ambition légitime pour tout officier supérieur, mais à condition qu'il coche toutes les bonnes cases, et si "matou" le permet. Alors l'avancement dans l'Armée mauritanienne obéit- il aux critères de compétence étendue ou est-il soumis à quelques perturbations anthropomorphiques d'un chef militaire qui embrouille une compétition qui se veut à l'origine saine, très saine?
Nous l'avons dit tantôt, l'aspiration à l'avancement exige un impératif de justice, en premier lieu aux mains du président de la république chef des Forces Armées, surtout pour les généraux. Il arrive au ministre de la Défense de lui faire des propositions, mais également le CEMGA, particulièrement pour les officiers supérieurs du grade inférieur de (commandant, lieutenant-colonel, colonel).
Un officier qui ne mérite pas son galon constituerait une entorse à la chaîne de commandement. Un officier brillant et méritant et à qui on refuse le grade supérieur constituerait un acte préjudiciable à l'Armée d'abord et un anéantissement moral pour l'intéressé.
Notre Armée évolue dans un environnement dangereux et mieux vaut trier les officiers compétents, capables de diriger des académies militaires, d'élaborer des doctrines, de commander des régions avec succès, ou des bataillons prédisposés sur le théâtre des opérations.
On ne peut pas porter des colonels sur le collège de défense ou Ecole de Guerre, sur l'AMIA d'Atar ou sur le CNCE ( collège national de commandement et d'Etat-Major), pendant plusieurs années et les priver du grade supérieur, à savoir celui de général.
Quand on porte un colonel, sur une division de l'Etat-Major, ou une académie, ou SG ( du ministère de la Défense) ou sur tout centre de décision pour plus de 4 années, cela dénote de la rentabilité de l'officier, de par sa compétence, et de son professionnalisme. Un seul exemple que je connais personnellement, est le cas du colonel commandant le CNCE, qui totalise 10 ans de grade colonel.
Avec un cursus normal, cet officier n'a-t-il pas le droit d'arborer le galon de général sous peine d'être la risée de ses élèves qui l'ont connu colonel, eux qui passent généraux tout en le laissant au même grade des années durant? Le chef du CNCE, n'est certainement pas le seul dans ce cas de figure. Il y des postes qui doivent être des passerelles au grade de général.
Dans les pays développés, particulièrement la France que je connais le mieux, tous les officiers connaissent leurs destinations, en matière de mutation, de stage, ou d'avancement, des années avant. Par exemple les officiers "X", très souvent sortant de Saint-Cyr, sont appelés à être des généraux.
D'autres officiers supérieurs savent déjà leur plafond, qui pour le grade de commandant, qui pour le grade de lieutenant-colonel et qui pour le grade de colonel. Selon des informations dignes de foi, pour la première fois que l'Armée mauritanienne bénéficie à la tête de sa chancellerie d'un général très compétent, connaissant parfaitement son domaine, il serait temps de mettre de l'ordre dans la caserne. Pas par des mesurettes qui satisfassent quelques intérêts particuliers, plutôt aller jusqu'aux entrailles, au bénéfice de l'institution elle-même.
Surtout avec le nouveau changement ouvrant aux appellations de "général de corps d'Armée et de "général d'Armée", les brigadiers et les divisionnaires doivent être à la tête des centres de conception au ministère de la Défense, dans les Académies, les divisions de l'Etat-Major, l'Ecole polytechnique, les directions de l'Air, la Marine, la Santé.
Quant aux régions militaires, berceau des unités combattantes, des Forces Spéciales, de l'Intendance, elles ne doivent être commandées que par de jeunes colonels, encore capables de se mouvoir sur le terrain des opérations.
Le grade de colonel est galvaudé dans notre Armée, et pourtant, c'est le grade, avec celui de capitaine commandant une unité élémentaire, le plus important dans une Armée respectable, partout dans le monde. Il va falloir le réhabiliter.
En Mauritanie tous les colonels veulent passer au grade général, pas pour couronner une riche carrière, mais pour bénéficier de la "rente viagère", autrement des avantages pécuniaires qu'on peut récolter, puisque la retraite du militaire en particulier laisse à désirer.
La chancellerie du B1 est tenue de faire des propositions de loi en ce sens afin d'éviter l'éternel "embouteillage" aux centaines de colonels aspirant au grade supérieur tant convoité qu'est celui de général de brigade.../.
ELY SIDAHMED KROMBELE
