11-03-2013 19:12 - Loupe du Jour : Nouakchott, le Joker du Sahel
Qu’elle envoie ou non ses troupes au Mali pour s’associer aux opérations armées contre les terroristes, la Mauritanie est incontournable dans toute décision engageant les pays du Sahel dans le cadre de la conjugaison des efforts de lutte contre les groupes armés djihadistes qui menacent toute la sous-région.
En affichant dès le début clairement sa position dans cette guerre, le président mauritanien avait dit haut et fort, sans nuance aucune que son pays privilégiait l’option de dialogue pour régler la question du nord Mali.Cela supposait que le gouvernement malien devrait engager des pourparlers avec les mouvements insurrectionnels touaregs qui luttaient pour leur indépendance.
Il est vrai qu’à cet égard le président Aziz avait mis en garde contre toute velléité séparatiste qui remettait en cause l’intégrité territoriale du voisin malien.
Dans ces conditions si un dialogue était ouvert, il impliquerait tous les groupes armés qui étaient mêlés à cette guerre.
Le MNLA avait perdu sur tous les fronts du combat pour pouvoir s’imposer comme un interlocuteur de taille. Ansar Eddine et les autres groupes islamistes qui étaient assimilés à des bandits armés pouvaient –ils être évités dans ce dialogue dont parlait le président mauritanien ? La position de la Mauritanie par laquelle elle avait justifié le non déploiement de ses troupes dans les opérations d’intervention au Mali avait été considérée par certains de ses voisins comme peu logique, « inamical » à la limite.
La classe politique dans son ensemble ne voulait pas entendre parler d’envoi de troupes mauritaniennes dans cette guerre contre le terrorisme longtemps qualifiée par l’opposition comme « une guerre par procuration ». Et pour éviter de donner à ses adversaires raison, l’homme fort de Nouakchott a pris ses distances, se refusant au maximum de tomber dans le jeu diplomatique de ceux qui cherchaient à le fléchir.
Comme pour se venger de ses voisins qui n’avaient pas pris au sérieux dès le départ le danger terroriste qui a engendré la situation actuelle, la Mauritanie s’est contentée de balayer devant sa porte jusqu’au moment où son voisin le plus proche a été assiégé par des groupes terroristes plus forts et déterminés à s’implanter pour imposer leurs lois. La suite est connue.
Au sujet de la position de la Mauritanie, les pressions exercées par la France pour apporter main forte, n’ont pas trop pesé sur la ligne de front sur laquelle la Mauritanie a voulu s’aligner. Avec le temps et surtout avec la volonté onusienne de se saisir du dossier malien et dans la perspective de déployer des forces sous mandat des l’ONU, la Mauritanie commence à revoir sa position.
Les propos du président Mohamed Ould Abdel Aziz qui ne font plus de doute sur l’envoi de ses troupes dans le cadre d’une demande des nations-unies, montrent que les intérêts dépendent des opportunités. C’est pourquoi aujourd’hui Nouakchott est devenue fréquentable pour le partage des points de vue entre les voisins africains.
Dioukouda Traoré qui emboîte le pas au président du Niger trouvera sans peine des oreilles attentives auprès de son frère Mohamed Ould Abdel Aziz pour aider son pays à sortir du bourbier. La Mauritanie est ainsi le joker dont la parole compte à l’heure actuelle. Le président pourrait-il capitaliser cet atout ?
Cheikh Tidiane Dia
