14-03-2013 21:26 - Le fantôme de Bouazizi hante plus que jamais le pays

Le fantôme de Bouazizi hante plus que jamais le pays

Un jeune homme s’est immolé par le feu en plein centre de Tunis. Le mal être de la population s’accroit sur fond de situation économique, sociale et politique, désastreuse qui consacre l’échec du gouvernement islamiste.

Qui aurait pensé que deux ans après la chute de Ben Ali, le spectre de Mohamed Bouazizi, qui s’était immolé à Sidi-Bouzid, dans le centre du pays, viendrait de nouveau hanter la Tunisie?? Hier, un jeune vendeur de cigarettes à la sauvette a été grièvement blessé après s’être lui aussi immolé par le feu en plein centre de Tunis, sur l’avenue Bourguiba, théâtre de toutes les manifestations contre l’ancien régime.

En se transformant en torche vivante, Adel Khadri, vingt-sept ans, a crié?: «?Voilà la jeunesse qui vend des cigarettes, voilà le chômage?!?»

Il ne doit la vie qu’à l’intervention de passants. Ses jours ne sont pas en danger, mais il a des brûlures du troisième degré à la tête et au dos. Il est sous surveillance médicale continue.

Faillite totale du pouvoir dirigé par les islamistes

«?Il était dans une situation fragile, psychologiquement très affecté, ce qui l’a poussé à cet acte d’immolation?», a tenté de relativiser Khaled Tarrouche, porte-parole du ministère de l’Intérieur, reconnaissant du bout des lèvres que le jeune homme «?était au chômage et est venu dans la capitale il y a quelques mois?». Il n’en reste pas moins que ce qui éclate au grand jour est la faillite totale du pouvoir dirigé par les islamistes du parti Ennahdha, soutenu par deux formations laïques qui seraient sans doute bien inspirées de revoir leur stratégie. La situation économique et sociale est des plus dures.

Le chômage touche officiellement 17?% de la population, particulièrement les jeunes diplômés. Mais le chiffre réel est très certainement supérieur. L’Association des économistes tunisiens (Asectu) a récemment publié un communiqué pour «?attirer l’attention sur la gravité de la situation économique et ?sociale et des finances publiques, qui prévaut en Tunisie?».

Le président de cette association, Mohamed Haddar, relève que «?le chômage a augmenté sensiblement, le coût de la vie, surtout les prix des produits de consommation de base, s’est envolé, l’insécurité et la violence, phénomènes étrangers à la société tunisienne, se sont répandues et, enfin, les services publics sont en nette détérioration, en raison d’un ralentissement général de la plupart des services de l’administration centrale et locale?».

Le pays est par ailleurs plongé dans une profonde impasse politique qui a été aggravée par l’assassinat de l’opposant Chokri Belaïd, le 6?février, dont la mort a entraîné la chute du gouvernement Ennahdha. Cet acte de désespoir intervient aussi le jour où le nouveau premier ministre, l’islamiste Ali Larayedh, et son cabinet se présentaient devant les députés de l’Assemblée nationale constituante (ANC) pour obtenir leur confiance.

Arrêter de mentir au peuple, dire la vérité

Les débats s’annonçaient longs et houleux. Des élus de l’opposition tunisienne ont brocardé lundi le calendrier politique «?pas réaliste?» de la majorité, qui prévoit l’adoption de la Constitution début juillet et des élections le 27?octobre 2013. «?Nous estimons que les élections ne peuvent avoir lieu avant mars 2014 (...). Arrêtons de mentir au peuple tunisien, disons-lui la vérité?», a expliqué Mohamed Allouch, un député classé indépendant. «?Nous dénonçons cette précipitation autour de l’annonce de ce calendrier?», a lancé de son côté le député Mohamed Hamdi du parti Alliance démocratique.

Mort de Belaïd?: Appel à l’onu Le Parti des patriotes démocrates, auquel appartenait Chokri Belaïd, assassiné le 6?février dernier, a annoncé lundi qu’il allait demander au Conseil des droits de l’homme des Nations unies d’enquêter sur les faits, disant ne pas avoir confiance dans le système judiciaire tunisien. «?Nous pensons que l’enquête n’a pas été menée de manière sérieuse et qu’il y a beaucoup de doutes et d’ambiguïtés?», a expliqué l’un des responsables de cette formation, Zied Lakhdar.

La décision de saisir l’ONU survient peu après la publication par le quotidien algérien Achourouk (Levée de soleil) d’informations sur l’arrestation du meurtrier présumé en Algérie et son extradition vers la Tunisie.
Pierre Barbancey


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