19-08-2013 09:34 - Interview de Aïssata Kane : « J’aurai fait voter une loi instituant le quota » à l’éducation nationale au gouvernement...

Interview de Aïssata Kane : « J’aurai fait voter une loi instituant le quota  » à l’éducation nationale au gouvernement...

... et au parlement en faveur de la femme mauritanienne.

Une boutade qui résume parfaitement l’engagement féministe de cette ancienne ministre de la Protection de la Famille et des Affaires sociales sous le régime de Ould Daddah en 1975.

Madame Aïssata Kane est aujourd’hui à la retraite, consultante internationale et présidente de l’Association Internationale des Femmes Francophones. Elle doit cette riche expérience d’abord à son militantisme politique dès les premières de l’indépendance en 1960 au premier parti de la Mauritanie le PPM (Parti du Peuple Mauritanien) où elle a occupé d’importantes responsabilités et dirigé même un magazine féminin « Mariémou ».

Et ensuite pour ses actions féministes qui dépassent les frontières dans un pays islamique où la femme peine à recouvrer ses droits d’égalité avec l’homme. C’est sur ce double regard qu’elle s’est prêtée à nos questions en s’abstenant volontairement de répondre sur les évènements de 89, les événements récents de Kaédi et la situation politique actuelle dont elle n’a pas la réponse et surtout pour des raisons qui dépassent ses compétences.

L’école française pour les filles de chef

Je suis Aïssata Kane et je suis de Dar El Barka dans la région du Brakna en Mauritanie. Je suis née le 9 Moharam 1359 correspondant à l’année 1938 du calendrier grégorien. J’ai fait ma scolarité primaire et secondaire à Saint-Louis capitale du Sénégal de la Mauritanie à l’époque.

Ensuite je suis allée à Bruxelles où mon mari Moctar Touré était fonctionnaire français au marché commun. Disons qu’à cette époque nous étions français de nationalité. Nous sommes rentrés à Nouakchott après la proclamation de l’indépendance en novembre 1960.J’ai été chargée de l’encadrement des premières filles du secondaire au cours complémentaire des jeunes filles de Nouakchott, ancêtre du lycée de jeunes filles.

En quoi votre éducation de base a –t-elle influencé votre parcours?

Mon éducation est l’éducation traditionnelle du Fouta. Fille de Mame ndiack Elimane Abou Kane chef de canton du Tooro Halaybé de 1923 à 1976, j’ai reçu une éducation traditionnaliste du Fouta. Au départ je n’étais pas destinée à être une femme lettrée tout comme les filles de mon époque. La bonne inspiration est venue de mon père de mettre ses filles à l’école malgré une forte opposition de son entourage (parents, amis…). Mais c’est surtout la bonne qualité de mes notes qui a encouragé mon père à me laisser franchir l’étape du primaire vers le collège.

J’ai été soutenu dans cette démarche par deux frères Feu Mame Ndiack Seck et Feu Elimane Mamadou Kane et ma sœur Aminata Kane. Je rend au passage un vibrant hommage à ces trois personnes qui m’ont été d’un soutien inestimable dans mon parcours. Aujourd’hui je suis mère de 5 enfants. Je suis actuellement à la retraite associative et membre de beaucoup d’associations féminines à travers le monde

Première femme ministre

Comment en êtes venue à la politique ?

Je suis entrée en politique au sein du parti du peuple mauritanien (PPM). D’abord comme membre du Conseil supérieur des Jeunes ensuite au Conseil supérieur des Femmes permanentes de l’institution puis présidente de ce même conseil de 1971 à 1978. A ce titre je siégeais au bureau politique national avec rang de ministre. J’ai été durant cette époque directrice de la revue « Mariemou » ( magazine de la femme mauritanienne).

En 1975 je suis devenue membre du gouvernement comme Ministre de la protection de la famille et des affaires sociales. Quand il y a eu le coup d’Etat militaire en 1978 j’ai quitté la Mauritanie pour intégrer le Mouvement Associatif Féminin International de l’organisation panafricaine de la femme ( OPF)au centre de recherche pour la femme ( CEA Addis Abeba) en Etthiopie. Je fus choisie par plusieurs organismes comme consultante sur les problèmes de femme de société, de développement social, du droit humain en général et du droit de la femme en particulier.

J’ai eu l’initiative de fonder avec d’autres, l’Association Internationale des Femmes Francophones dont j’ai l’honneur d’être la présidente. Cette association regroupe des femmes et des organisations de femmes de l’espace francophone et d’autres femmes qui ont adhéré à l’association et dont les pays ne sont pas de l’OIF comme par exemple le Kenya, l’Ethiopie , la Gambie, l’Algerie etc…

C’est ainsi que vous avez occupé un poste ministériel sous le régime de Ould Daddah. Comment avez-vous vécu cette responsabilité aux premières heures de l’indépendance de la Mauritanie ?

J’ai fini ma carrière ministre et je crois que j’ai rempli ma mission de ministre et c’est aux autres de me juger.

Auriez-vous accepté ce poste en 78 après le premier coup d’Etat militaire qui a renversé le président Ould Daddah ?

Je n’aurai pas accepté parce que je faisais partie des personnalités suspendues de la politique en Mauritanie par contre à l’extérieur j’ai accepté plusieurs postes de responsabilité. J’ai présidé l’Union Internationale des Organismes Familiaux puis l’Organisation panafricaine de la Famille etc Organisation panafricaine de la femme.

La femme mauritanienne citoyenne à part entière

En tant que consultante quelle est la place et le rôle de la femme mauritanienne aujourd’hui dans le développement du pays ?

Faire prouver sa capacité de citoyenne à part entière de mère de famille de qualité et de travailleuse consciente et capable exigeant des autorités égalité de compétence et égalité de responsabilité.

Est-ce qu’on peut dire que les femmes mauritaniennes sont suffisamment impliquées dans la vie politique et économique 53 ans après l’indépendance du pays ?

Elles sont impliquées mais très peu nombreuses à être nommées à des postes de hautes responsabilités.

Si vous étiez ministre en 2013 quelles lois penseriez-vous que le parlement devrait voter pour les femmes ?

J’aurai fait voté une loi instituant un quota aux femmes sur tout le système des nominations, des élections et sur les concours et examens, un quota minimum pour les filles et les femmes.

Baba Kane
Membre actif de Cridem et journaliste à Rouen (France)




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Source : Baba Kane
Commentaires : 8
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Commentaires (8)

  • Cheikh-TijaneBathily (H) 20/08/2013 00:47 X

    "A l'éducation nationale"? S'il s'agit de la présence de nos sœurs dans les salles de classe, je vous signale qu'elles sont déjà en passe d'être majoritaires!

  • bagaby (H) 19/08/2013 22:48 X

    @ mohamed hanefi
    La question est : est-ce que ce que j'ai dit est vrai ou faux ? Pour le reste, contente-toi de tes articles qui n'en sont pas, garde tes leçons de morale pour toi et évite des donner un âge à des inconnus sous peine de passer pour un personnage léger.

  • mohamed hanefi (H) 19/08/2013 18:09 X

    “Babagy” et “Roi traore”,
    cette dame est véritablement l’une des mères fidèles, respectables et vénérées de cette nation. Elle a consacré sa vie a la Mauritanie. Le minimum est que ses enfants ou les enfants de ses enfants lui parlent respectueusement à défaut de l’honorer.

    Si nous ne respectons pas nos ainés, nos symboles, je ne sais pas vers quelle situation ambigüe nous nous acheminons.
    Fraternellement.

  • Fr (F) 19/08/2013 16:15 X

    le 9 Moharam 1359 correspond à la date grégorienne: dimanche 18 février 1940

  • Fr (F) 19/08/2013 14:40 X

    « En tant que consultante quelle est la place et le rôle de la femme mauritanienne aujourd’hui dans le développement du pays ? »

    « Faire prouver sa capacité de citoyenne à part entière de mère de famille de qualité et de travailleuse consciente et capable exigeant des autorités égalité de compétence et égalité de responsabilité »

    Chère Grande sœur.
    Tout d’abord je suis content de vous revoir après tant d’années. Si vous voyez que j’ai choisi de citer ce passage de votre bel interview, c’est à cause de l’appel que vous faites à nos filles (toutes les femmes qui bougent encore sont nos filles, nos sœurs étant toutes parties) de prouver leur capacité de mère de famille. En effet, quelque soit l’occupation de la femme, elle doit veiller, d'abord et surtout, sur l’éducation des enfants, dans le sens le plus large et complet du terme.

    Si elle ne peut pas réconcilier les responsabilités administratives et matérielles (bureau, boutique, voyages d’affaires ou en mission) et familiales (foyer, enfants, mari) elle n’a qu’à choisir celle qui est le sien en premier lieu.

    Une nation dont les enfants n’acquièrent pas la bonne éducation est appelée à disparaitre.

    انما الامم الاخلاق ما بقيت وانهم ذهنت اخلاقهمهم ذهبةا

    Or, ce rôle ne peut être tenu que par la mère et ce n’est pas pour rien que l’Islam l’en charge. C’est là une preuve de la grande importance que notre Sainte religion accorde à la femme.

    Ce n’est pas pour rien, non plus , que cette même religion a rendu responsable l’homme de l’entretien matériel de la famille.

    Rien que pour cette phrase de votre entretien, j’aimerais bien échanger avec vous directement par mail. Je vous rappellerais, si vous j’obtiens votre adresse, un tort grave que vous m’auriez, peut-être, fait s’il n’y avait pas eu le coup d’état du lundi 10 juillet 1978.

    Pour cet appel fait aux femmes de s’occuper du foyer, je vous pardonne la peur que j’ai eu ce jour là.

    Très fraternellement
    Votre frère en Islam
    E-mail : unfrere@gmail.com

  • Homme Noir (H) 19/08/2013 13:32 X

    Il faut cesser ces amalgames et questions de quota, la femme mauritanienne est parmi les plus paresseuses sur notre planète, la preuve c'est que 80% de nos sœurs et épouses fonctionnaire ne se soucient pas du développement de ce pays tout leur centre d'interet c'est de s'enrichir rapidement sans aucun effort, ce des absentéistes à l'école par exemple , au ministère, à l’hôpital et partout dans les secteurs de la vie, le plus pire on se contente de dire c'est une femme faible, donc si tel est la cas pourquoi la recruter?

    On doit combattre ce phénomène surtout que les femmes cherchent la parité et pour cela il faut un prix à payer, nos femmes sont pas bien encadrées donc assez d'abus.

  • bagaby (H) 19/08/2013 13:24 X

    Ce n'est pas de l'interview, c'est demander à son neveu de journaliste de vous laisser non pas le choix des réponses, mais plutôt ... des questions !

  • roitraore (H) 19/08/2013 11:28 X

    Ce sont ces gens là qui ont mis le pays dans la galère dont nous récoltons les conséquences maintenant. En conclusion elle n'a rien à nous dire. Ces gens là ne pensaient seulement que aujourd'hui, sans faire la projection dans le futur. Il ne faut pas qu'elle énerve la nouvelle génération. Nous n'avons pas besoin de ces leçons, nous prendre inchalla le futur et le présent pour préparer l'avenir de nos enfants inchalla, inchalla.