21-08-2013 07:39 - Instabilité : Les pays du «Printemps arabe» en pleine zone de turbulences

 Instabilité : Les pays du «Printemps arabe» en pleine zone de turbulences

Les faits Bain de sang en Égypte, guerre civile en Syrie, impasse politique en Tunisie : le Printemps arabe a cédé la place à une violence qui risque de s'intensifier, faute de maturité des nouvelles classes dirigeantes, redoutent des experts.

«Les pays arabes entrent dans une période de turbulences et de changements, qui devrait probablement voir encore plus de violence intérieure, de polarisation et de compétition régionale», estime Emile Hokayem, de l'Institut international d'études stratégiques.

En Égypte, près de 900 personnes, en grande majorité des manifestants soutenant le président destitué Mohamed Morsi, ont été tuées en six jours et les violences ont connu une nouvelle escalade lundi avec un attentat contre la police dans la péninsule instable du Sinaï.

La crise a déjà balayé quasiment tous les acquis du soulèvement contre Hosni Moubarak en 2011, «surtout le multipartisme avec l'entrée des islamistes en politique et les premières élections démocratiques», souligne Sophie Pommier, maître de conférences à Sciences Po. «L'Égypte va dans le mur. Les acteurs sont incapables de compromis politique», estime cette spécialiste de l'Égypte.

Le chef de l'armée et nouvel homme fort de l'Égypte, le général Abdel Fatah al-Sissi, a ainsi martelé dimanche que son pays ne plierait pas devant les «terroristes», et le guide suprême des Frères musulmans Mohammad Badie vient d'être arrêté.

«Si la confrérie (des frères musulmans) est dissoute, on franchit une ligne rouge», affirme Mme Pommier. «La grande question est de savoir si la communauté internationale va elle aussi réitérer ses erreurs par peur de l'islamisme ou taper du poing sur la table en signifiant aux militaires que personne n'est plus dupe de ce genre de stratégie», estime-t-elle.

Pour Emile Hokayem, les soulèvements dans le monde arabe ont «exposé l'immaturité politique des principales factions politiques», comme l'a montré la brève expérience des Frères musulmans au pouvoir en Égypte, où ils se sont «aliéné» les segments même de la société sur lesquels ils auraient dû compter.

La situation est encore plus critique en Syrie, où les violences ont fait selon l'ONU plus de 100 000 morts et près de 2 millions de réfugiés depuis le début en mars 2011 d'une révolte populaire transformée en insurrection armée face à la répression menée par le régime de Bachar al-Assad.

«Personne ne peut gagner en Syrie. Assad peut survivre à moyen terme et espérer que ses ennemis s'affaiblissent pour ne jamais être capables» de remporter la guerre, souligne Emile Hokayem, qui vient de publier un livre sur le soulèvement syrien.

Pour lui, si «un démembrement formel de la Syrie reste peu probable, une partition douce de facto du pays en plusieurs petites entités (...) prend forme». Pour Nadim Shehadi, expert à Chatham House, il faut s'attendre à encore plus de violences en Syrie comme en Égypte, dans la mesure où «les anciens régimes savent manipuler la violence».

La Libye peine également à retrouver la stabilité, parce que l'ancien régime de Mouammar Kadhafi avait «détruit toutes les institutions du pays», selon M. Shehadi.

Et l'impasse politique frappe également la Tunisie, où ni l'opposition ni les islamistes au pouvoir ne cèdent sur leurs revendications malgré des pourparlers directs et indirects.

Seul le Yémen, unique cas dans le monde arabe où le soulèvement a abouti à une solution négociée, avance tant bien que mal, sous l'égide de l'ONU, dans le processus de réconciliation politique. Mais le dialogue national qui doit s'achever en septembre piétine, notamment en raison de l'épineuse question sudiste, et il n'est pas encore acquis que les élections générales peuvent avoir lieu comme prévu en février 2014.

«Il faudra des années, sinon des décennies, pour que la culture politique du monde arabe reconnaisse que les mécanismes seuls de la démocratie ne suffisent pas et qu'il faut embrasser les valeurs de tolérance et d'inclusion», estime Emile Hokayem.




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