26-08-2013 10:41 - 'Face cachée des quartiers' : dans l’une des mahadras d’El Mina après les fortes pluies de la semaine dernière [PhotoReportage]
Les pluies de la semaine dernière ont fait l’effet d’un cataclysme dans le quartier H8 d’El Mina, dans le sud de Nouakchott. A l’extérieur de l’une des maisons, deux jeunes garçons, Adama (16 ans) et Oumar (14 ans), déroulent sous le soleil les nattes encore imbibées d’eau.
Plutôt que d’aller mendier à travers les rues de Nouakchott, ces deux jeunes adolescents passent l’essentiel de leur temps, depuis le passage des fortes pluies, à trier, disposer, entasser leurs affaires.
A l’intérieur, le décor ressemble à un champ de ruines. La maison, qui dispose de trois chambres, a été transformée en mahadra. Elle accueille au total une trentaine d’enfants talibés mendiants qui viennent pour la plupart de l’intérieur du pays.
Au milieu des bagages, des livres et des sacs de riz remis par la Marmite du Partage, Thierno Moussa Samba Ba, le maître des lieux, explique que depuis une semaine, vivre et dormir en toute sérénité relevait de la gageure. "Toutes les chambres étaient inondées. L’eau venait des entrailles de la terre", affirme Thierno Moussa Samba Ba qui vit dans cette maison depuis bientôt 20 ans.
Depuis, ils passent les nuits sous le hangar de la maison, en s’entassant comme des boites à sardines, à la merci des moustiques, en attendant que la dalle des chambres en reconstruction sèche complètement et définitivement.
Ici, retrouver la fraicheur des chambres n’est pas encore à l’ordre du jour. Notamment chez Thierno Moussa Samba Ba plutôt préoccupé par la dernière facture d’électricité que lui a servie la SOMELEC qui lui réclame 403.757 UM. "Je n’ai pas de téléviseur ni de réfrigérateur encore moins d’appareils qui consomment de l’électricité. Comment ai-je pu consommer tout cela ?", s’interroge-t-il.
Le marabout a raison de se poser cette question. Puisque, ici, on ne vit que des quelques pièces d’ouguiya que ramènent les enfants talibés mendiants. De l’argent qui permettra juste de quoi préparer à manger, payer le loyer et l’électricité.
Thierno Moussa Samba Ba saisit notre passage pour tendre la main aux autorités. "Pour améliorer la situation des enfants talibés mendiants, les pouvoirs publics doivent nous aider. S’ils nous aident, ces enfants ne feront plus la mendicité dans les rues de Nouakchott", développe le marabout, qui n’a pas manqué toutefois de dénoncer vigoureusement et avec amertume "ceux qui vivent sur le dos des mahadras et enfants talibés mendiants en cherchant des financements qui ne leur seront finalement pas destinés".
Thierno Moussa Samba Ba en sait quelque chose. Car, la lutte contre la mendicité est un commerce lucratif, où beaucoup de personnes ont fait fortune en se servant des maîtres coraniques et de leurs disciples comme des boucs émissaires.
Il a toujours en mémoire ces multiples visites que des personnes ont effectuées dans sa mahadra en leur promettant monts et merveilles ou encore ses mobilisations du ministère des affaires sociales, de l’enfance et de la famille pour immortaliser des cérémonies de remise de dons qu’ils ne recevront pas après.
Mon passage dans cette mahadra m’a donné à voir la situation dans laquelle vivent les enfants talibés mendiants en cette période de pluies. Dehors, dans le ciel, les nuages s’amoncellent, se forment, migrent. Une pluie de plus, c’est encore la croix et la bannière.
Babacar Baye Ndiaye
























