02-09-2013 11:12 - Loupe du Jour : Elections : les bailleurs dans tout ça !
En dépit du retour à l’ordre constitutionnel qui consacra l’élection du président Mohamed Ould Abdel Aziz, la communauté internationale suit l’évolution de la situation politique en Mauritanie.
Ses observations se sont davantage renforcées avec la crise politique qui s’est prolongée jusqu’à la veille des élections législatives et municipales qui se préparent cahin caha. Les chancelleries étrangères notamment occidentales restent alors sceptiques sur le processus politique.
Les diplomates de l’UE, ceux des USA mènent périodiquement des consultations avec les hommes politiques pour échanger les points de vue sur l’avenir de la démocratie en Mauritanie et exprimer parfois ouvertement leurs inquiétudes sur l’issue de
l’impasse politique actuelle où aucune solution de sortie de crise n’est
envisagée.
Loin de se détourner du jeu politique, la communauté internationale par le biais des représentations diplomatiques et financières sont attentifs à la situation tout en relevant discrètement les failles qui fragilisent l’édifice démocratique dans le pays.
Sachant que les enjeux d’une élection cristallisent les tensions et menacent la paix, les partenaires au développement ne sont pas prêts à débourser des fonds sans être sûrs que les conditions convenables ne sont pas réunis pour la tenue de scrutins transparents.
Le président a beau rassurer mais les bailleurs ne sont pas en confiance pour céder au discours politique de l’homme fort qui tente à chaque occasion démontrer que tout va bien depuis son arrivée au pouvoir.
Pour leur part les forces politiques opposées au régime tiennent régulièrement des rassemblements pour mettre à nu les contradictions du pouvoir et mettre en garde contre les dérives démocratiques préjudiciables à la stabilité de la Mauritanie.
Mais les positions des chancelleries sur ce qui se passe ici ne sont pas identiques. Des nuances apparaissent dans les jugements faits par les uns et les autres. Dans le camp des européens, la tendance est de considérer que la situation actuelle est gérable du fait que certains progrès ont été notés en matière du respect des libertés politiques, des droits de l’homme et de l’assainissement financier.
En revanche le tableau est vu de manière moins reluisante par la maison blanche qui reste plus exigeante dans l’application stricte des règles et valeurs démocratiques. C’est ce explique les accusations régulières portées par l’opposition radicale à la France assimilée à un parrain du président même si avec l’arrivée de Hollande les positions commencent à changer.
En tout état de cause, la démocratie mauritanienne est diversement appréciée par les observateurs. Elle a besoin d’un souffle nouveau qui passe par une plus grande hauteur d’esprit de la part des acteurs politiques. Organiser des élections sans en assurer une garantie de sécurité et de transparence, ne sert ni la démocratie, ni l’image d’un pays livré aux démons des coups d’Etat militaires.
A l’opposé ne pas organiser des élections alors que les délias sont arrivés à échéance, c’est continuer d’entretenir une situation de blocage politique grave pour le fonctionnement des institutions démocratiques.
Il est facile de crier à l’ingérence quand les bailleurs font des observations sur l’état des lieux de la démocratie et mettent sur la balance argent et engagement. Sans fonds étrangers il serait financièrement lourd pour la Mauritanie de supporter l’ensemble des charges liées aux opérations électorales d’amont en aval !
Techniquement les choses, ne sont pas aussi simples que semble le soutenir le régime. Mais le plus urgent est de trouver un compromis, et le reste est négociable…
Cheikh Tidiane Dia
