06-06-2017 12:33 - Crise dans le Golfe : pourquoi l'Arabie saoudite et ses voisins isolent le Qatar

Crise dans le Golfe : pourquoi l'Arabie saoudite et ses voisins isolent le Qatar

Le Parisien - Accusé de soutenir le terrorisme et les forces chiites, le Qatar souffre depuis lundi d'un isolement sans précédent. Une fronde menée par l'Arabie saoudite et soutenue par l'Egypte et le Yémen qui intervient deux semaines seulement après la visite de Donald Trump à Ryad.

Jamais depuis la création en 1981 du Conseil de coopération du Golfe (CCG), un tel séisme diplomatique ne s'était produit. L'Arabie saoudite, Bahreïn et les Emirats Arabes Unis ont décidé lundi d'isoler leur voisin qatari en fermant leur frontières, vite rejoints dans cette mise en quarantaine par le Yémen et l'Egypte.

Les grandes compagnies aériennes Emirates, de Dubaï, et Etihad, d'Abou Dhabi, ont également annoncé la suspension de tous leurs vols vers et en provenance du Qatar à partir de mardi matin «jusqu'à nouvel ordre». Ultime accroc : le riche émirat gazier a été exclu de la coalition militaire arabe qui combat des rebelles Houthis pro-iraniens au Yémen.

Les raisons de cet brutal isolement diplomatique et de cette crise au sein du monde musulman sunnite sont diverses mais toutes intimement liées. Accusé à la fois de soutenir le groupe Etat Islamique, Al-Qaïda, les Frères musulmans et critiqué pour sa prétendue complaisance avec des groupes chiites, le Qatar a réagi avec colère en accusant à son tour ses voisins du Golfe de vouloir le mettre «sous tutelle».

Objectif : asphyxier le rival qatari

Cette ostracisation n'a rien d'une surprise. En 2014, déjà, l'Arabie saoudite, Bahreïn et les Emirats Arabes Unis avaient rappelé leur ambassadeur à Doha pour protester contre le soutien présumé du Qatar aux Frères musulmans. Plus récemment, la tension était montée à un cran inédit par médias interposés, en raison de faux propos attribués à l'émir cheik qatari Tamim ben Hamad Al-Thani. Les propos controversés de ce dernier rompaient avec le consensus régional sur plusieurs sujets sensibles, notamment l'Iran, le voisin chiite vu alors comme un allié stratégique alors qu'il vient d'être accusé par l'Arabie saoudite d'être «le fer de lance du terrorisme». Il faut ajouter à cela la concurrence exacerbée entre les familles bédouines de la Péninsule arabique, toutes issues de la branche sunnite.

Néanmoins, la dureté des mesures surprend Wassim Nasr, spécialiste des mouvements et mouvances djihadistes. «C’est très fort. Ils coupent les circuits routiers, aériens et navals avec le Qatar. Ils ont donné quatorze jours aux ressortissants qatari pour quitter leurs territoire, explique-t-il au Parisien. Parmi eux, beaucoup de riches de familles qui comptent économiquement. Ils tentent d'asphyxier économiquement le Qatar».

A ce stade, la grande inconnue concerne l'avenir du site Al Udeid, l'une plus grandes bases militaires américaines au monde installée sur le sol qatari. C'est l'un des principaux pôles aériens au Moyen-Orient. Une partie de la guerre en Syrie est gérée depuis ce centre de commandement.

La «balkanisation du monde arabe»


La scission opérée lundi du au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG) fera date, selon le docteur en géopolitique Frédéric Encel. «C’est une nouvelle étape d’un point de vue géopolitique dans l’affaiblissement et la balkanisation du monde arabe, assure-t-il. Ce Conseil, c’était le dernier pôle arabe cohérent, aux niveaux politique, économique et géopolitique. La division n'a jamais été aussi forte»

Impossible de ne pas voir également dans cette décision l'influence des Etats-Unis. Lors de sa visite à Ryad en mai, le chef d'Etat américain Donald Trump a en effet appelé à «chasser» les extrémistes et «les terroristes», en référence aux groupes djihadistes. Il a également demandé à la communauté internationale «d'isoler» l'Iran. Ce discours a bel et bien précipité la décision des Saoudiens, selon Frédéric Encel, qui insiste sur la fébrilité du régime wahabbite.

Le Qatar, en plus d'agacer pour son soft power à l'international, notamment en France, et ses investissements tous azimuts (la chaîne Al-Jazeera ou l'organisation du la Coupe du monde 2022), ne respecte pas la ligne anti-iranienne. «L’Arabie Saoudite se sent menacée à ses frontières et perd son sang-froid pour plusieurs raisons, résume l'auteur de l'ouvrage Géopolitique du printemps arabe (Presses Universitaires de France).

Elle craint premièrement une très grave crise économique depuis la chute des prix du pétrole qu’elle a elle-même organisée contre l’Iran. Ensuite, sous l’ère Obama, la relation avec les Etats-Unis a été mise à mal. En menant l'intervention au Yémen, elle a voulu montrer qu'elle savait faire la guerre, pour un résultat désastreux. Autre source d’angoisse : la montée en puissance d’une solidarité "pan-chiite" et la multiplication des brigades internationales chiites dans la guerre en Syrie, en provenance du Pakistan, de l’Afghanistan, de l’Iran et de l’Iran».

Deux cibles derrière le Qatar


L'Iran est indéniablement en toile de fond d'un rapport de force global entre l’axe russo-chiite et l’axe sunnite. Ryad, sans fournir de preuves, affirme que Doha soutient «les activités de groupes terroristes soutenus par l'Iran» : dans la province de Qatif (est), où se concentre la minorité chiite du royaume saoudien, ainsi qu'à Bahreïn, secoué depuis plusieurs années par des troubles animés par la majorité chiite de ce pays.

Mais Wassim Nasr voit aussi dans cette mise à l'écart du Qatar une tentative plus profonde de déstabilisation des Frères musulmans. L'Arabie saoudite -chantre d'un islam rigoriste- s'est efforcée de détruire la confrérie en pactisant avec le maréchal al-Sissi en Egypte en 2013. A l'inverse du Qatar, qui avait lui financé le président islamiste, Mohamed Morsi, jusqu'à sa destitution. «L’Arabie saoudite veut prendre le leadership, tranche le journaliste de France 24. En coulant le Qatar, elle veut atteindre les Frères musulmans. Il y a une friction ancestrale entre les deux depuis les années 1950. Les Frères musulmans veulent retrouver le califat par la voie démocratique, ce qui déplaît fortement aux Saoudiens».

L'ambiguïté des soupçons de «soutien au terrorisme»

A noter que des voix s'élèvent également ce lundi sur la crédibilité du régime saoudien dans son combat contre les organisations terroristes. Le Qatar, s’il n’est pas directement complice, «peut être accusé de complaisance, admet Frédéric Encel. Il n’y a jamais eu de preuve d’un financement officiel de l’Etat, néanmoins on a affaire à des familles bédouines de type féodalo-tribal, à des particuliers très riches, qui ont toute latitude pour financer les groupes et les Etats qu’elles souhaitent».

L'Arabie saoudite est lui un Etat est beaucoup plus centralisé. Il est donc c’est plus difficile de financer de manière occulte. «Seulement, l’expansion de sa vision wahhabiste, très violente et rigoriste, n’est pas étrangère à la montée du fanatisme depuis les années 1970», tient-il à rappeler.

Cyril Simon




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Commentaires (4)

  • synthetiseur (H) 06/06/2017 18:12 X

    La premiere vache l'Arabie Saoudite ayant été sucée à point, la deuxième doit passer à la caisse et puis ce sera le tour du Koweit, d'Oman du Bahrein.....Trump en veritable cow boy est entrain de jouer les épisodes de son film"A l'assaut des monarchies du Golfe". Et comme l'Iran qui s'y frotte s'y pique ce sont les pitoyables monarchies non pas leurs peuples soumis mais les familles qui terrorisées par leurs ombres paient les caprices d'un Trump dont tout montre qu'il est devenu président par défaut. Ce conflit est le résultat de magouilles des trois fils Salman d'Arabie Saoudite, Zaid des Emirats et Al Thani du Qatar qui veulent coute que coute plaire aux USA prets à tout donner cherchant la protection contre tout éventuel agresseur. Totalement saoulés par leurs pétrodollars, inexpérimentés sur les grans équilibres et enjeux de ce monde, ils font fleche de tout bois dans toutes les directions....Trump a vite compris en véritable chasseurs de trésors. Il est entrain de jouer avec eux comme avec ses enfants.... Chacun sera pressé comme un citron et jeté. Le grand gagnant ce sera l'Iran qui cueille tranquillement les fruits de ces inepties monarchiques du Golfe. L'Amérique sait que l'Iran qui s'y frotte s'y pique et a trouvé comme solution de l'utiliser comme un épouvantail pour traire les vaches du Golfes. Quels idiots ces rois princes et émirs.

  • ASSOCIATION MAIN PROPRE (H) 06/06/2017 13:45 X

    Aujourd'hui, le secret est levé , QATAR finance le terrorisme et les forces chiites,il a largement financé le front Al-Nosra. la Mauritanie doit rompre ces relations avec ce pays qui sème la terreur dans le monde.

  • Ksaleh (H) 06/06/2017 12:51 X

    l'Arabie Saoudite et ses amis noient le poisson, le plus grand pourvoyeur de Fitna est sa propre doctrine le Wahabisme qui fait des morts tous les jours même dans des contrées les plus reculées à cause de la brutalité de cette doctrine qui tient à faire le vide autour de toute autre pensée islamique qui n'est pas moulée de cette obscurantisme désuète. D'ailleurs leur terrorisme fait beaucoup plus mal aux pauvres musulmans qu'aux autres qui n'ont que la voix au chapitre de l'information.

  • mystere1 (F) 06/06/2017 12:44 X

    je ne sais quel est le problème de ces puissances du golfe, mais vraiement l'isolement vis à vis du qatar est honteux, voir frustrant, honte à nous monde musulman non uni, alors que les non musulmans sont entrain de rire de nous, le linge sale se lave en famille, ainsi le problème pouvait se régler entre pays arabes seulement sans que ce trump s'y mêle, ce n'est que le début du commencement, déja le qatar est à la tête de liste écartée, s'en suivra un autre pays du moyen orient, bientôt, tant que les intérêt ne sont pas en accord unis, il y'aura toujours des désaccord!