12-07-2017 10:22 - L'Editorial du Calame : … Et la caravane passe.

L'Editorial du Calame : … Et la caravane passe.

Le Calame - Troisième mandat ! Le mot qu’on croyait tabou est lâché et pas par n’importe qui. Par le premier des ministres en personne, lors d’un meeting à Bouratt, au milieu de ce qu’on a coutume d’appeler le Triangle de la pauvreté.

Pourtant, on pensait que le débat était clos, depuis l’allocution prononcée, par Ould Abdel Aziz, en Octobre dernier, lors de la cérémonie de clôture du dialogue organisé avec une partie de l’opposition. Notre guide éclairé avait alors déclaré, solennellement, qu’il n’était pas question, pour lui, de toucher les articles limitant le mandat présidentiel et qu’il plaçait l’intérêt du pays au-dessus du sien.

Si la déclaration allait de soi, puisque les articles en question étaient verrouillés, ça irait « encore mieux en le disant », pour paraphraser Charles Maurice. Qu’est-ce qui a changé entretemps, pour que l’appétit revienne aussi vite ?

En fait, très peu d’observateurs pensaient qu’Ould Abdel Aziz était sincère, dans son affiche respectueuse d’une Constitution qu’il a foulée du pied, allègrement et à plusieurs reprises, mais le contexte n’était pas favorable à une annonce qui risquait d’avoir des conséquences désastreuses pour son pouvoir.

Il a donc joué « balle à terre », comme disent les footballeurs, en attendant que l’idée mûrisse et que l’occase de s’en délecter se présente.

Un premier essai s’est révélé pourtant calamiteux, avec le refus des sénateurs de voter les amendements constitutionnels qui supprimaient leur Chambre parlementaire et lui permettraient d’avoir les coudées franches, pour passer toute modification à sa convenance, par une assemblée nationale toute à sa botte. Une déconvenue qui chamboulait tous ses plans et qu’il a très mal prise.

Il ne lui restait plus qu’à s’obliger, contraint et forcé, à un incertain referendum, anticonstitutionnel, de surcroît, puisque le refus des sénateurs en interdisait même le recours, selon le titre IX de notre loi fondamentale.

Branlebas de combat et report, pour la troisième fois, de la date de clôture du recensement électoral, au constat de ce que ledit referendum n’intéressait personne. Des généraux, des ministres et des hauts fonctionnaires envoyés au charbon, pour sensibiliser les leurs. Un président de la République qui multiplie les audiences, parfois avec des sous-fifres incapables de mobiliser leur propre famille.

Celui de l’UPR qui sillonne le pays, pour dire que la Mauritanie a encore besoin de « son » président, pour parachever l’œuvre de construction nationale entamée en 2008. Et, last but no least, le Premier ministre qui lâche, enfin, le morceau.

Après avoir déclaré, à Tintane, que le système en place ne quitterait pas le pouvoir en 2019, le revoilà qui précise son idée : Ould Abdel Aziz fera bien un troisième mandat.

Le parjure ne faisant apparemment pas partie de son vocabulaire, Ould Hademine fait fi du serment prêté, par son mentor, de l’inviolabilité des articles sur le mandat présidentiel et du danger que fait peser, sur le pays, une énième violation de la Constitution. Mais ne lui faisons pas porter un chapeau plus gros que sa tête.

Il fut toujours fidèle exécutant. C’est ce qui explique sans doute sa longévité, sans le moindre état d’âme, au service d’un pouvoir qui en est encore moins pourvu.

Ce qui ne les disculpe, ni l’un ni l’autre. Il arrivera bien un jour où il faut rendre compte et se cacher derrière le sacro-saint principe de l’obéissance aux ordres venus « d’en haut » ne prémunira pas l’auteur de tout acte contraire aux lois et textes en vigueur.

Mais, avant d’en arriver là, il faut sonner le tocsin. L’opposition, la société civile, les démocrates et les partenaires étrangers doivent coordonner leurs efforts, pour faire échec à cette nouvelle forfaiture en gestation. Nous ne sommes certes pas de ceux qui crient « Aux armes, citoyens ! » mais nous voilà debout avec tous ceux qui croient en la souveraineté du peuple, bien au-dessus de ceux qui ne s’emploient qu’à l’abuser.

Les propos d’Ould Hademine sont volontairement provocants. Ils ne traduisent que l’aboi d’un pouvoir en mal-être. Lève-toi donc, peuple mauritanien, et que ta caravane passe, majestueuse, au pas tranquille de tes chameaux !

Ahmed Ould Cheikh



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Commentaires (6)

  • ELVALLI (H) 12/07/2017 12:58 X

    Personne n’est dupe. Tous les mauritaniens savent qu’Aziz continuera à manipuler les dispositions de la loi fondamentale qu’est notre Constitution de manière à rester au pouvoir le plus longtemps possible ayant pris gout à «gérer» l’Etat et ses monnaies à son bénéfice exclusif. Les dictateurs ont tous fait pareil avant de finir les pieds devant !

  • bleil (H) 12/07/2017 12:53 X

    Edouard Herrio l'a si bien dit : "On tient d'autant plus aux honneurs qu'on en est moins digne." Ce que nous constatons depuis le 10 juillet c’est toujours le même scenario ; promesse du changement démocratique pour un avenir meilleur, dénigrement du bilan des prédécesseurs, une surexposition médiatique préélectorale, l’élection à la Koubeni , ….et silence radio. Nos amis militaires sont frénétiquement captivés par l’exercice du pouvoir politique et surtout du profit qu'ils tirent maladroitement de ses privilèges… Pour freiner notre déchéance et la décrépitude du pays, nos paisibles populations, meurtries et indignées, attendent que le dernier des caporaux fasse son putsh et donne le plein pouvoir à ses ayants droit ..."c'est quand la merde et le pet sont sortis que le ventre est soulagé"

  • Mauvais Calcul (H) 12/07/2017 12:24 X

    Ahmed, il est évident que nous vivons les derniers moments de la gouvernance de ould Taya, il est clair aussi que le gouvernement d’Aziz est dans un tournant de son histoire, l’homme a dit clairement devant tous les mauritaniens et le monde entier qu’il n’est pas fait pour perdre, tout le monde perd sauf lui, il est fait pour gagner, donc le referendum prouvera qu’il est toujours gagnant, seulement les surprises sont aussi là et les mauritaniens n’aiment pas quelqu’un qui se vante d’être toujours le meilleurs, Aziz doit comprendre que des hommes tapis à l’ombre le surveillent comme du lait sur du feu, trop d’assurance en soit tue la fiérté de l’homme.

  • ASSOCIATION MAIN PROPRE (H) 12/07/2017 12:19 X

    S'il y a un troisième mandat ce n'est pas le chef de l'État qui l’a demandé. C’est le peuple qui réclame une éventuelle modification de la constitution pour un troisième mandat pour MOHAMED OULD ABDEL AZIZ .croyez moi qu’une majorité écrasante des mauritaniens soutiennent un troisième mandat pour l’actuel président mohamed ould abdel aziz. Je le dis en toute sincérité. Si cela vexe quelqu'un, c'est son affaire, ce n'est pas l’affaire de 98 % des mauritaniens

  • Ksaleh (H) 12/07/2017 12:13 X

    "Peuple", quel peuple Ahmed ? Ne dit on pas qu'un peuple a le président, les parlementaires enfin bref, les politiciens qu'il mérite ? Tu oublies qu'il existe des opiums du peuple, et a mon humble avis le notre a trop abusé de ces drogues au point qu'il est malléable, influençable, à tel point que sa cravanne s'est dispersée, au risque de ne plus passer !

  • leguignolm (H) 12/07/2017 11:44 X

    Cette nouvelle nous parvienne depuis Néma quand Aziz parla comme son menteur le guide avorté en s'adressant au moment du soulèvement populaire. Il disait, je me suis sacrifier pour arriver à cette place et vous aussi si vous voulez , il faut faire la même chose que moi.