23-05-2018 09:48 - L'Editorial du Calame : Gabegie, mode d’emploi

L'Editorial du Calame : Gabegie, mode d’emploi

Le Calame - Lorsqu’il s’est emparé du pouvoir par la force, en 2008, tout simplement parce qu’il venait d’être limogé par un président de la République qui en avait les prérogatives, Ould Abdel Aziz s’est tout de suite fait le « champion », toutes catégories, de la lutte contre la gabegie.

Un thème porteur, tant le pays a souffert de la prévarication et du détournement des deniers publics, sport favori des fonctionnaires et autres hauts responsables. Dans une impunité totale. Lors de ses meetings et sorties médiatiques, le nouveau chef de l’État ne cessa de pourfendre la gabegie et les gabegistes.

Un ancien premier ministre, des anciens directeurs de société, de hauts fonctionnaires et des présidents de conseils d’administration furent même envoyés en prison, en 2009. Ils y resteront le temps, chacun, de payer, au Trésor public, une confortable caution. En liberté provisoire, ils ne seront jamais jugés, pas plus que ne le seront d’autres, voués aux gémonies puis réhabilités, par le seul fait du prince.

Ce qui a fini de convaincre que la lutte contre la gabegie n’était qu’un slogan. Sans plus. En quelques années, beaucoup d’eau a, en effet, coulé sous les ponts. Et le naturel est revenu au galop. Le népotisme est redevenu la norme.

Les marchés publics sont attribués, ouvertement, aux plus disants, sans possibilité de recours pour les recalés. Les marchés de gré à gré ne se comptent plus.

Quelques exemples suffisent, pour démontrer combien la situation est devenue pire qu’avant. Il y a quelques années, le marché d’aménagement de milliers d’hectares, dans la zone de Keur Macène, fut attribué à la société franco-marocaine STAM et donna lieu à une terrible surfacturation.

Alors que l’hectare aménagé coûte entre 900.000 et un million d’anciennes ouguiyas, STAM l’a fait payer trois millions à l’État. Une énorme commission – on parle de deux à trois milliards – a été versée aux intermédiaires (dont certains ne sont pas n’importe qui) et a servi, entre autres, à l’achat d’appartements au Maroc et à Las Palmas. Un secret de Polichinelle jalousement gardé.

La centrale dite duale de Nouakchott de 180 mégawatts est revenue à la société finlandaise Wartsila dont l’offre est pourtant plus chère, de 30 millions d’euros, que le suivant immédiat. On parle ici encore d’une commission de dix millions d’euros, si l’on en croit l’ONG Sherpa spécialisée dans les biens mal acquis.

L’an dernier, pour éviter que l’eau de pluie ne se perde dans une région qui en a tant besoin, l’Etat décide de construire un barrage, sur l’oued Seguellil, non loin d’Atar. L’ENER, la SNAAT et ATTM soumissionnent. Cette dernière offre six milliards d’ouguiyas et gagne le marché.

A sa grande surprise, on lui intime l’ordre de le sous-traiter à STAM (tiens, tiens…). Son directeur général hésite. Il est menacé de limogeage, s’il ne s’exécute pas. Il demande une lettre officielle pour se couvrir. Le ministère de l’Agriculture l’envoie dans la minute. STAM commence des travaux dont l’impact est quasi-nul sur la région.

Pire, il y a quelques mois, un avenant de deux milliards d’ouguiyas lui a été accordé. Vous en voulez encore, des exemples ? Le marché du dragage d’un affluent du fleuve Sénégal, Leweija, non loin de R’kiz, est en train de provoquer des remous.

Alors que l’appel d’offres prévoit que ce genre de travaux ne peut être exécuté que par des sociétés disposant du matériel nécessaire et déjà réalisatrices de travaux similaires, il a été attribué à un groupement qui constitue en lui-même une aberration puisqu’il est composé d’une société publique (SNAAT) et d’une société privée (la MTC, filiale du groupe Ghadda à qui l’ENER et ATTM ont sous-traité énormément de marchés de routes), sans aucune expérience en ce domaine.

Le comble est que ce groupement est plus cher d’un milliard quatre cent millions que la société ERB (3,4 milliards contre 1,9 milliard). L’affaire fait actuellement grand bruit mais, comme celles qui l’ont précédée, elle finira par s’éteindre. En somme, la lutte contre la gabegie aura permis, au pouvoir, de mieux la connaître… pour mieux la « contrôler ».

Ahmed Ould Cheikh



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Commentaires (5)

  • abdi10 (H) 23/05/2018 18:40 X

    La lutte contre la gabegie n'était qu'un slogan creux brandi par un général limogé et assoifé de pouvoir pour "légitimer" sa "rectification". La preuve en est que tous tous ceux qui l'ont suivi dans son aventure ont été épargnés par la chasse aux sorcières.

  • habouss (H) 23/05/2018 11:25 X

    Heureusement qu'en ce mois béni du Ramadan nous avons les bouches cadenassées ! Sinon.......

  • Selmedine (H) 23/05/2018 11:15 X

    لا حول ولاقوة الا بالله LA HAWLA WA LA GHOUETE ILA BI ILAAH

  • aminatat (H) 23/05/2018 10:59 X

    Encore de l'intoxication ! Depuis son accession au pouvoir, le président aziz a combattu la gabegie. Tous ceux qui avaient détourné des deniers publics ont été obligés de restituer l'argent volé. Cette politique de lutte contre la gabegie a porté ses fruits et a eu un réel impact sur le budget de notre pays. Quand aux marchés dont vous parlez, vous faites de l'intoxication comme d'habitude. Vous n'avez pas la moindre preuve de ce que vous affirmez. En outre, notre président n'est jamais intervenu sur l'octroi des marchés. venant de vous, c'est normal que vous ayez ces propos. Si vous vous souvenez de vos cours de journalisme et de déontologie, vous savez qu'informer ça n'est pas diffamer

  • nabuchodonosor (H) 23/05/2018 10:22 X

    Pour une fois, messieurs du Calame, faites du journalisme et non de la politique. C'est votre devoir de dénoncer les responsables de la corruption. Qui sont les béneficiaires des "deux à trois milliards" de la STAM? Qui a acheté des biens immobiliers au Maroc et à Las Palmas? Où sont partis les millions de Wartsila? Merci de livrer à l'opinion publique les noms des corrompus, corrupteurs, intermédiares et de donner des preuves avérées. Sinon on reste dans de la littérature de caniveau!