26-06-2023 12:32 - La rébellion de Wagner doit servir de leçon en Afrique

La rébellion de Wagner doit servir de leçon en Afrique

Courrier International - La marche vers Moscou entamée par les hommes d’Evgueni Prigojine est un camouflet pour Poutine, et elle doit résonner comme un avertissement pour les dirigeants africains qui ont laissé ce groupe paramilitaire prendre pied sur leur territoire, avance cet éditorialiste du “Djely”.

Une expression populaire suggère de ne pas “mettre tous ses œufs dans le même panier”. Cette réflexion, le Mali, la Centrafrique et d’autres pays du continent doivent être en train de la mûrir après l’événement inattendu dont la Russie a été le théâtre, le samedi 24 juin.

Ces pays qui, ces dernières années, ont sacrifié toutes leurs autres relations diplomatiques au profit d’un mariage exclusif avec la Russie doivent réaliser l’imprudence dont ils se sont rendus coupables.

Parce qu’ils doivent avoir compris à quel point leur nouvel ami et protecteur supposé est lui-même vulnérable.

En effet, l’exaspération qu’Evgueni Prigojine, le patron de la milice Wagner, a exprimée avec son coup de pression aura infailliblement affecté l’autorité qu’on croyait absolue de Vladimir Poutine. Qui aurait pu imaginer une telle audace vis-à-vis du maître du Kremlin ? Eh bien, Evgueni Prigojine a fait tomber le masque du tsar.

Supposée influence

Celui que d’aucuns prenaient pour leur gendarme attitré, et au nom duquel ils s’autorisent tout et n’importe quoi, est apparu aux yeux du monde sans son mythe. Et il n’y a pas que son autorité qui en a pris un coup. Sa supposée influence aussi.

Ainsi, ce samedi-là, alors que les hommes de Wagner évoluaient vers Moscou, la présidence russe a multiplié les communiqués annonçant que Poutine avait reçu le soutien notamment d’Erdogan et de Ramzan Kadyrov [les présidents de la Turquie et de la Tchétchénie].

Le président russe se prévalait et se vantait du soutien de dirigeants qu’on prenait pour ses vassaux. Qui l’eût cru ? Qui aurait également cru que le très martial Poutine recourrait à des négociations pilotées par Loukachenko pour se sortir du pétrin ?

Décidément, il y avait quelque chose de surfait dans l’image que l’on a toujours vendu de Poutine. Une puissance qui ne peut même pas se défendre vis-à-vis d’une milice qu’elle a enfantée et entretenue peut-elle seulement défendre un autre pays ? On imagine la désillusion et l’embarras de tous nos néo-pseudo-révolutionnaires qui comptaient sur une telle puissance pour espérer cultiver et enraciner l’autocratie et la dictature et soumettre ainsi leurs compatriotes.

Que la rébellion de Wagner leur serve de leçon. D’autant que l’autre enseignement à tirer de tout cela, c’est qu’en misant sur Wagner on s’associe à un partenaire peu fiable.

Souverainisme creux

À l’instar de ce qui s’est passé samedi dernier en Russie, qu’est-ce qui empêcherait les hommes de Wagner de prendre le contrôle d’une région entière du Mali et d’en interdire l’accès à l’État malien ?

Or une telle perspective n’est pas qu’une vue de l’esprit. Vu que nos États sont notoirement connus pour ne pas honorer leurs engagements, rien n’est à exclure. En somme, le loup est potentiellement dans la bergerie.

Dénoncer les contractions de la diplomatie africaine de la France, quoi de plus normal ? Exiger d’Emmanuel Macron des rapports plus respectueux de la souveraineté des pays africains, pourquoi pas ? Mais cela n’autorise nullement que l’on se coupe de toutes les opportunités, au nom d’un populisme et d’un souverainisme creux.

D’ailleurs, dans leur ensemble, les problèmes sécuritaires auxquels nos pays font face sont la résultante d’inconséquences dont nos dirigeants sont en grande partie responsables. De ce point de vue, leur souverainisme de circonstance est à la fois une diversion et une fuite en avant.

Et le choix pour eux de s’offrir à la Russie à vil prix n’est qu’une manœuvre visant à s’abriter derrière un acteur de la communauté internationale disposé à fermer les yeux sur le martyre qu’ils sont prompts à faire vivre à leurs compatriotes. Mais à quelque chose malheur étant bon, la rébellion de Wagner doit les inciter à revenir à la raison. Si, du reste, ils sont doués de lucidité.

Boubacar Sanso Barry



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