02-07-2023 17:54 - La Mauritanie face aux enjeux géostratégiques du moment

La Mauritanie face aux enjeux géostratégiques du moment

Ely Ould Krombelé - Sa position géographique lui confère un attrait géostratégique. Mais au-delà de ce positionnement naturel enviable, - à savoir le trait d'union entre les deux Afriques noire et blanche- l'aubaine pourrait se transformer en quiproquo selon les circonstances, menant ainsi à un dessous de carte venimeux.

En effet une rivalité géopolitique entre un Occident (Otan) toujours conquérant, pris de cours par les appétits naissants d'un autre pôle (Brics) mené par la Chine et la Russie, risque de sonner le tocsin d'un espoir apaisé, de la Mauritanie au golfe de Guinée.

La récente intervention de l'activiste panafricaniste, la franco-camerounaise Nathalie Yamb qui fustige notre pays en le qualifiant de "cheval de Troie" de l'Occident, illustre bien la position géographique convoitée de la Mauritanie, mais également les méfaits inhérents à cette posture à double tranchant.

Depuis le 24 février 2022, suite à l'"Opération Spéciale" déclenchée par Moscou contre Kiev, le monde est entré dans un tourbillon dangereux. Chaque partie cherche à placer ses pions en vue de contrôler les routes qui approvisionnent en énergie fossile( pétrole, gaz naturel).

L'Afrique qui était le parent pauvre de cet enjeu pour les USA, attire aussitôt un regard intéressé, surtout depuis que la Russie a commencé à s'y implanter. L'épicentre de la lutte d'influence entre les pays de l'OTAN d'un côté, la Russie, la Chine de l'autre, se mesure par et surtout dans la conduite inébranlable de la guerre en Ukraine, pour l'instant.

Mais cet épicentre belliciste risque de se déplacer en 2024-2025 vers la mer de Chine, avec l'éventuelle "récupération" de l'île de Taiwan par l'empire du milieu.. Pour le moment seuls les effets secondaires du conflit Russie-Ukraine touchent les pays du Sahel, la Mauritanie, le Sénégal, jusqu'aux contrées lointaines du golfe de Guinée. Prudence...

Face à cette situation mondiale qui peut à tout instant dégénérer en conflit nucléaire, la Mauritanie doit adopter une attitude équilibrée...., ne serait-ce que pour l'Histoire. Nous entretenons une vieille coopération militaire avec la France qui forme surtout certains de nos commandos dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Soit.

Notre Collège de Défense a des liens étroits avec celui de l'Otan bien avant la guerre en Ukraine, dans le seul but d'acquérir et de bénéficier de l'expérience et de la formation adéquate de cette institution militaire occidentale. Jusque là tout est normal.

Cependant nous devons éviter toute attitude qui pourrait faire croire à la partie adverse notre alignement sur l'une ou l'autre. N'oublions pas que nous sommes entourés au Nord par l'Algérie, alliée de Moscou, au sud-est par le Mali, allié de Moscou également; au Sud par le Sénégal, un pays voisin et amical qui entre dans une période pré- électorale dont on ignore encore les conséquences.

Car tout ce qui se passe de bon ou de mauvais au pays de la "téranga", rive gauche, aura des répercutions sur le sol mauritanien, rive droite....

A/ Faut-il craindre une situation explosive au Sénégal?

Rien ne sera plus comme avant au Sénégal, un pays qu'on qualifiait de "locomotive" de la démocratie pluraliste, d'exemple de "bonne gouvernance" en Afrique francophone, voire même au-delà... C'est que le premier président du pays, Léopold Sédar Senghor était un académicien, un Sérère tolérant bercé dans la culture judéo-chrétienne proche des valeurs occidentales.

La France a fait de ce pays une sorte de laboratoire, une vitrine pour concrétiser son influence sur son pré-carré ouest-africain. Raison pour laquelle Senghor dans le souci de préserver cet acquis, a su démissionner au moment opportun afin de céder le pouvoir à son dauphin Abdou Diouf.

Et depuis le naturel , avec ses querelles intestines, ses rivalités ethniques, ses pratiques dolosives, est revenu au galop. La bataille pour le fauteuil présidentiel a donné à chaque fois, après le départ du chantre de la négritude une image écornée du Sénégal, pourtant une terre de brillants universitaires, de célèbres avocats etc...

Tantôt c'est Diouf contre Wade, si ce n'est Wade contre Macky Sall, ce dernier contre Ousmane Sonko, à telle enseigne qu'on est arrivé en 2023 à un point de non-retour, autrement à une confrontation sanguinaire..

Ce qu'on croyait être une bataille pour la démocratie entre deux prétendants au pouvoir, - projet contre projet, n'est ni plus ni moins qu'une question de leadership à connotation ethnique. En effet Macky Sall ayant placé sur orbite ses satellites à savoir les présidents de Gambie et de Guinée Bissau par l'entregent des troupes de la Cedeao (aviation du Nigéria) au moment où un autre Peul, le général Muhammadou Buhari était à la tête du Nigéria, n'acceptera jamais qu'un "petit bambin casamançais" se mette au travers de son chemin...

Au-delà de l'exploitation du gaz et des convoitises qu'elle suscite auprès du Qatar, de la Turquie, de la France etc..., nous assistons à une querelle beaucoup plus subtile, prosaïque même parce que mesquine, entre un orgueil Peul démesuré et une inopportune fierté Mandingue incarnée par Sonko.

C'est une bataille d'ego que même les marabouts sénégalais auront du mal à juguler. Macky Sall fera son 3éme mandat, sans doute avec le soutien des Occidentaux. Ousmane Sonko, qui a raison sur toute la ligne et supporté par ses jeunes partisans, essayera de semer le chaos. Le Sénégal risque de sombrer et seule l'intervention de l'Armée pourrait être salutaire. Ainsi le cemga du Sénégal, le général de corps d'Armée Cissé, un ami de la France, sortira du bois.

L'intérêt de la Mauritanie est que le pouvoir reste entre les mains de Macky Sall., un homme qu'on connaît très bien et qu'on a vu esquisser des mots en Hassaniya...Qui dit mieux?

B/ Entre l'équilibrisme ou la confrontation permanente, il faut choisir:

Ce n'est pas un choix cornélien qui est posé à la Mauritanie, mais plutôt une politique du discernement entre ce qui est bon ou mauvais pour notre pays. Si la situation géographique de la Mauritanie lui confère une position géostratégique envieuse aux yeux des grandes puissances, le devoir des pouvoirs publics est de mener à profit cet avantage dans le seul intérêt supérieur de la nation.

La sagesse nous recommande qu'être au-dessus de la mêlée procure un champ de vision plus propice à une station équilibrée que partisane, vis à vis des deux protagonistes que sont les Occidentaux et la Russie, deux pôles antagonistes qui se livrent à une rivalité mortelle depuis le 24 février 2022.

Les deux ministères régaliens( Défense et Affaires Etrangères) de Mauritanie concernés par cette confrontation géopolitique, de près ou de loin, doivent prendre toutes les dispositions nécessaires à la quiétude et à la sécurité des citoyens. Ne dit-on pas que le président Mohamed Ould Ghazwani est un homme de maturité étendue, consensuel, un adepte du juste milieu? Alors de quoi aurions-nous peur?

ELY OULD SIDAHMED KROMBELE, FRANCE



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Commentaires (6)

  • Sahelien-morali (H) 02/07/2023 20:16 X

    C'est une analyse très pertinente et instructive de la situation de notre pays par rapport aux dangers qui le guettent dans cette tension entre grandes puissances. Merci, l'auteur de l'article nous a habitué a ces bonnes analyses. Maintenant, pour s'en sortir sans y laisser des plumes, il faut de vrais talents d'équilibriste, de danseur de corde, de maraboutage peut-être aussi. Nous avons un ministre de la défense qui tient bon, il connaît bien l'équation, le G5 Sahel, la problématique de la sous région. Nous avons aussi nos ambassadeurs expérimentés qui donneront les bons conseils au Président.

  • Berger Mbareck (H) 02/07/2023 20:09 X

    Mr Krombele, nous aurions peur ? que le Sénégal bascule dans le clanisme et le séparatisme, comme vous l’avez sous entendu écrit en bon éditorialiste d’un journal, en suivant votre résonnement logique en la matière, on peut dire que la Mauritanie depuis l’indépendance et les coup d’état militaire ne s’est pas encore donner la chance d’avoir un peul qui aller confisquer le pouvoir comme Macky Sall et faire de la terre brulée en Mauritanie comme compte le faire Macky Sall au Sénégal, espérons que cette situation n’arrive jamais en Mauritanie, le Maguissard Sall n’est pas un démocrate et loin d’être ce qu’attend le Sénégal et les Sénégalais, qui ne connaissent pas les ethnies et leurs appartenances, mais l’homme Sénégalais tout cours, mais avec macky Sall en vrai PEUL de la mauvaise augure, veut retenir le pouvoir par la force, il veut violer la constitution et les lois en forçant un 3ème mandat qui risque d’être à jamais comme le Paul BIYA du Cameroun au Sénégal et le Ouattara de la Cote d’Ivoire. Senghor est passé sans problème, Abdou Diouf sans problème, Wade avec un peu de politique régler par le peuple sénégalais par le vote et son éviction du palais, malheureusement avec Macky Sall cela ne sera pas facile pour la démocratie sénégalais et pour l’Afrique plus particulièrement et surtout pour la sous région entouré par une ceinture de feu. Mais comme je dis heureusement pour la Mauritanie, suivez mon regard, je ne suis pas raciste mais véridique.

  • Berger Mbareck (H) 02/07/2023 20:07 X

    Mr Krombele, la Mauritanie doit prendre le devant sur les citoyens mauritaniens au sénégal qui courent un danger sur les événements à venir, le Sénégal est le pays le moins sûr de la sous région, le plus dangereux pour les économies de la sous région, mais aussi le plus propice à l’infiltration des terroristes et autres pagailleurs de l’Afrique, la France en tête et laisse faire.

  • Berger Mbareck (H) 02/07/2023 20:06 X

    Macky veut bruler le Sénégal à cause des dégâts financiers commis dans le pétrole et le Gaz, il veut surveiller ses arrières et se garantir qu’il y’aura pas de poursuite après son départ s’il y’aura départ, parce que si Macky Sall fait un 3ème mandat, il modifiera la constitution et fera sauter et éclater le nombre de mandat, voilà pourquoi Macky veut faire un 3ème mandat. Je rappelle que certains mauritaniens avaient demandés à Aziz de faire un 3ème mandat, il avait dit non sur la pression des généraux, aujourd’hui les mêmes qui demandaient à Aziz de faire un mandat de plus sont entrain de tuer Aziz à petit feu, Macky Sall sait très bien qu’il va finir en prison, maintenant, il préfère bruler le Sénégal avant de partir avec les autres.

  • Berger Mbareck (H) 02/07/2023 20:03 X

    Mr Krombele, le Sénégal avec Macky Sall est devenu un pays ou le tribalisme, le clanisme, le racisme ethnique et le communautarisme domine, il a donné l’ensemble des poste de responsabilité fort et confiant a sa communauté, il a isolé la région de Casamance en transport et en vivre, il fait de sorte a faire voir les casamançais comme des rebelles, des salafistes, des terroristes et autres hommes de guerre, tout cela est dangereux, seulement l’objectif de macky Sall est de conserver le pouvoir et éliminer un Sonko de la Casamance, qui peut être un bon président, comme vous l’avez dit monsieur Krombele, Sonko a raison sur toute la ligne et supporté par ses partisans. Pourtant tous les présidents passés à la tête de ce pays ont toujours ménagers la région de Casamance, mais Macky Sall c’est le contraire, tout cela pour faire peur aux sénégalais.

  • Berger Mbareck (H) 02/07/2023 20:02 X

    Aujourd’hui on compte 750 prisonniers politiques, des journalistes sont régulièrement mis en prison, les hommes religieux sont aux nombres de 6 en prison, il y’a même les petits fils de Cheikh Ahmedou BAMBA, tous les cadres du parti PASTEF de SONKO sont en prisons et les plus influents et pas les moindres, la prison ou le bracelet électronique pour le reste. Macky veut forcer le 3ème mandat en mettant en prison tout les voies contraires à ce vœux de Macky Sall, voilà le Sénégal incertains aujourd’hui face à la sous région, nous attendons le changement non pacifique au Sénégal, ce qui sera une perte pour l’Afrique et plus particulièrement pour la sous région, la France veille au grains.