16-07-2024 20:16 - Réélection de Ghazouani : Entre fermeté du pouvoir et offre de dialogue de BDA

Réélection de Ghazouani : Entre fermeté du pouvoir et offre de dialogue de BDA

Eveil Hebdo - Trois semaines se sont écoulées après la présidentielle du 29 juin marquée par la victoire du président sortant Mohamed Cheikh El Ghazouani qui rempile pour cinq ans à la tête du pays après avoir recueilli 56,12% des voix. Mais aussi la mort à Kaédi de jeunes manifestants, la coupure de l’internet mobile et l’arrestation suivie de libération de plusieurs manifestants.

La crise postélectorale est loin d’être atténuée entre le pouvoir et le nouveau leader de l’opposition. Après, la proclamation des résultats par la CENI lui donnant la victoire sur ses concurrents, le président Mohamed Ould Ghazwani s’est adressé aux mauritaniens.

D’abord pour lui avoir renouvelé leur confiance en lui accordant uns second quinquennat, pour les féliciter de leur forte mobilisation pour s’être acquitté de leur devoir et enfin pour promettre qu’il sera le président de tous les mauritaniens, c’est-à-dire de ceux qui ont bien voulu voter pour lui mais également pour ceux qui ont porté leur choix sur d’autres concurrents.

Les attentes des mauritaniens en matière de véritables changements sont fortes. Ils aspirent à un Etat de droit, à une amélioration de leurs conditions de vie, des institutions fortes débarrassées, comme il s’y est engagé lors de sa campagne: gabegie corruption, mauvaise gouvernance, clientélisme, tribalisme, régionalisme, ethnicisme.

Crédité de 22,10% des voix, le principal challenger de Ghazouani, Biram Dah Abeid Toutefois vivement contestée par son qui refuse de reconnaître la légitimité du président réélu. Il conteste les chiffres officiels, définitifs pour » fraude » et invite ses partisans à rester mobilisés. Une option qu’ il entend traduire par des manifestations » pacifiques » qui relèvent d’un droit constitutionnel.

Le député et leader abolitionniste a profité de sa rencontre avec la presse, organisée mercredi, pour vilipender Ghazouani, son entourage, toutes les institutions chargées de la gestion du processus électoral, notamment la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) et le Conseil Constitutionnel "sous la botte du pouvoir exécutif et réduits à valider la fraude", selon lui.

Le candidat malheureux à l’élection présidentielle du 29 juin 2024 a également adressé une salve de critiques aux partenaires de la Mauritanie: USA, France, Union Européenne…qui ont choisi le camp » de la fraude et de la dictature ». En effet, les États-Unis, par le biais de leur ambassade en Mauritanie, ont félicité le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani pour sa réélection pour un second mandat à la présidence de la Mauritanie.

"Nous saluons l’engagement et la détermination dont ont fait preuve les Mauritaniens dans l’exercice de leur droit de vote et dans leur participation au processus électoral, poursuivant ainsi l’histoire récente d’élections démocratiques de la Mauritanie". L’ambassade américaine dit déplorer les évènements de Kaédi. "Nous regrettons les pertes de vies humaines lors des manifestations post-électorales et comptons sur le gouvernement mauritanien pour qu’il mène une enquête approfondie sur ces décès et demande des comptes aux personnes jugées responsables". Nous encourageons toute opposition à s’exprimer pacifiquement et exhortons les responsables de la sécurité à agir conformément à l’État de droit’’.

Des critiques acerbes en dépit desquelles BDA reste ouvert au dialogue. Une concertation pour une réforme de toutes les institutions chargées du processus électoral et ayant une dimension démographique. Le leader abolitionniste dit continuer à « tendre la main pour un dialogue avec le pouvoir » pour résoudre la crise post-électorale.

Le MIDEC rejette l’offre de dialogue

Le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine a rejeté la main tendue du candidat Biram Dah Abeïd appelant à l’ouverture d’un dialogue pour résoudre la crise post-électorale. Niant l’existence d’une crise et trouvant "l’actuelle situation qui prévaut en Mauritanie, tout à fait normale", le premier policier de Mauritanie a précisé que "si le dialogue promis par le Président de la République a lieu, il ne se fera ni sous la pression, ni par marchandage, non plus avec une partie bien particulière, mais plutôt avec tous les mauritaniens".

"La sécurité est une ligne rouge et se trouve au-dessus de toutes les considérations", a affirmé Ould Mohamed Lemine. Poursuivant, il a souligné que "l’exercice démocratique signifie accepter les règles du jeu qui disent qu’il n’y a qu’un seul gagnant aux élections. Militariser la rue est inacceptable et ne sert ni l’intérêt public ni la démocratie", a martelé le ministre.

S’agissant de la rupture d’Internet, il a noté que celle-ci fait partie d’un ensemble de mesures, dont l’adoption était nécessaire dans ce contexte. Il a, dans ce cadre, condamné les incitations à la violence dans la rue, les qualifiant de préjudiciables au processus démocratique.

Par ailleurs, il a affirmé que tous les candidats ont bénéficié de conditions équitables pour mener à bien leur campagne, précisant que le ministère de l’Intérieur n’a reçu aucune plainte durant la campagne, quelle qu’en soit la nature. De plus, pour la première fois, dit-il, la Commission électorale nationale indépendante a rendu publics, sur son site web, les procès-verbaux pour que tout le monde puisse les consulter, ce qui traduit la transparence qui a caractérisé l’opération.

Les résultats proclamés lundi par la CENI avaient provoqué des troubles dans certaines villes du pays, notamment à Kaédi. Selon les chiffres officiels, trois (quatre selon d’autres) personnes ont été tuées et deux gardes blessés. Toutes les personnes arrêtées ont été relâchées, jeudi.

Les familles des victimes ont reçu les dépouilles des leurs, vendredi dernier et les ont inhumées. D’ailleurs ne délégation gouvernementale conduite par la ministre conseillère à la présidence de la République, Mme Koumba Ba, a présenté, vendredi 3 juillet, à Kaédi, les condoléances du Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, aux familles des personnes décédées suite aux actes de pillage et de vandalisme survenus à Kaédi, tard dans la nuit de lundi à mardi.

Des candidats partagés

Le candidat Mamadou Bocar Ba, arrivé cinquième avec 2,39 % de votes rejette lui aussi les résultats de l’élection présidentielle. Mamadou Bocar Ba a déclaré lors d’une conférence de presse tenue ce vendredi que le pouvoir a géré de façon unilatérale tout le processus électoral malgré les demandes de l’opposition dont l’audit du fichier électoral. Mamadou Bocar a dénoncé l’achat de conscience et l’intimidation des fonctionnaires de l’Etat à voter Ghazouani sous peine d’être licenciés.

Le candidat El Id dit "prendre note" de la décision du Conseil constitutionnel. Me El Mohameden M’Bareck a passé en revue ce qu’il a appelé les pratiques qui ont entaché la légitimité et la crédibilité des élections, “telles que le manque de neutralité de l’administration”, “l’alignement de tous les acteurs du monde de la finance et des affaires sur un seul candidat”, et “l’exploitation ouverte du système tribal pour faire pression sur les citoyens”, a-t-il dit, notant que ces pratiques nécessitent une réforme profonde du système électoral dans le pays.

Le président réélu a même reçu les félicitations de trois de ses concurrents, Outouma Soumaré, Hamadi Sid Elmoctar, candidat du parti islamiste Tewassoul et Mohamed Lemine Mourteji.

Les autorités jouent à l’apaisement

En geste d’apaisement, le ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation a annoncé lundi, la libération des personnes arrêtées, suite aux manifestations ayant suivi la publication des résultats provisoires créditant Mohamed Cheikh Ghazouani de la victoire au premier tour. Cette mesure s’inscrit, selon le communiqué du MIDEC, "dans le but de préserver le climat de l’apaisement et de pardon".

Par contre, les étrangers qui ont participé aux actes de violences qu’a connus le pays récemment dans certaines zones ont été retenus, en attendant l’achèvement des dispositions réglementaires en la matière, a indiqué le communiqué.

Le relâchement de ces groupes, dimanche soir 7 juillet, intervient, a justifié le ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation, "après que la situation sécuritaire est revenue à la normale, en réponses aux demandes formulées par les notables et les acteurs locaux et après des assurances données par les proches et les tuteurs des personnes libérées mais aussi après que les pouvoirs spécialisés se sont assurés que la majorité des personnes arrêtées sont des jeunes qui ont été manipulés par certains milieux à agendas personnels".

Saydou Nourou T.





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