11-02-2026 18:49 - Mali-Côte d’Ivoire : le député Mamadou Hawa Gassama gracié par Alassane Ouattara
Jeune Afrique -- Membre du Conseil national de transition malien, ce fidèle d’Assimi Goïta avait été condamné à trois ans de prison à Abidjan pour « offense au chef de l’État » ivoirien.
Les faits. Mamadou Hawa Gassama a recouvré la liberté le 10 février.
Il a quitté la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca) après un peu plus de sept mois de détention. Il avait été condamné, le 30 janvier dernier, à une peine de trois ans de prison pour « offense au chef de l’État », Alassane Ouattara.
C’est son avocat, l’ancien ministre malien de la Justice Mamadou Ismaïla Konaté, qui l’a annoncé dans la soirée, précisant que Gassama avait bénéficié d’une « mesure de grâce présidentielle, prise par décret du chef de l’État de Côte d’Ivoire ». Le député malien avait affirmé avoir l’intention d’interjeter appel de sa condamnation en première instance. Un recours désormais inutile.
« Je l’ai senti en forme, lucide, et surtout profondément soulagé que cette séquence judiciaire [se termine] », a rapporté Me Mamadou Ismaïla Konaté, dans un message publié sur X. « Je tiens à remercier toutes celles et ceux qui se sont mobilisés avec constance et dignité pour que cette issue advienne », a ajouté l’avocat.
Le contexte. L’ex-député malien, désormais membre du Conseil national de transition (CNT), avait été arrêté le 2 juillet à l’aéroport d’Abidjan, après un séjour familial en Côte d’Ivoire, alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol vers Bamako. Entendu par la Direction de la surveillance du territoire (DST), il avait été inculpé des faits d’« offense au chef de l’État » et placé en détention provisoire à la Maca.
La cause ? Des propos que Gassama avait tenus, en septembre 2022, lors de la crise entre Bamako et Abidjan autour de l’épineux dossier des 49 soldats ivoiriens arrêtés par les autorités maliennes. Il avait alors qualifié Alassane Ouattara « d’ennemi du Mali » et assuré détenir des « preuves » de l’implication du président ivoirien dans une tentative de déstabilisation de la junte dirigée par Assimi Goïta.
La grâce présidentielle dont a bénéficié ce député malien réputé pour son « franc-parler » avait été évoquée dès le jour de sa condamnation, le 30 janvier dernier, comme l’avait révélé Jeune Afrique. Selon nos informations, Me Konaté est intervenu directement auprès des autorités ivoiriennes pour plaider en faveur de cette mesure de clémence.
Il a notamment argué de l’âge de son client – 67 ans – et mis en avant les excuses présentées par Mamadou Hawa Gassama dans un courrier adressé à Alassane Ouattara dès le 10 juillet dernier. « Vous êtes une personnalité que j’admire et que je respecte pour son dévouement et son engagement », avait-il en effet affirmé, après avoir exprimé ses « plus sincères regrets » et ses « plus profondes excuses ».
Ce que cela change. Cette grâce n’est pas sans faire écho à celle qu’avait accordée Assimi Goïta, en janvier 2023, aux soldats ivoiriens détenus pendant plusieurs mois par la junte.
L’arrestation des militaires en juillet 2022, puis leur condamnation par la justice malienne à 20 ans de prison, fin décembre de la même année, avaient provoqué un vif conflit entre les deux pays. Le geste d’Assimi Goïta avait alors été perçu comme une volonté d’apaisement.
Bien que désormais libre, Mamadou Hawa Gassama reste sous le coup, notamment, d’une interdiction de séjour sur le territoire ivoirien pour une période de trois ans.
PAR JEUNE AFRIQUE
