16-04-2026 19:30 - M. Cheikh Oumar Tall, président du Mouvement RENNDO (Union) et porte-parole ddu pôle de l’opposition démocratique : ‘’Nous nous adresserons directement au Président pour écarter les obstacles dressés par ses partisans au dialogue’’
Le Calame -- Aussitôt démarrées, les discussions préliminaires entre la majorité présidentielle et les pôles de l’opposition ont été stoppées. Elles achoppent sur la question des mandats présidentiels. Dans une déclaration, le coordinateur national du dialogue, M. Moussa Fall, révèle que le président Ghazwani lui a assuré qu’il ne serait pas concerné par un 3e mandat. Rassurant pour reprendre les débats préliminaires non ?
Cheikh Oumar Tall : Je vous remercie pour votre invitation et vous félicite pour la diversité et la qualité de vos sujets.
En effet, aussitôt que notre Coalition composée de 15 partis et mouvements politiques a déposé sa première copie (notre feuille de route et notre plate-forme) présentant sa vision et ses objectifs du dialogue, nous avons demandé une audience au Président.
Au cours de cette rencontre, nos délégués lui ont entre autres expressément demandé son avis sur un éventuel 3éme mandat, il a répondu clairement ne pas être intéressé. Cela nous a rassuré et convaincu de nous engager pleinement dans l'organisation et la réussite du dialogue national pour trouver des solutions consensuelles relatives à une meilleure vie pour nos concitoyens.
Sur invitation du coordinateur Moussa Fall, au cours de notre dernière réunion pour la validation des thèmes, de la date et des modalités de l'organisation du Dialogue, la majorité présidentielle a introduit un sous-titre relatif aux mandats qui n'est pas explicite.
A défaut de retrait de cette disposition, nous avons introduit la mention que cette disposition ne pouvait pas modifier les articles protégés par la constitution notamment la durée du mandat présidentiel.
Le coordinateur du dialogue, après accord du Président, a demandé au cours de la dernière rencontre, à la Majorité de retirer cette disposition polémique pour boucler sereinement les préalables du Dialogue. Tout comme le Coordinateur du Dialogue, nous sommes en attente de la réponse de la Majorité sur ce point mais nous sommes optimistes vu la position inchangée du Président lors de notre dernière réunion avec lui le jeudi 2 avril 2026.
A défaut de réaction de la Majorité, nous nous adresserons directement au Président qui est notre principal interlocuteur pour écarter les obstacles dressés par ses partisans. Enfin, d'autres pistes sont en cours de finalisation pour faire avancer ce dossier devenu très critique avec la crise aiguë actuelle.
Après avoir pris l’engagement de mettre en œuvre toutes les résolutions consensuelles des pôles politiques, le président déclare, pour débloquer les discussions préliminaires qu’il ne serait pas intéressé par un 3e mandat, agité par des proches de son camp. Ne s’agit-il pas là de gages suffisants pour la réussite du dialogue ?
Malgré les engagements clairs du Président, il n'en demeure pas moins que nous resterons vigilants au cours des débats et lors de l'application des résolutions consensuelles issues du Dialogue national.
En effet, cette dernière période ouvrira la voie à des réformes majeures sur la gouvernance, le processus électoral, la citoyenneté, la diversité ... toutes choses qui dérangeraient profondément le confort d'un système qui en abuse largement à ce jour. Nous demeurerons vigilants mais aussi disponibles pour participer à leur application effective.
La question des mandats a été introduite semble-t-il dans la synthèse de la feuille de route par la majorité présidentielle. Comprenez-vous leur posture ? Ne pourra-t-elle pas torpiller le processus de dialogue que certains groupuscules ne voudraient pas voir se tenir ?
Autant pour nous, le Président tient à son "Dialogue" dont il rappelle régulièrement qu'il en est l'initiateur. Au cas où l'échec du dialogue surviendrait : ce sera d'abord l'échec du Président; et nous pensons qu'il leur en fera subir toutes les conséquences. Mais pire encore, ce sera un échec pour l'ensemble de nos concitoyens qui auront raté encore une fois une occasion d'un changement pacifique de la gouvernance du pays, un remède pour leurs plaies profondes et un retard dans leur développement économique et social. L'environnement rude et dangereux au plan international et régional commande à tous le choix d'un dialogue inclusif
Pour faire face aux conséquences de la guerre au Moyen Orient, le gouvernement mauritanien a pris un train de mesures dont l’augmentation des prix du carburant et du gaz domestique, de certaines rémunérations, la subvention de certains produits etc. Trouvez-vous justifiées ces mesures ? Que pouvait-il faire d’autre ?
A l'instar de tous les nombreux pays importateurs des hydrocarbures, notre pays est fortement impacté. L'insuffisance critique des capacités de stockage de notre pays, le maintien du même fournisseur depuis plus de 10 ans et l'opacité de certaines lignes de la structure des prix ont conduit à une gestion médiocre du secteur du carburant et du gaz butane.
Les mesures prises par le Gouvernement ne peuvent que refléter ce type de gestion. A notre avis, dans l'urgence de la crise, le gouvernement aurait dû largement discuté avec l'ensemble des acteurs de la filière du secteur pour une acceptation de ces mesures très rudes. Par ailleurs, une forte sensibilisation de nos concitoyens a manqué dans l'explication pour une acceptation provisoire de ces mesures.
Enfin, la subvention de l'Etat du prix consommateur doit être massive et à la hauteur de la crise actuelle. En effet, le gaz domestique aujourd'hui largement consommé, est un produit de base dans le panier des familles et une protection irremplaçable contre la déforestation avec l'abandon majoritairement de la consommation du bois et du charbon.
Pour préserver la paix sociale, au lieu de charger les consommateurs avec des prix intenables, l'Etat doit accorder un appui sans limite budgétaire en attendant un retour rapide du niveau des prix mondiaux des hydrocarbures.
Vous êtes à la tête du Mouvement RENNDO, membre fondateur de la Coalition Vivre Ensemble que présidait feu Dr. Kane Hamidou Baba et du pôle politique de l’opposition. Pouvez-vous nous expliquer les raisons qui ont présidé à la naissance de ce mouvement ? Quels sont ses objectifs ?
En son temps, le création de la CVE a répondu à une attente forte d'unité des forces du progrès pour vaincre un système de plus en plus inique. Nous nous sommes réunis plusieurs fois avec tous les acteurs politiques et non politiques, des personnalités indépendantes et des groupements, des jeunes et des femmes pour arriver à un consensus matérialisé par la signature d'une charte ayant pour objectif le Vivre Ensemble, la fin des discriminations, la réforme institutionnelle, la diversité culturelle et un développement économique et social.
Notre Coalition de l'Opposition a suivi le même cheminement de regroupement d'un large éventail de partis et de mouvements politiques pour constituer une force de poids et de propositions afin de contribuer fortement à la réalisation de changements dans la gouvernance du pays grâce au Dialogue national.
Vous êtes un des proches de feu Kane Hamidou Bâ, ancien président du MPR et de la CVE. Que reste-il de sa mémoire ?
Ce fut pour moi un honneur et un engagement très fort d'avoir contribué à la création de la CVE aux côtés entre autres de feu Hamidou Baba Kane (nos pensées et prières l'accompagnent), un authentique patriote et homme d'Etat. Grâce à ses qualités d'homme de consensus, il a su fédérer un important regroupement d'acteurs politiques, du développement et de la société civile autour d'un projet national cohérent.
Je retrouve cette dynamique dans notre Coalition actuelle. En plus machaallah, plusieurs acteurs de la CVE s'y sont retrouvés naturellement après une séparation conjoncturelle.
L'objectif du Vivre Ensemble du peuple mauritanien est aujourd'hui porté par notre Coalition actuelle.
Quelle est la position de Renndo sur les questions de l’unité nationale, de la cohésion sociale, de l’esclavage, du passif humanitaire, de l’officialisation des langues nationales, Pulaar, Soninké, Wolof ?
La position de RENNDO se retrouve largement dans la plate-forme de notre Coalition de l'Opposition Démocratique notamment la lutte finale contre toutes les formes d'esclavage, le règlement définitif du passif humanitaire, l'officialisation des langues nationales, la réforme du foncier en particulier agricole, l'introduction d'une refondation du processus électoral, le renforcement de la démocratie, le changement radical de la gouvernance actuelle ... toutes ces mesures pour panser les plaies, éradiquer les discriminations et arriver au Vivre Ensemble dans la pleine citoyenneté et la paix.
Propos recueillis par Dalay Lam
