29-04-2026 20:16 - Mauritanie : quand la prison devient un lieu de supplice
L'Authentique -- Il est des récits qui glacent le sang et interrogent, au-delà des mots, la conscience d’une nation tout entière. Le communiqué publié par l’Initiative de Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA) fait partie de ceux-là .
Il décrit, avec une précision troublante, des faits d’une gravité extrême survenus dans la prison des femmes à Nouakchott : le passage à tabac et la torture présumée d’une détenue, Warda Ahmed Souleymane.
Journaliste, blogueuse et militante, Warda Ahmed Souleymane est incarcérée depuis plusieurs mois pour des propos tenus sur les réseaux sociaux, en lien avec le décès tragique du militant Mohamed Laghdaf Nema, survenu après des violences policières lors d’une manifestation pacifique. Déjà , ce contexte interpelle. Mais ce qui choque davantage encore, ce sont les conditions de détention et les traitements qu’elle aurait subis.
Selon les informations rapportées, cette femme, possiblement enceinte, demandait depuis plusieurs jours un accès à des soins médicaux pour des douleurs persistantes. Ses appels seraient restés sans réponse. Face à ce silence, elle aurait choisi une forme de protestation pacifique. Une protestation à laquelle il aurait été répondu, non par l’écoute ou le droit, mais par la violence brute.
Dans la nuit du 28 avril 2026, des agents de la Garde nationale auraient pénétré dans son espace de détention. Une gifle. Une chute. Un coup de pied. Puis une série de coups portés sur une femme déjà affaiblie. Le tableau est insoutenable. Il ne s’agit pas ici d’un simple abus, mais d’une atteinte grave à la dignité humaine, d’une violence qui heurte les principes les plus fondamentaux du droit et de la morale.
Le fait que ces actes se soient déroulés devant d’autres détenues, et en présence d’une députée incarcérée, ajoute à leur gravité. Cela traduit non seulement une banalisation inquiétante de la violence, mais aussi un sentiment d’impunité qui ne peut être toléré dans un État qui se veut de droit.
Plus alarmant encore : la blessure subie par la détenue, possiblement une fracture, et son transfert à l’hôpital dans un état critique. Que dire également du maintien des menottes pendant les soins, malgré les protestations du personnel médical ? Ce détail, à lui seul, symbolise une dérive profonde : celle d’un système qui semble avoir perdu de vue l’humanité de ceux qu’il détient.
Ce qui est en cause ici dépasse le cas individuel de Warda Ahmed Souleymane. C’est l’image même de la justice, de l’administration pénitentiaire et, plus largement, de l’État qui est interrogée. Peut-on accepter que des femmes, des malades, des détenus quels que soient les faits qui leur sont reprochés soient traités de la sorte ?
Une société se juge à la manière dont elle traite ses plus vulnérables. Et dans ce cas précis, le silence serait une complicité.
Il est impératif que toute la lumière soit faite sur ces allégations. Une enquête indépendante, transparente et crédible doit être ouverte sans délai. Les responsabilités doivent être établies, et les auteurs de ces actes doivent répondre de leurs actes devant la justice.
Au-delà de l’émotion, c’est un appel à la conscience collective qui doit être lancé. Car ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement le sort d’une détenue. C’est la dignité d’un peuple, le respect de ses valeurs, et l’avenir de son État de droit.
Aucune raison, politique ou sécuritaire, ne saurait justifier la torture, la brutalité ou l’humiliation. Là où la force remplace le droit, c’est la République elle-même qui vacille.
SY ABDOULAYE
Secrétaire General de l`institution de l`opposition Démocratique Mauritanienne
COMMUNIQUE
Passage à tabac et torture dans la prison des femmes à Nouakchott
La détenue Warda Ahmed Souleymane, journaliste, blogueuse et militante de l’ONG IRA-Mauritanie, est incarcérée depuis plusieurs mois dans le cadre d’une procédure liée à des propos diffusés en direct sur l’application Facebook, relatifs au décès du militant Mohamed Laghdaf Nema, survenu le 4 février à la suite de violences policières lors d’une manifestation pacifique.
Depuis plusieurs jours avant les faits, la détenue Warda Ahmed Souleymane, qui serait enceinte, sollicitait l’accès à des soins médicaux en raison de douleurs persistantes à l’œil et à la hanche. Ces demandes auraient fait l’objet de refus répétés de la part de l’administration pénitentiaire.
En réaction à ces refus, elle a observé une forme de protestation pacifique en restant devant la porte de sa cellule durant la journée précédant les faits.
Dans la nuit du mardi 28 avril 2026, aux environs de 2 heures du matin, l’adjudant-chef dénommé Niang, accompagné de son subalterne Cheikh et de plusieurs éléments de la Garde nationale, se serait présenté devant la cellule de la détenue.
Selon les témoignages recueillis, Cheikh lui aurait administré une gifle violente, entraînant sa chute, tandis que l’adjudant-chef Niang lui aurait porté un coup de pied. Les agents présents auraient ensuite porté plusieurs coups à la détenue avant de la repousser dans sa cellule.
Warda serait alors restée au sol, incapable de se relever. Ces faits se seraient déroulés en présence d’autres détenues, ainsi que de la Députée Ghame Achour Salem, également incarcérée.
Par la suite, la détenue aurait manifesté de fortes douleurs, laissant supposer une fracture au niveau de la cuisse. Elle aurait été menottée puis ransportée à l’hôpital national, où une fracture aurait été constatée par les services médicaux, avant un transfert vers un autre établissement hospitalier pour sa prise en charge.
Il est également rapporté que, durant toute la durée des soins, les agents de sécurité auraient maintenu la détenue menottée, malgré les demandes et protestations du personnel médical.
IRA souligne que ce genre de pratiques ignobles à l’encontre des femmes, des blessés et des malades est totalement étranger aux valeurs, coutumes et usages de notre société.
IRA prend à témoin l’opinion nationale et internationale que la vie de Warda Ahmed Souleymane est en danger et que le régime de Mohamed Cheikh El Ghazouani sera tenu pour seul responsable de ce qui pourrait lui advenir, son état de santé étant plus que critique.
IRA promet aux Mauritaniennes et aux Mauritaniens, terrorisés par l’arbitraire, la violence de la police politique ghazouanienne et les épées de Damoclès que représentent la loi sur les symboles et la cybercriminalité, de mener une lutte sans merci et sans concession contre cette dictature, jusqu’à sa chute totale et définitive.
Fait à Nouakchott, le 28 avril 2026
