04-03-2013 15:07 - Corruption en Mauritanie : Au-delà des mots, une réalité préoccupante

Corruption en Mauritanie : Au-delà des mots, une réalité préoccupante

Se faisant l’écho des doléances récemment portées à la connaissance de SHERPA par la société civile mauritanienne, l’association souhaite attirer l’attention sur l’état réel de la gouvernance en Mauritanie car au-delà des mots, la situation reste extrêmement préoccupante.

Malgré une hausse spectaculaire des investissements étrangers et un taux de croissance de 5,1% en 2011, la Mauritanie figure encore aujourd’hui parmi les pays en développement dits « les moins avancés » et bénéficie à ce titre du dispositif d’allègement de la dette en faveur des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE).

Selon le dernier rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la Mauritanie occupe la 159ème place au classement de l’Indicateur de Développement Humain, soit un recul de quatre places par rapport à celui publié en 2006. Suivant ce même rapport, 15,1% des Mauritaniens sont exposés à la pauvreté et 40,7% à l’extrême pauvreté – 21,2% de la population vit avec moins de 1.25 USD par jour.

L’espérance de vie à la naissance ne dépasse pas 59 ans et seuls 57,5% des adultes sont alphabétisés.

Aux yeux de bon nombre d’observateurs, ce décalage résulte de la captation des fruits de la croissance par une poignée d’individus proches des cercles du pouvoir qui contrôlent – via notamment le Bataillon de la sécurité présidentielle (BASEP), devenu le guichet unique des affaires, et la Banque Centrale de Mauritanie – l’essentiel de la vie économique du pays.

Entre autres exemples récents, on peut évoquer la mainmise du pouvoir sur l’ensemble des marchés de sous-traitance liés à l’exploitation de la mine de Taziazt ou encore les soupçons entourant les conditions d’attribution du marché portant sur la construction de la nouvelle centrale électrique de Nouakchott.

Ce dernier marché est en effet revenu au groupe finlandais Wärtsila, dont l’offre paraissait pourtant manifestement moins compétitive que celles de plusieurs de ses concurrents. Suivant les informations parues dans la presse locale, ce n’est autre que l’actuel fils du président Mohamed Ould Abdelaziz qui aurait, moyennant le versement d’une commission de 10 millions d’euros, facilité la victoire du groupe Wärtsilä.[i]

Des soupçons planent également sur le projet de construction du nouvel aéroport international de Nouakchott dont le marché a été accordé à un consortium privé NAJAH Major Works (NMW SA) dépourvu de la moindre expérience dans le domaine de la construction des infrastructures aéroportuaires.

Conclu en violation flagrante des règles de passation des marchés publics, ce marché a consisté en un « troc » opaque pour le moins fantaisiste: moyennant la construction du futur aéroport, le consortium s’est ainsi vu offrir un vaste domaine d’une superficie totale de 451 hectares occupés pour un tiers par un quartier résidentiel et pour deux tiers par l’ancien aéroport.

L’exécution du projet a déjà commencé alors que la valeur des terrains reste indéterminée et les données sur les coûts très approximatives. Aucune étude de rentabilité indépendante n’a jamais été réalisée avant la passation du marché.

D’aucuns craignent que la finalité de cette opération soit surtout de permettre à un groupe privé lié à des personnalités influentes au sein du pouvoir d’accaparer des terrains de l’Etat à des fins spéculatives.[ii]

De nombreuses autres affaires mettant en cause des agents publics sont régulièrement rapportées par les médias ; mais rarement poursuivies en justice – elle-même instrumentalisée par le pouvoir en place ainsi que le confirme le rapport publié en décembre dernier par le bâtonnier de l’ordre national des avocats, Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeyni, sur l’état de la justice en Mauritanie.[iii]

Dans ces conditions, il est permis de douter de la sincérité des engagements pris par le gouvernement pour lutter contre la corruption. Le cas du nouveau Code des marchés publics, entré en vigueur en février 2012, est à ce titre emblématique. Légitimement présenté comme un grand pas en avant en matière de transparence et de bonne gouvernance, il a cependant été vidé de toute substance à travers l’adoption de plusieurs décrets d’application créant des régimes dérogatoires pour une vingtaine d’organismes publics dont bon nombre ont été mis en cause dans des affaires d’attributions opaques de marchés.

Ce climat corruptif ne peut que conduire à la médiocratie en écartant de façon sournoise les mieux-disant, les plus talentueux, les plus compétents.

Aussi, SHERPA appelle les bailleurs de fonds à mettre en place des mécanismes de contrôle adéquats destinés à garantir que les prêts et dons, en cours tout comme ceux dont pourraient bénéficier à l’avenir la Mauritanie, soient effectivement mis au service du développement et, in fine, de la population mauritanienne.

L’association en appelle également aux entreprises qui investissent en Mauritanie ; elles doivent renoncer à être les complices d’un système de captation des ressources du pays.

Paris/Nouakchott, 5 mars 2013


Contacts presse :

SHERPA | 01 42 21 33 25

William Bourdon | 01 42 60 32 60


SHERPA a pour objet de prévenir et lutter contre les crimes économiques. L’association rassemble des juristes, ainsi que toutes les compétences convaincues que le droit existant et celui à inventer constituent un outil indispensable pour favoriser l’émergence d’une société respectueuse de l’intérêt collectif et des droits humains.





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Commentaires (8)

  • geronimo (H) 07/03/2013 05:54 X

    William Bourdon, pourquoi tu as été si silencieux ,Jusqu'à today... Sans te demander d'où venait la fortune de Bouamatou, une création de Ely lui même un des hommes les plus riches de Mauritanie. Sont ils des frères de même loge que vous ? Ou bien Ely a t il "financé " votre organisation pour essayer de noyer le poisson comme il l'aurait fait avec le FIDH, RSF entre autres ? Même en se faisant greffer des ailes d'anges, devenir asexué, une auréole au dessus de la tête, et se livrant à des phases de lévitations.Ely sera pour les mauritaniens ce qu'il est ...Et devra rendre des comptes comme ses élèves et créatures comme Bouamatou et Cie.

    Quant à votre organisation, s'il s'avère qu'elle s'est compromise avec ces énergumènes alors, elle mettra bientôt la clé sous la porte, faute de crédibilité et la Justice française enquêtera... Wait and See.

  • cheikhvalli (H) 06/03/2013 10:01 X

    pauvre maham68...
    "néo-coloniales"? Quelle mesquinerie: typiquement l'argument pour défendre les pilleurs nationaux et leurs alliés corrompus internationaux, qui eux sont les véritables nouveaux colons en cela qu'ils parasitent avec le pouvoir en place le développement du pays.

    Les Gabonais et les Équato-Guinéens sont au contraire très reconnaissants que des organisations comme SHERPA osent s'attaquer à leurs dictateurs riches qui jusqu'à présent avaient tout loisir (et totale impunité) pour se servir chez eux et aller dépenser en France ou ailleurs. Il ne leur viendrait pas à l'idée de les traiter de colons. Au contraire ils les considèrent comme des contributeurs étrangers et bienvenus à une lutte de longue haleine pour se libérer du pillage.

  • el moulaty (H) 06/03/2013 06:59 X

    SHERPA serait bien inspirer d'enquêter sur les crimes économiques comis du temps de Taya et particulièrement sur les banques qui faisaient le blanchiement pour le compte de de sa famille, particulièrement sa femme Mint Ahmed Tolba et son frère Ahmed actionnaire de la GBM.

  • maham68 (H) 06/03/2013 00:32 X

    On se moque des Mauritaniens en donnant foi à des déclarations d'organisations néo coloniales qui attaquent les pays africains et incitent les pays du golfe à investir en France comme si ce sont des exemples en matière de démocratie .

  • cheikhvalli (H) 05/03/2013 11:18 X

    SHERPA est une association hautement respectable qui a déjá beaucoup fait contre les pilleurs en Afrique. Mieux vaut un conflit d'intérêt dans le cadre d'un combat noble que de soutenir la bande de présumés gangsters au pouvoir en Mauritanie.

  • el moulaty (H) 04/03/2013 20:58 X

    Sherpa est une organisation de développement qui a pour objet de prévenir et lutter contre les crimes économiques. Malhereusement, elle met en jeu sa crédibilité. Son Président Monsieur William Bourdon ne se trouve-t-il pas dans le conflit d’intérêt ? D’une part il est avocat du Groupe Bouamatou dans l’affaire Debagh. De l’autre, son institution (Sherpa France) est partie prenante dans la campagne de diffamation et de calomnie entreprise par Bouamatou contre le Gouvernement mauritanien.

    Il est à signaler que le texte originel de cet article de propagande contre la Mauritanie n’a pas été repris tel paru sur le site sherp (lien : http://www.asso-sherpa.org/archives/2698). Le accusations soulevées dans cet perdent toute crédibilité puisque l’article accessible sur le site de Sherpa indique que l’information sur Wassila a pour source le Quotiden de Nouakchott. Pour pour l’aéroport de Nouakchott il s’appuie également sur le Quotidien de Nouakchott et sur Kassataya.

  • Mauritanie2 (H) 04/03/2013 18:58 X

    Oh à beau parler qui vient de loin.....! La mauritanie est selon moi le pays le plus corrompu au monde, je vous assure qu'elle est tellement monnaie courante qu'elle est devenue plus ou moins "légale"... Nos gouvernants sont hélas pour la plupart dépourvue de compassion et de réelle envie de porter le pays vers la voie de la bonne gestion et d'un partage égale des ressources que renferment notre pays...

    je crois enfin qu'une bande d'incultes pour la plupart usurpateurs de diplômes et sans coeurs ne pense qu'à sa personne et donc à se remplir les poches, les Mauritaniens sont les plus égoïstes et les plus impitoyable des musulmans.... Il ne suffit pas juste de prier pour être récompenser par ALLAH mais aussi de compatir, d'aider et de souhaiter du bien pour autrui. Mais juste prier est aller voleur son prochain, Que Dieu nous pardonnent nos péchés...

  • Elwatani70 (H) 04/03/2013 18:45 X

    c qu'oi cette association qui appelle les entreprise étrangéres a ne pa investir dan le pays et qui date son article au 5/3/2013 bien que on est toujour au 4 a l'heure française! et pui on dirait que aziz a toucher quelque de trés sensible ou une ligne qu'il fallait pa franchir!!!!!