05-03-2013 07:55 - Comment le monde musulman voit-il la la région du Sahara après la destruction de la Libye ? (Suite et fin)
Dans la première partie de son analyse de la situation au Sahara après la destruction de la Libye, publiée dans notre édition de la semaine dernière (Le Calame 871 du 26 février 2012), Mohamed Mahmoud Ould Bakar avait évoqué les problèmes en profondeur de la région, les germes de la discorde et les intérêts géopolitiques.
Dilemme de l’intervention française: manque de légitimité et difficulté de sortie
L'intervention française au Mali n’a aucune légitimité. Et, en tout cas, elle ne fut pas chanceuse. Malgré cela, la France a fait passer une résolution du Conseil de Sécurité sous le numéro 2085 du 20 décembre 2012 sur la base de l'article 51 de la Charte des Nations Unies, donnant l’occasion d’une intervention militaire après 6 mois.
C’est au milieu de l’année et elle ne l’a nullement respectée du tout ! De leur côté, les pays africains allaient tenir un sommet sur le Mali le 25 janvier 2013 à Addis-Abeba. Comme l’indique la déclaration des oulémas musulmans, " la France est allée vite en besogne et l'Association des Oulémas Musulmans déployait de grands efforts à travers ses contacts avec les parties afin de parvenir à une solution pacifique...
...avant que la France ne précipite l'intervention militaire dont on ignore les limites et les effets comme la mort, la destruction, le déplacement, les tragédies humanitaires et davantage de pauvreté, de chômage et de famine dont souffrait surtout le Mali.’’
Selon la déclaration, ce qui se passe constitue un prolongement des campagnes coloniales qui ont touché beaucoup de pays musulmans. Le président tunisien a critiqué la guerre, prédisant qu'elle aura des répercussions négatives sur son pays qui a été un passage des armes de ces mouvements et déclaré au Kremlin qu’une intervention en Afrique doit se faire sous la supervision de l'Organisation des Nations Unies et de l'Union Africaine. L’Algérie, elle-même, a critiqué la rapidité de l'intervention française avant de se faire tirer l’oreille.
L’impasse
Depuis 6 mois, la France tente de concilier la fuite de l'Afghanistan en faisant tonner les tambours de la guerre au Mali, oubliant – apparemment – qu’elle fait face quasiment aux mêmes groupes, aux mêmes reliefs et qu’elle affronte des mouvements répartis dans une zone grande comme la France et la Belgique réunies. Sans pouvoir deviner ce qui adviendra, 9 jours ont suffi pour chasser les islamistes de Konna et 6 jours pour leur reprendre Diabali avec un black out total sur l'information. D’ailleurs obtiendrons-nous jamais des informations authentiques sur les coûts et le chiffre des pertes? Ou bien les choses ne se passeront-elles que selon les estimations françaises ???
Un analyste a déclaré que toutes les guerres menées par les pays occidentaux contre le «terrorisme» dans les pays du tiers monde ont échoué et il n'y avait aucune raison pour que cette guerre réussisse. La première semaine ne fut pas remplie de victoires que constitue l’élimination des islamistes.
Contrairement aux images que nous donnent les politiciens français fiers des capacités de l’armée de "la France" déclamées par Hollande à pleine gorge comme s’il nous rappelait la redoutable France que nous avons connue durant la période coloniale, il semble que le cours des événements a obligé les français à prolonger, une nouvelle fois, la durée de présence de l'armée française de quatre mois à un délai indéfini. François Hollande a dit que l'armée française restera jusqu’à l’élimination du terrorisme.
Les politiciens français martèlent sur les chaînes satellitaires des déclarations trahissant l’euphorie et l'exclusivité du combat contre le terrorisme d'une part, et la tentative de mobiliser le soutien politique et l’appui financier, d'autre part. Tout ceci ne cachait pas le ton de la peur et du doute justifiant que la France se barricade derrière les forces africaines faibles et désemparées.
Mieux, ceci ne peut pas masquer la situation difficile de la France qui combat désormais sur deux fronts: celui de la bataille au côté des troupes africaines les moins efficaces et les moins expérimentées ; ce qui requiert un effort supplémentaire en matière de formation, d'armement et d’opérationnalisation de ces forces. Tâche pour le moins difficile et nécessaire pour obtenir les fonds nécessaires au financement de la guerre, alors qu’aucun pays ne s'est encore engagé à accorder une aide à l’exception du Japon et de l'aide logistique des États-Unis, de la Grande-Bretagne et d'autres pays occidentaux (on dirait que les Arabes sont plus enthousiastes pour participer au financement des guerres contre les pays arabes que celles hors du monde arabe).
Nous avons observé la France entrer dans les villes les unes après les autres sans résistance et nous n'avons trouvé aucune explication au retrait des islamistes. Est-ce parce qu'ils ne veulent pas de guerre des villes avec ce que cela comporte de destruction des villes et de pertes humaines parmi les civils?
Personne n’a loué un tel comportement et nous n'avons pas vu les islamistes taillés en pièces et anéantis. Les médias français mobilisés et présents sur le terrain n’ont pas étayé le triomphe français par des images, des rapports ou des preuves attestant le succès de la mission relative à la disparition du fantôme.
Au contraire, nous notons qu’aucune véritable confrontation n'a eu lieu, que les organisations islamistes se sont retirées avec tout leur danger, leurs armes et leurs matériels et qu’elles préfèrent la guerre de longue haleine qu’elles ont préparée et ont disparu pour réapparaître à un certain moment et quelque part.
La France embourbée
La guerre se déroule aujourd'hui dans une zone limitée et autour de certaines villes au nord du Mali. Mais, le véritable cadre de la guerre est cet espace couvrant une superficie plus vaste que l’Europe avec des reliefs accidentés; et l'ennemi ne se limite aucunement à 3 organisations au Mali alliées à la secte Boko Haram du Nigeria, car l’opération de Ain Amenas ajoute des défis à la complexité des données: vitesse de réaction, la multiplicité des nationalités et des centres multiples ; d’autant que l'opération a eu lieu pendant la première semaine de l'intervention française.
Orchestrée à partir du Mali par Moktar Bellawar, planifiée en Libye et exécutée en Algérie par des égyptiens, des algériens, des tunisiens, des mauritaniens et des français, ceci nous amène à une vaste zone d'influence et de nouvelles données, compatibles avec d'autres facteurs positifs pour les organisations islamistes. Ainsi, avec le retrait des forces occidentales d’Afghanistan, il est certain que la première terre de pèlerinage ou de grand djihad serait bien sûr le Mali.
La France doit s'attendre à faire face à plus d'expérience et de conception. Nous sommes alors obligés de dire que nous sommes devant une longue guerre qui va entraîner la ruine de la France, et à plus forte raison, du Mali.
Par ailleurs, il semble que les pays occidentaux n'ont pas tiré toutes les leçons des guerres contre le «terrorisme» car leur intervention laisse constamment la force et l'activité de ces organisations et une situation de chaos dans les États où ils interviennent et qu’on ne peut en aucune façon nommer Etat après cela.
Désormais, le faible Mali ne sera plus un État selon les hypothèses les plus réalistes, car d’après certains rapports, les organisations armées comptent plus de 4200 combattants, dont 1.300 ont reçu un bon entraînement, disposent de 22.000 armes de guerre en plus de 200 millions d'euros de réserves en devises provenant de leurs nombreuses activités. En outre, ces groupes sont en compétition pour le martyr et on ne peut pas dire qu'ils combattent en dehors d'une stratégie militaire.
La France qui n’a pas voulu composer avec la réalité de la crise sera contrainte de rester plus longtemps, puisque les soldats maliens n'ont aucune capacité de faire face à ces organisations et les pays occidentaux ne sont pas prêts à équiper l'armée malienne qui fuit toute confrontation avec ces organisations, laissant derrière elle des tonnes d'armes devenant par la suite une aubaine pour ces organisations. L’armée malienne divisée sur ses mauvais exploits ne jouit d’aucune confiance interne ni externe.
Les troupes africaines, faibles et défaitistes en raison de l'absence d'objectifs légitimes soutenus par les subventions ne seront pas capables de rester pendant longtemps et d’accomplir la mission en lieu et place des français.
Une force d’occupation
Le problème de la France est maintenant qu'elle constitue une force d'occupation, car elle détient la force dominante sur le terrain, planifie et impose sa stratégie de guerre, offre la couverture aérienne à l’armée malienne qui mène des opérations de génocide, de destruction de biens et de pillages au préjudice des populations arabes et touaregs. Ainsi a- t- on tué 20 personnes à Dagafra et 6 autres à Tombouctou à cause uniquement de la couleur de leur peau.
Et il ne fait désormais aucun doute que la France assume la responsabilité juridique et morale de telles opérations. Aussi, ce comportement constitue-t-il un addendum au fond de la blessure des populations du Nord à l’instar des événements de 1963, qui, au lieu de contribuer à combler le fossé de l'hostilité et de la frustration, l'aggrave.
Le succès français (rapide comme celui qui court seul) s'opère en l'absence de nobles objectifs ou essentiels tenant compte des problèmes profonds et historiques des populations du nord et n’a apporté aucune solution hormis la destruction. Or personne ne conçoit cette avancée comme un succès. Même les plus optimistes ne le considèrent pas comme une victoire mais plutôt une entrée dans une bataille contre des fantômes et la sauvegarde d'un État entre les citoyens duquel les raisons de la coexistence n’existent plus.
L'opinion publique française restera- t- elle convaincue de la pertinence de cette guerre et permettra- t- elle à ses troupes de rester pour une longue période à garder le régime illégal au Mali ? Les troupes africaines resteront- elles indéfiniment au Mali et au service de quel objectif?
Le véritable bourbier réside dans la manière dont l'intervention française se terminera. Dans quel état va-t-elle laisser l'État malien? Bien plus, comment l'intervention française atteindra- t- elle ses objectifs dans l'élimination des mouvements islamistes retranchés dans les montagnes des Ifoghas, Tegrgar, Aguel Hock et Tinskou? Comment mettre la main sur les dirigeants de ces mouvements “disparus” dans les pays voisins?
Reste une troublante question sur la façon dont la guerre va se poursuivre à la lumière du désaccord fondamental entre le gouvernement malien et les Français sur la gestion de la guerre. Surtout que le gouvernement malien refuse catégoriquement la participation du Mouvement de Libération de l’Azawad et des groupes dissidents des mouvements islamistes dans les opérations de maintien de la paix puisqu’il considère que leurs mains sont entachées du sang des soldats maliens, alors que la France en fait son bouclier dans la traque des mouvements et forme, avec les forces tchadiennes, l’avant-garde de la première attaque.
Nous sommes donc confrontés à une séquence complexe d'événements et de contradictions que la France essaie d'ignorer à travers l’implication de l'Afrique et des Nations Unies dans une guerre dans laquelle les grandes puissances ont échoué à plus d'un endroit et cherchent à s’en retirer. Le gouvernement malien, auquel la rapide et foudroyante intervention française n’a laissé aucune marge de manœuvre, a essayé de saisir les chances de retour à la paix avec sa partie nord dans le cadre de l'intervention française et suite à la libération des villes du nord de l'emprise des islamistes, en envoyant une délégation d'élus et de l'administration locaux parmi les Arabes et les Touaregs.
Présidée par Mohamed Al Oumrani, ambassadeur sous le régime de Moussa Traoré, Izidebih Ould Sidi Mohamed, Fadhil Ould Moussa, maire de Léré et le député Ag Achi, cette mission aurait visité les populations du nord dans les camps des réfugiés, notamment en Mauritanie. Ils n'ont reçu aucune acceptation et sont revenus mardi dernier de Bassiknou les mains vides, portant des affirmations garanties qu'il est impossible de revenir sous l'autorité de l'Etat malien, ce qui constitue le prix réel direct de l’intervention française et en contradiction avec les déclarations du président français selon lesquelles les français sont venus pour aider le Mali à reprendre sa partie nord.
La guerre contre un seul élément
La guerre en cours au Mali aujourd'hui est dirigée par la France et soutenue par "des pays africains dans un vaste processus de punition, d’assassinat et de déplacement d'une race donnée". La France n’ayant pas pu convaincre les pays arabes de participer à la guerre qu’elle a déclaré de façon unilatérale, sans avoir d’objectifs légitimes et justes pour la déclencher avec la même vitesse et la puissance de débarquement dont les résultats ne sont pas garantis.
La France a dépassé la vision et l'évaluation des pays arabes de la situation au Mali et n'a ni fait participer ni pris l'expérience, ni les craintes, ni avis d’aucun parmi eux. En outre, ces pays évitent les conflits avec des groupes djihadistes et répugnent à s'engager dans l’inévitable imbroglio sécuritaire : la guerre, les attentats à long terme après le départ de la France de la région.
Peut-on faire confiance à l'état misérable de l'armée malienne et à son indépendance du pouvoir ?! Est-il possible de lui confier une quelconque opération après le départ de l'armée française ?! Ensuite, les Etats arabes sunnites malékites partagent les mêmes avertissements lancés par leurs ulémas sur l’interdiction d'entrer dans cette guerre, ainsi que l’immense opposition politique et populaire à cette guerre.
Tous conviennent que c’est un bourbier dans lequel la France veut attirer tout le monde: la région, les peuples, les régimes. Ceci aura comme conséquence directe, la démolition des pactes traditionnels dans la région du Sahel africain qui a constitué pendant des années un foyer de tension, avec la mobilisation des djihadistes nomades comptant 6.000 combattants déployés dans les pays du Maghreb, selon le Centre Maghrébin pour les Etudes de Sécurité, à travers divers appels lancés ici et là.
Par ailleurs, les développements de la situation annoncent l’avènement d’un Afghanistan dans la région, ce qui sera propice à la reconstruction de l’organisation Al-Qaïda à la faveur de l’intervention française, du passage des frontières et de l’exécution d’opérations militaires dans leur pays, surtout que les pays arabes ne sont pas prêts à cette situation et n'en ont pas tenu compte.
Le nouvel émir du Sahara au sein d'Al-Qaïda dans le Maghreb Islamique, Yahya Abou Al Hamam a adressé dans ce cadre des avertissements à la Mauritanie de ne pas intervenir au Mali, en disant que «la Mauritanie sait comment éviter la confrontation avec nous», comme l'a déclaré le commandant des hommes enturbannés Mokhtar Belmokhtar qui a lié l’opération de Ain Amenass à l’ouverture par l'Algérie de son espace aérien aux avions français pour bombarder le Mali.
On a repéré un groupe de cellules islamiques au Maroc recrutant de jeunes saturés d’idéologie fondamentaliste pour combattre au nord du Mali et les pays du Maghreb subissent d’énormes pressions américaines, car l’ambassadrice américaine a rencontré plusieurs fois, et en urgence, le Président Aziz et le Premier Ministre afin de répondre plus efficacement à la menace potentielle que fait peser la chute du Mali sur la Mauritanie!!
Mais de quelle force dispose la Mauritanie pour surveiller ses 2237 km de frontières avec le Mali ? Aussi, les États-Unis ont, suite à la position de l'Algérie sur l'intervention, adopté une position à divers inconvénients, ajoutant des défis sécuritaires et sociaux dangereux pour l'Etat algérien, car elle suscite la sensibilité des touaregs algériens, irrite aussi la rue politique et provoque des mouvements islamiques modérés largement répandus dans le pays.
Le moindre des défis qui se posent à l’Algérie est loin d'être l'obligation de sécuriser ses 2000 km de frontières avec la Libye et le Mali. Il s’agit donc d'une guerre de graves portées dans laquelle on ne peut pas risquer d'entrer.
La solution:
«L'intervention française est insuffisante» fut le titre d'un article écrit par M. Koffi Annan, dans The Guardian. L'ancien secrétaire général de l'ONU note: ’’La guerre ne suffit pas. Ce dont le Mali a besoin c’est une stratégie dépassant le niveau des aides militaires qui ne peuvent pas cacher les racines de la crise actuelle’’. Et Annan d’ajouter que les menaces sur la sécurité apparues dans la région sont les symptômes de problèmes régionaux plus profonds et la seule intervention militaire ne traitera pas des facteurs clés qui expliquent les turbulences que vit le pays.
Judith Seychelles, anthropologue sociale à la Fondation Osuluz d’Oxford et qui a passé un certain temps dans le nord du Mali a déclaré : "l’acquisition des armes et l’amélioration de la situation sociale sont des choses qui poussent les jeunes à adhérer à un tel groupe". Dans la zone où se déroule la guerre, 9 des 15 pays souffrent des problèmes de la vulnérabilité de leur pays; en particulier ceux limitrophes du Mali qui font face aux problèmes de l’enclavement, de l’instabilité des institutions et aux légitimités périmées. D'ou la priorité au renforcement des organes du pouvoir au lieu de la construction de l’Etat.
Et les moins de 20 ans représentent 60% de la population, avec un taux de pauvreté de 50%. Les peuples chez qui le revenu annuel per capita est de 2500 $ sont menacés de guerres civiles dans les cinq prochaines années. La majorité de ces pays africains recevaient une aide durable et rapide de la Libye, en particulier devant des problèmes urgents. Les dirigeants africains avaient un accès rapide à Kadhafi et la façon dont les pays africains obtenaient le règlement et l’extinction de certaines crises par la Libye n'est plus disponible aujourd'hui et il n'y a pas de substitut.
Les pays occidentaux n'ont ni cette générosité ni ce mécanisme de compassion, ce qui contribue, en partie, à accroître la pression que constitue l’un des facteurs des troubles dans la région et dont le Mali est l'une des manifestations...
Nous nous trouvons devant un problème plus profond que toutes les justifications, car les pays occidentaux ne veulent pas le combattre de façon substantielle et ne reconnaissent pas leur responsabilité dans le développement du terrorisme dans le monde; notamment dans cette région qu'ils traitent avec deux poids, deux mesures. Dans le premier cas ils refusent de lui donner une définition claire et précise comme un phénomène mondial qui doit être combattu collectivement, conformément à la légalité internationale, sur la base de cette définition.
Contrairement à ce qu’ils font aujourd'hui de son utilisation comme outil de flagellation dont ils ont seuls le droit d’en disposer. Et, dans le second cas, ils ont montré une oscillation dans le traitement de la région à travers 4 positions différentes ou stratégies:
1. La négligence qui a donné à ces organisations la possibilité d'accumuler la force, l'argent, l'altruisme et l'influence.
2. Le combat au moyen de l’aide aux pays voisins en équipements et en renseignements pour mener une guerre par procuration.
3. L’apaisement en essayant de créer une entité ou un nouveau cadre politique dans la région portant la bannière de la guerre contre ces organisations.
4. La quatrième et dernière stratégie est la guerre qui n’a laissé aucune place à une solution pacifique, car la France et les pays qui l’ont aidée ne peuvent ni rétablir la stabilité dans la région, ni restaurer la confiance. Nous n’entendons pas par là la cohésion ou l’acceptation de la coexistence, mais seulement attirer les parties maliennes (Sud et Nord) à s’asseoir, de nouveau, autour de la table des négociations.
Les pays occidentaux mettent toujours leur effort du mauvais côté et ne veulent jamais s’en séparer car c’est ce chemin sombre et oppresseur qui a transformé le monde entier en foyers d'explosions et d'instabilité. Et l'on n’exagère pas quand on dit que le comportement occidental oppresseur direct ou indirect est à l’origine de 90% de la littérature, des doctrines et des idéologies de ces foyers.
L'Occident doit savoir que la force n'est pas l'arme la plus efficace pour instaurer la stabilité et la paix qui représentent une richesse publique mondiale et que la prescription ne résout pas les problèmes des peuples. Il ne doit surtout pas perdre de vue que la question palestinienne constitue la source d'inspiration idéologique de la plupart des organisations islamiques et arabes.
De même, propager la haine au nom de la liberté d’expression à travers le mépris des croyances sacrées des nations, la profanation continue du prophète Mohamed, paix et salut sur lui pour les musulmans, l'exploitation des ressources des peuples et leur domination implacable à travers des agents et des acolytes formés pour cette tâche et la destruction d’Etats pour des raisons liées à des intérêts ouvertement économiques sont autant d'outils d’embrasement qui encouragent un groupe d'activistes pouvant s’accroître en nombres et capable de verser dans l'extrémisme…
La solution vient de façon réaliste de la création d’une transformation radicale de l’approche de l'Ouest, du réemploi de l'effort international de guerre dans le développement et de l'utilisation du parapluie international pour instaurer la justice et la paix et non pour soutenir les guerres.
Les pays occidentaux qui ont annoncé leur soutien à la France doivent se réunir pour aider le Mali et les pays voisins à se mettre debout, à profiter de leurs richesses naturelles et leur donner l'occasion de développer leurs économies, leurs institutions et leurs forces nationales. On doit transformer cette intervention au profit de la région et non pas à ses préjudices. Bien qu’aucun mécanisme ne soit jusque-là déployé dans ce sens aujourd'hui, nous osons espérer que ceci sera pris en considération. Si c'est le cas, l'Occident aura fait un pas dans la bonne direction. Et ce sera une bonne chose pour une fois.
Par Mohamed Mahmoud Ould Bakar
