01-01-2014 13:43 - Affaire Ismaël Diakité : Le TAS déboute la FFRIM et l’ASAC
Le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) a sifflé, lundi 23 décembre, la fin du feuilleton Diakité, en tranchant en faveur des tunisiens. Enorme déception en Mauritanie où aucune réaction officielle des fédéraux mauritaniens n'a été encore enregistrée.
Le coup sera dur à avaler. Le sélectionneur national était suspendu à cette décision et n'a jamais caché son optimisme de voir aboutir la procédure à bonne fin. Les espoirs de la FFRIM et du sélectionneur national de revoir Ismaël Diakité au sein des Mourabitounes locaux viennent donc de s’envoler.
La FFRIM et l’ASAC avaient déposé, le 10 octobre, saisine auprès du TAS. Dans sa délibération rendue publique le 23 décembre, le tribunal tranche sans équivoque : « la décision du 19 septembre 2013 du juge unique de la commission du statut du joueur de la FIFA est confirmée ».
Les frais de l’arbitrage, dont le montant sera communiqué, par le TAS, via décision séparée, sont « à la charge des appelants », indique le communiqué. Un montant conséquent, qu’on aurait dû injecter dans la promotion du football mauritanien. La FFRIM cassera ainsi sa tirelire, pour s’acquitter des frais de greffe. « Chaque partie supportera ses propres coûts et autres dépenses engagées en relation avec le présent arbitrage », précise la Cour, rejetant, enfin, toutes autres ou plus amples conclusions des parties.
La FFRIM vient donc de perdre une manche importante, dans le bras de fer l’opposant au club tunisien. Un mauvais coup de publicité pour notre fédération aveuglée par l’acharnement, incompréhensible, d’un de ses membres qui entendait se racheter de sa grossière erreur.
Poker menteur
Rappelons que c’est la FFRIM, sur insistance de son trésorier général, roulé dans la poussière, après le départ d’Ismaël, qui s'est acquittée des frais judiciaires, en lieu et place de la plaignante (l'ASAC), manquant de ressources financières pour intenter un procès. Elle escomptait le paiement du « préjudice subi », après le départ de Diakité, enrôlé, par le Club Sportif Hammam Lif (CSHL), en août 2013. C’est peine perdue.
Maintenant, il va falloir ranger le transfert de ce joueur au chapitre « pertes et profits ». Le « nègre de service » s'est livré à un jeu de poker menteur. Quel culot, de la part de ce trésorier ! Une belle manière de voiler le rôle, prépondérant, qu'il a joué dans le transfert de Diakité. Aujourd’hui, l'ASAC mord le gazon.
Le club mythique est le grand perdant de ce bras de fer, aux allures de pot de fer contre pot de terre. L’image de la FFRIM, a été, elle aussi, ternie et ses finances seront rudement éprouvées par l’acquittement des frais judiciaires – 30 000 euros, selon http://www.tas-cas.org/baremefrais – nous ne sommes pas sortis de l'auberge.
Autre constat : alors que les Tunisiens s'étaient dotés de deux conseils, la FFRIM n'en avait qu'un. L’avocate a passé le plus clair de son temps à rassurer la partie mauritanienne, quant à l'issue heureuse de l’affaire, sans arriver, toutefois, à convaincre, avec des arguments juridiques et sportifs, de la pertinence de sa requête.
Mais elle attend, elle aussi, ses honoraires. En face, les Tunisiens avaient constitué un dossier béton, c'était du lourd. Après avoir bénéficié de l'autorisation, provisoire, de faire jouer Ismaël en Tunisie et fait qualifier leur sociétaire, les dirigeants du CSHL avaient, en fait, toutes les cartes en main.
C'est une belle claque administrée, à l'ASAC et à son big-boss attitré, qui essuie, une nouvelle fois, après la plainte avortée contre rimsport.net, à propos des émoluments indûment perçus, une autre gifle. Il broie de nouveau du noir. Mais où a-t-on vu un transfert international sans aucun paiement des droits y afférant ?
Deuil d’Ismaël
La formation mauritanienne avait adressé une correspondance à la FIFA dans laquelle elle contestait la légalité du transfert du joueur de 21 ans. Elle réclamait, au CSHL, une compensation, estimée à 70 975 euros. Dès le lundi 22 décembre, le club tunisien se réjouissait, sur sa page Facebook, d’avoir remporté la première manche judiciaire, dans l’affaire Ismaël Diakité, l’opposant au tandem FFRIM-ASAC Concorde, devant le TAS de Lausanne.
Les Tunisiens estimaient, cependant, que le TAS ne rendrait sa sentence qu’au début de 2014. Quant au natif de Hassi Bagra, il avait déjà annoncé, à Rimsport.net, qu’il ne reviendrait pas en Mauritanie rejoindre les locaux. Après la délibération du TAS, l’attaquant international pouvait, donc, pousser un « ouf de soulagement », avant de souhaiter « bonne chance à ses anciens coéquipiers ». Il ne reste plus, à Neveu et à la FFRIM, qu’à faire leur deuil.
Neveu : « Surpris et déçu »
Le sélectionneur national a exprimé sa déception, suite à la délibération du TAS. « Personnellement, je suis très surpris. Mais on se doit de l’accepter », a déclaré Patrice Neveu à Rimsport.net. « Il n’a jamais été question, pour le technicien que je suis, d’empêcher Diakité de mener carrière professionnelle. Mais, sans lui, le potentiel offensif de l’équipe est amputé d’une réelle force. (…] Plusieurs cas de figure s’offraient, […] comme la possibilité que Diakité soit libéré, un mois durant, et qu’à l’issue de la compétition, il regagne Hammam Lif ». Malheureusement, toutes ces options se sont évanouies.
Neveu dresse un sombre tableau de la situation : « Aujourd’hui, l’équipe est affaiblie. Nous sommes diminués par l’absence d’Ismaël. Mais on fera sans. Aux autres de faire valoir leurs qualités ». Il reconnaît, cependant, avoir agi dans le bon sens : « en toute cette affaire, nous avons agi dans l’intérêt de la Mauritanie […] Je suis persuadé que le CHAN est un événement important. Il y a un temps pour tout.
Avec la phase finale du CHAN, j’espère que beaucoup de joueurs gagneront leur vie, grâce à des contrats professionnels ». Réitérant sa « conviction de pouvoir donner, à la Mauritanie, l’avenir footballistique positif qu’elle mérite », Patrice Neveu constate, cependant, qu’ «aujourd’hui, en Mauritanie, les gens mélangent l’affectif, la nation et le professionnalisme ».
Le technicien français a soutenu que dans « l’intérêt commun, tout doit se faire avec méthode, sur une base solide et selon les règles de l’art [...]. Certains pensent que je brime les joueurs. Non ! Je leur offre la possibilité d’être performants, en gagnant leur place, et d’honorer, du coup, le maillot national. J’espère que quatre ou cinq d’entre eux décrocheront des contrats professionnels et que des clubs mauritaniens toucheront de l’argent, sinon, ce n’est pas possible […] ».
Signalons que l’avocate de la FFRIM ne s’est pas rendue à Lausanne, faute de temps, pour plaider. C’est donc sur pièces que les juges du TAS ont statué. L’avocate s’est dit, à en croire Neveu, elle aussi « surprise et déçue » par la sentence. « Elle estimait que le dossier était solide », a révélé, le sélectionneur national. La partie mauritanienne attend de recevoir les motivations de la décision pour se prononcer davantage sur la sentence.
Thiam Mamdou
