09-02-2026 16:03 - Sahara occidental: ce que l'on sait des négociations entre le Maroc, l'Algérie et le Front Polisario à Madrid

Sahara occidental: ce que l'on sait des négociations entre le Maroc, l'Algérie et le Front Polisario à Madrid

TV5 Monde -- Quatre délégations - Maroc, Algérie, Mauritanie et Front Polisario - se sont rencontrées ce dimanche 8 février dans les locaux de l'ambassade des États-Unis à Madrid pour négocier l'avenir du Sahara occidental. L'information, qui devait rester confidentielle, a été révélée la veille par le journal espagnol El Confidencial.

C'est à huis clos, à l'ambassade des États-Unis à Madrid, que se sont réunis des représentants du Maroc, de l'Algérie, de la Mauritanie et du Front Polisario, les indépendantistes sahraouis soutenus par Alger, ce dimanche 8 février 2026.

L'objet de cette rencontre: l'avenir du Sahara occidental, un dossier délicat qui cristallise les tensions entre le Maroc et l'Algérie depuis plus de cinquante ans. L'information, qui devait être secrète, a été révélée par le journaliste espagnol Ignacio Cembrero dans El Confidencial, la veille de la rencontre.

Les débats sont eux restés confidentiels. "Ce qu'il y a de nouveau, c'est qu’il y a un fort engagement des États-Unis depuis octobre", explique l'auteur de l'article, Ignacio Cembrero, à nos confrères de RFI.

Selon lui, l'objectif des États-Unis et de Massad Boulos, le conseiller spécial de Donald Trump pour l'Afrique, est de "clore le dossier en faisant adopter la proposition marocaine, le plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental."

Une proposition qui a bien évolué en près de 20 ans. La nouvelle version du plan d'autonomie présentée par le Maroc compte 40 pages, contre seulement trois dans le projet initial de 2007. Mais selon Ignacio Cembrero, les négociateurs désirent que le royaume chérifien "fasse une offre plus généreuse au Polisario, à la population sahraouie".

Une véritable autonomie accordée aux Sahraouis nécessiterait une réforme de la Constitution marocaine. Dans un pays aussi centralisé, elle pourrait aussi susciter des revendications similaires dans d'autres régions, à commencer par le Rif.

Ce volet de discussions repose sur le cadre de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l'ONU, favorable au plan marocain, le considérant comme "une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable". En retenant ce cadre, Washington a écarté de fait l'option d'un référendum d'autodétermination, prévu par l'ONU et réclamé depuis des décennies par l'Algérie et le Front Polisario.

Ces pourparlers constituent la deuxième étape d'un processus lancé fin janvier à Washington, où une première prise de contact de 48 heures s'était déjà tenue dans le plus grand secret, selon El Confidencial. Massad Boulos avait déclaré au quotidien libanais An Nahar que le règlement du conflit sahraoui était une "priorité absolue pour les États-Unis".

Une dynamique diplomatique favorable au Maroc


Le Maroc consolide donc sa position de force. Le 29 janvier 2026, les 27 États membres de l'Union européenne avaient pour la première fois soutenu collectivement le plan d'autonomie marocain, lors du Conseil d'association à Bruxelles.

L'Espagne avait pris les devants quatre ans plus tôt, par une lettre du Premier ministre Pedro Sánchez au roi Mohammed VI. Deux grandes puissances, les États-Unis et la France, sont allées plus loin en reconnaissant la souveraineté marocaine sur le territoire.

La relation entre Rabat et Washington n'a cessé de se renforcer ces dernières années. Le Maroc constitue le premier acheteur de matériel militaire américain en Afrique, avec des contrats d'une valeur de 8,5 milliards de dollars en 2025, selon l'Agence américaine pour le commerce international, d'après Le Monde.

"La volonté de Washington d'autoriser le transfert de ces armes très sensibles démontre un degré de confiance envers le Maroc qui n'existe pas avec beaucoup d'autres pays", souligne David Shinn, ancien ambassadeur américain, cité par le quotidien du soir français.

L'Algérie contrainte de s'asseoir à la table

La présence de l'Algérie à Madrid constitue un tournant. Alger affirme officiellement ne pas être partie au conflit sahraoui. En se rendant à la table des négociations, le régime algérien assume son rôle de partie prenante.

Alger arrive affaiblie: plusieurs de ses soutiens traditionnels - le Venezuela, l'Iran, la Russie - se sont progressivement dérobés, souligne Jeune Afrique. La Russie n'a pas relayé les positions algériennes au Conseil de sécurité et s'est abstenue lors de votes clés sur le cadre onusien.

Au sein même du mouvement sahraoui, des fractures apparaissent. Selon des sources proches du Polisario citées par Jeune Afrique, une partie de l'appareil sahraoui considérerait que le blocage tient moins à une conviction idéologique qu'à une dépendance financière et logistique vis-à-vis d'Alger. "Si nous n'étions pas aussi dépendants des financements et de l'appui matériel algériens, beaucoup d'entre nous auraient accepté depuis longtemps l'offre marocaine d'autonomie", glisse un de ces interlocuteurs à Jeune Afrique.

En arrière-plan, Rabat vise aussi la réduction, voire le démantèlement de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso). Les coupes budgétaires de l'ONU ont déjà affaibli la mission. Le diplomate palestinien Youssef Jedian, qui dirigeait depuis 2016 le bureau de liaison onusien dans les camps de réfugiés de Tindouf en Algérie, a été licencié fin novembre sans être remplacé, rapporte El Confidencial.

Le choix de Madrid pour accueillir ces négociations relève d'une décision américaine, dictée par des raisons pratiques. L'Espagne, ancienne puissance coloniale du Sahara occidental, joue un rôle de facilitateur discret.

Le chef de la diplomatie espagnole José Manuel Albares devait recevoir samedi 7 février certains de ses homologues au Palais de Viana, mais Madrid n'a pas été associée à la préparation de la réunion, selon El Confidencial.

Cette accélération diplomatique s'inscrit dans une année symbolique. 2026 marque les 250 ans de relations entre le Maroc et les États-Unis. Le 30 janvier dernier, l'ambassadeur du Maroc à Washington, Youssef Amrani, a réuni le gotha politique et diplomatique américain au Trump-Kennedy Center pour célébrer cette relation historique, indique Jeune Afrique.



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