10-07-2026 07:02 - Grâce présidentielle : la clémence a-t-elle des limites ?

Grâce présidentielle : la clémence a-t-elle des limites ?

SHEMS MAARIF - En accordant une grâce présidentielle aux députés Mariem Cheikh et Ghamou Achour, le président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani a adressé un message d’apaisement. Une décision qui a été saluée par de nombreux Mauritaniens.

Mais cette mesure soulève une interrogation politique difficile à éluder : pourquoi cette clémence ne s’est-elle pas étendue à l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz ? Les deux hommes ont partagé près de quarante années de vie militaire, de combats et de responsabilités.

Ils ont traversé ensemble les moments les plus décisifs de l’histoire récente du pays. Et nul ne conteste que Mohamed Ould Abdel Aziz a joué un rôle déterminant dans l’accession de Mohamed Ould Cheikh Ghazouani à la présidence de la République en 2019.

Aujourd’hui, leurs destins ont radicalement divergé. L’un exerce le pouvoir ; l’autre est en prison, affaibli par l’âge et la maladie. Quels que soient les reproches qui peuvent être adressés à l’ancien président et quelles que soient les décisions de justice qui le concernent, une question demeure : la dimension humaine ne mérite-t-elle pas, elle aussi, d’être prise en considération ?

La grâce présidentielle est, par essence, un acte de souveraineté et de compassion. Elle ne remet pas nécessairement en cause les décisions des tribunaux ; elle traduit parfois la volonté de tourner une page ou de faire prévaloir l’humanité dans des circonstances particulières.

En graciant deux députées, le chef de l’État a montré que la clémence pouvait trouver sa place dans l’exercice du pouvoir. Beaucoup s’interrogent désormais sur les raisons pour lesquelles cette même clémence ne s’appliquerait pas à celui qui fut pendant quatre décennies son compagnon d’armes, son allié politique et l’homme qui l’a porté jusqu’au sommet de l’État.

L’histoire retiendra les décisions de justice. Mais elle retiendra aussi les gestes de grandeur, ceux qui dépassent les rivalités politiques et les ruptures personnelles pour laisser une empreinte durable dans la mémoire d’une nation.

Yedaly Fall





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Commentaires (2)

  • ouldsidialy (H) 10/07/2026 20:48 X

    @ Ndiewo, Si vous arrivez à me convaincre que le président Mohamed Ould Abdel Aziz est maintenu en prison pour les seuls faits "de corruption, d’enrichissement illicite et de détournement de ressources publiques", alors je plaiderai avec force qu'il soit amnistié. D'ailleurs, pourquoi écrivez-vous "détournement présumé" alors qu'il est condamné ? Je plaiderai l'amnistie, dans le cas du président, parce qu'il faut garder de la bienveillance pour les choses dont on sait qu'elles sont collectivement partagées par une société à travers une convention non écrite… Je plaiderai surtout l'amnistie, si j'ai été soumis fortement à ce genre de tentation et que j'y ai résisté, parce que je sais à quel point est elle aussi la mienne. Je plaiderai aussi l'amnistie si je n'ai jamais été soumis à une tentation forte de me laisser corrompre ou de m'enrichir de façon illicite…

  • NDIEWO (H) 10/07/2026 11:21 X

    On ne peut pas comparer ces deux affaires, car elles sont de nature totalement différente. Les deux députés ont été condamnés dans un contexte où beaucoup estiment que leur dossier était avant tout lié à leurs prises de position politiques, idéologiques et à leur origine sociale. Leur grâce présidentielle peut donc être interprétée comme un geste d’apaisement politique. En revanche, le cas de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz relève de faits de corruption, d’enrichissement illicite, d’abus de pouvoir et de détournement présumé de ressources publiques. Son procès s’est déroulé sur plusieurs années, avec des enquêtes, des expertises financières, des auditions de nombreux témoins et plusieurs degrés de juridiction. Il ne s’agit donc pas d’une affaire d’opinion, mais d’une affaire de gouvernance et de gestion des deniers publics. La justice mauritanienne a estimé que les éléments de preuve étaient suffisants pour prononcer une condamnation. Chacun est libre d’avoir son opinion sur cette décision, mais on ne peut pas mettre sur le même plan une affaire politique et une affaire de corruption impliquant la gestion de milliards appartenant au peuple mauritanien. Enfin, rappeler que Mohamed Ould Abdel Aziz a contribué à l’arrivée au pouvoir du président Ghazouani n’est pas un argument juridique ni moral. Dans un État de droit, les liens personnels, les services rendus ou les anciennes alliances ne devraient jamais faire obstacle à l’application de la justice. La grandeur d’un État ne réside pas seulement dans la clémence, mais aussi dans sa capacité à garantir que tous les citoyens, y compris les anciens chefs d’État, répondent de leurs actes devant la loi.